Homophobie: «J'ai été mis à la rue par ma mère, mais j'ai réussi à m'en sortir», raconte Mehdi

DISCRIMINATION L’association Le refuge qui aide les jeunes homosexuels à se reconstruire, fêtera ce mardi ses 15 ans…

Delphine Bancaud

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Un jeune homme seul sur une route
Un jeune homme seul sur une route — pixabay
  • Mehdi Aïfa a été rejeté par sa mère après son coming out alors qu’il n’avait que 21 ans.
  • Il a vécu 6 mois à la rue, puis a été hébergé par l’association Le Refuge. Il a réussi à remonter la pente, grâce à des personnes bienveillantes qui lui ont redonné confiance en la vie.
  • Pour le psychiatre Serge Héfez, «certains individus trouvent une force de reconstruction grâce à un ami, un amour ou un membre de leur famille qui leur renvoie une belle image d’eux-mêmes. D’autres passent par une thérapie ou intègrent un groupe de parole réunissant des personnes qui ont vécu les mêmes difficultés».

Il affiche un sourire franc et parle de son avenir avec confiance et enthousiasme. Pourtant Mehdi Aïfa revient de loin. Comme d’autres jeunes qui témoigneront ce mardi lors de la conférence organisée par l’association Le Refuge à l’occasion de ses 15 ans, sur la thématique « Comment surmonter l’épreuve du rejet ? La résilience des jeunes face à l’homophobie et à la transphobie ».

Mehdi Aïfa

La vie de Mehdi a basculé alors qu’il n’avait que 21 ans. Pressé de questions par sa mère sur sa vie sentimentale, il finit par faire son coming out. « Ça a été un cataclysme. Elle m'a insultée, frappée, craché dessus. Elle m’a dit qu’elle avait honte de moi vis-à-vis de Dieu. Puis elle a arraché la page du livret de famille me concernant et a déchiré ma carte d’identité, comme pour nier mon existence. Avant de jeter toutes mes affaires dans la rue en me disant de partir », se souvient-il douloureusement. Le jeune homme se retrouve donc à la rue pendant 6 mois : « j’ai dormi dans des halls d’immeuble et dans des centres d’ hébergement d’urgence », confie-t-il.

« J’ai fait le deuil de ma mère »

Avant d’être adressé par le Secours populaire à l’association Le refuge : « Elle m’a hébergé pendant 6 mois. J’ai pu me poser, faire le point sur moi-même et bénéficier d’un accompagnement psychologique et social », indique-t-il. Energique et volontaire, Mehdi parvient vite à rebondir : « J’ai décroché un contrat d’avenir d’agent de service hospitalier et désormais j’ai repris mes études pour devenir assistant de service social », annonce-t-il. Même si à 21 ans, il ne vit qu’avec un RSA, Mehdi s’en tire tant bien que mal. « L’expérience de la rue a été un traumatisme pour moi, donc je veille à payer mon loyer parfois un mois à l’avance pour être sûr de ne jamais retomber sur le trottoir ». Quant au rejet de sa mère, Mehdi assure en avoir guéri : « J’ai fait le deuil de ma mère et j’ai réussi à m’en sortir grâce à des personnes bienveillantes. Et je vis très bien mon homosexualité, car j’ai appris à ignorer les regards désobligeants », affirme-t-il, résolument tourné vers l’avenir.

« La période la pire est l’entrée dans l’adolescence »

Un exemple de résilience qu’analyse le psychiatre et psychanalyste Serge Hefez, qui participera à la conférence du Refuge ce mardi : « Certains individus trouvent une force de reconstruction grâce à un ami, un amour ou un membre de leur famille qui leur renvoie une belle image d’eux-mêmes. D’autres passent par une thérapie ou intègrent un groupe de parole réunissant des personnes qui ont vécu les mêmes difficultés qu’eux », constate-t-il. Car même si selon le psychiatre, « l’acceptation de l’homosexualité a beaucoup progressé depuis 30 ans », il est souvent témoin du rejet que subissent les jeunes homosexuels. « La période la pire est l’entrée dans l’ adolescence, car c’est là que la pression du groupe est la plus forte. Les adolescents sont normatifs et ont tendance à stigmatiser les garçons très féminins ou les filles très masculines », observe-t-il.

Et même si le coming out dans le cadre familial se passe parfois bien, c’est loin d’être une généralité : « certains parents acceptent l’homosexualité de leur enfant avec souffrance et projettent sur eux l’idée qu’ils sont condamnés à être malheureux. Et d’autres rejettent purement et simplement leur enfant », poursuit-il. Des formes de rejet « qui transcendent les classes sociales et sont parfois liées à la religion », analyse le psychiatre. Et si les jeunes homosexuels semblent parfois traverser cette épreuve sans trop de dégâts, elle peut revenir en boomerang plus tard : « Ce qu’ils ont vécu peut avoir des résurgences. Lors d’une rupture amoureuse​ ou dans le manque d’estime qu’ils ont pour eux-mêmes », relève le psychiatre. D’où l’urgence selon lui, de renforcer la sensibilisation des élèves à l’école sur les dégâts entraînés par l’homophobie : « il y a un combat à mener très tôt autour des questions de genres, de domination masculine, de discrimination… », affirme-t-il.