«Les présidents d’université s’engagent à la tenue des examens, mais ne contrôlent pas tout»

INTERVIEW Khaled Bouabdallah, vice- président de la conférence des présidents d'université fait le point sur les tensions dans les facs...

Propos recueillis par Delphine Bancaud

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 Evacuation de la faculté Paul-Valery,  par les forces de Police. Montpellier, le 23 Avril 2018.
Evacuation de la faculté Paul-Valery, par les forces de Police. Montpellier, le 23 Avril 2018. — Eric Beracassat/SIPA
  • L'université de Nanterre restait bloquée ce lundi, ainsi qu’une partie de l'université Paris-8. Certains bâtiments et quelques composantes sont aussi partiellement occupées à Limoges, Marseille, La Sorbonne.
  • Les interventions des forces de l’ordre ne sont pas systématiques, pour des raisons de sécurité.
  • Les présidents d’université s’engagent à ce que les examens se tiennent, mais les modalités d'évaluation pourront varier selon les situations locales.

Les ponts de mai n’ont pas fait baisser la tension dans les universités contre la loi Orientation et réussite des étudiants (ORE), accusée par ses opposants d’instaurer la sélection. Alors que l'université de Rennes-2 a été évacuée par les forces de l’ordre ce lundi, des étudiants tentent toujours d’empêcher les examens. Khaled Bouabdallah, vice-président de la conférence des présidents d’université fait le point sur la situation pour 20 Minutes au niveau national.

 Khaled Bouabdallah, vice- président de la conférence des président.

Combien d’universités sont-elles bloquées à ce jour ?

Ce lundi, l’université de Nanterre restait bloquée, ainsi qu’une partie de l'université Paris-8. Certains bâtiments et quelques composantes sont aussi partiellement occupés à Limoges, Marseille, La Sorbonne.

Les facs débloquées sont-elles rouvertes ?

Pas toutes, car certaines d’entre elles ont subi des dégats importants. Il faut plusieurs jours, voire plusieurs semaines pour les remettre en état. Par ailleurs, certaines universités qui ont été bloquées rouvrent, puis sont bloquées à nouveau.

Les évacuations par les forces de l’ordre ne sont pas systématiques, pour quelle raison ?

Il faut manier avec doigté les interventions des forces de l’ordre pour des raisons de sécurité. Quand il est possible de négocier avec les personnes qui bloquent les accès à l’université, il faut le faire.

Gilles Roussel, le président de la Conférence des présidents d’université (CPU) avait affirmé à 20 Minutes en avril que les examens se tiendraient, mais il semble que cette promesse soit difficile à tenir…

Les présidents d’université s’engagent à ce que les examens se tiennent, mais ils ne contrôlent pas tout. Quand des centaines d’étudiants perturbent l’accès aux salles d’examens et créent un trouble, nous sommes obligés de les annuler. Les conséquences sont dramatiques pour les étudiants qui ont étudié toute l’année. Les présidents d’université confrontés à ce problème travaillent actuellement à réorganiser les modalités d’évaluation des connaissances qui peuvent prendre plusieurs formes (prise en compte de la note de TD, évaluation en ligne ou examens organisés sur d’autres sites…). Mais c’est loin d’être évident car il est impératif que la qualité des formations ne soit pas bradée. Par ailleurs, même si les projecteurs sont rivés sur les examens annulés, il faut rappeler que dans la majorité des universités, ils ont lieu sereinement.

Craignez-vous toujours que des violences éclatent entre les opposants à la loi ORE et les étudiants, qui sans forcément la soutenir, veulent passer leurs examens ?

Oui, car certains étudiants veulent passer leurs examens en temps et en heure pour pouvoir effectuer un job d’été. Des étudiants étrangers ont aussi prévu de repartir chez eux une fois les examens finis. Le fait que les épreuves soient retardées peut les excéder. En face, on assiste à une radicalisation des actions des opposants à la loi ORE. Mais les présidents d’universités feront tout pour empêcher des heurts entre ces différents groupes d’étudiants. Y compris en sécurisant les examens, comme cela a été fait à Lille ou à Nantes.

Le 22 mai, les réponses des universités aux candidatures des bacheliers commenceront à tomber. Les universités seront-elles prêtes pour cette échéance, alors que certains enseignants refusent le classement des dossiers des lycéens ?

Ils sont peu nombreux dans ce cas et le travail se fait. Les commissions de vœux sont en place et les dossiers seront traités pour  le 22 mai.