Radicalisation: Visite à Vendin-le-Vieil, l'une des prisons les plus sécurisées de France

RADICALISATION Un quartier d'évaluation de la radicalisation vient d'ouvrir dans la prison de Vendin-le-Vieil, dans le Pas-de-Calais...

M.L. avec AFP

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Le quartier d'évaluation de la radicalisation dans la prison de Vendin-le-Vieil.
Le quartier d'évaluation de la radicalisation dans la prison de Vendin-le-Vieil. — P.Huguen / AFP
  • Un quartier d’évaluation de la radicalisation ouvre à Vendin-le-Vieil.
  • D’autres seront implantés en France pour désengorger la région parisienne.
  • Le but est de détecter les idéologues prosélytes.

Quatre miradors et des murs d’enceinte de 12 mètres de haut. Ce lundi, douze détenus pour terrorisme sont arrivés dans la prison de Vendin-le-Vieil, l’une des plus sécurisées de France, où un quartier d’évaluation de la radicalisation a ouvert afin de lutter contre la contagion djihadiste en prison.

Ce centre pénitentiaire du Pas-de-Calais, aux allures de forteresse, est entré en service en 2015. A l’intérieur, moins de cent détenus pour plus de 200 places, tous condamnés à de longues peines, violents. D’ailleurs, en janvier, un détenu jihadiste avait blessé plusieurs surveillants, lançant un vaste mouvement de contestation des agents pénitentiaires.

« Trois prisons dans la prison »

Vendin-le-Vieil compte « trois prisons dans la prison », explique le chef d’établissement, Vincent Vernet. Il faut franchir une succession de sas, portes, grilles pour arriver au cœur de la détention. C’est ce cadre ultra-sécurisé et moderne qui a été choisi pour ouvrir le premier QER (quartier d’évaluation de la radicalisation) en province.

Pendant 17 semaines, 12 condamnés pour terrorisme seront interrogés, écoutés, observés pour être ensuite dirigés, selon leur dangerosité, en quartier d’isolement, en quartier de prise en charge de la radicalisation (QPR) ou dans des « quartiers étanches » en détention ordinaire.

L’objectif est de « déterminer un mode de détention adapté pour les détenus radicalisés afin de lutter contre le prosélytisme », explique Mathilde Cunha, directrice adjointe de la prison, affectée au QER.

Eviter le prosélytisme

« La priorité est d’éviter qu’il y ait des idéologues prosélytes en détention ordinaire », renchérit le chargé de mission pour la lutte contre la radicalisation violente à la direction de l’administration pénitentiaire (DAP), qui a requis l’anonymat. « Notre principale préoccupation est de détecter les idéologues prosélytes qui ont le charisme, la capacité, le bagage intellectuel et culturel pour radicaliser d’autres [détenus] », dit-il.

Il y a déjà trois QER en France, à Osny, Fleury-Mérogis et Fresnes. Leur création est la conséquence de l’agression, en septembre 2016, d’un surveillant par un détenu radicalisé à Osny. Au total, trois nouveaux QER vont ouvrir, deux à Vendin-le-Vieil et un à Condé-sur-Sarthe (Orne), pour « desserrer la contrainte sur la région parisienne ».

Il y a plus de 500 détenus pour terrorisme et environ 1.100 détenus de droit commun repérés comme radicalisés. A terme, tous devront passer par un QER.

Surveillés, filmés, écoutés, évalués

A Vendin-le-Vieil, les détenus en QER, isolés des autres prisonniers, seront dans des cellules individuelles flambant neuves avec espace douche et WC. Ils auront une heure de promenade le matin, une heure l’après-midi, dans une cour filmée pour « évaluer les interactions entre détenus ». Il y aura des activités collectives, mais les détenus ne seront jamais plus de quatre. « On individualise tout », explique Mathilde Cunha, qui prend l’exemple des entretiens individuels sur des thématiques comme le salafisme, la laïcité. « On favorise toujours l’évaluation », ajoute-t-elle.

Interviendront des psychologues, des éducateurs, des conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation, etc. Deux surveillants seront toujours présents pour les 12 détenus, alors que dans certaines maisons d’arrêt, un surveillant peut être en charge d’une coursive avec plus de 100 détenus.

Pic de sorties en 2022

Mais le QER « est une étape avant le passage à autre chose, la prise en charge en QPR ou en établissement spécialisé », souligne le chargé de mission pour la lutte contre la radicalisation.

« La prochaine étape, c’est d’aller vers un programme plus ambitieux de désengagement, avec des modules sur le long terme, poursuit-il. Il va y avoir un pic de sortie en 2022. L’administration pénitentiaire a la responsabilité de rendre des citoyens en capacité de réintégrer la société. »