Toulouse: Après l'évacuation de l'université Jean-Jaurès, la mobilisation continue hors du campus

ETUDIANTS Après l’évacuation du campus du Mirail, la mobilisation des étudiants se poursuit dans les rues de Toulouse, tandis que l’université fait ses comptes. En marge de l'évacuation, un étudiant a été blessé…

B.C.

— 

Une AG des étudiants de l'université Jean-Jaurès s'est tenue sur la place du Capitole, le 9 mai, après l'évacuation de leur campus.
Une AG des étudiants de l'université Jean-Jaurès s'est tenue sur la place du Capitole, le 9 mai, après l'évacuation de leur campus. — P. Pavani / AFP
  • Les étudiants et personnels mobilisés depuis plus de deux mois contre la loi ORE poursuivent leur mobilisation en dehors du campus du Mirail après l’évacuation des bâtiments de l’université Jean-Jaurès au cours de la nuit.
  • En marge d’une manifestation à la gare Matabiau, un étudiant a été grièvement blessé par l’explosion accidentelle d’une grenade de désencerclement. Une enquête ordonnée par le parquet est en cours.
  • L’administrateur provisoire estime que l’enveloppe de dégâts dus au blocage devrait dépasser l’estimation initiale de 400.000 euros.

Ils se sont donné rendez-vous en fin de journée devant la préfecture de la Haute-Garonne, après avoir tenu une AG sur la place du Capitole.

Après l'évacuation du campus du Mirail durant la nuit de mardi à mercredi, les étudiants et des membres du personnel de l’université, opposés à la loi « orientation et réussite des étudiants » et au projet de fusion des universités toulousaines, continuent leur mouvement.

Prochaine AG le 14 mai

« L’exil, ça ne veut pas dire la mort de la mobilisation, bien au contraire on va trouver les moyens pour continuer à se mobiliser », a indiqué cet après-midi l’un des portes-paroles étudiants.

Lors de cette AG, ils ont voté la reconduite de la grève, mais aussi la « « bordélisation » des partiels », le blocage d’un site stratégique et d’une usine Airbus et la tenue d’une prochaine AG le 14 mai.

Un étudiant blessé au thorax à Matabiau

Peu après l’évacuation dans la nuit, un groupe d’étudiants s’est rendu au petit matin à la gare Matabiau avec l’intention d’y tenir une AG.

En marge de cette mobilisation, un étudiant, suspecté par la police d’avoir commis des dégradations sur le trajet, a été arrêté. Mais lors de son interpellation, le dispositif de désencerclement d’un des policiers aurait explosé accidentellement, blessant légèrement deux membres des forces de l’ordre et l'étudiant, plus grièvement. Ses blessures ont conduit à lever en milieu de journée sa garde à vue.

Selon la famille du jeune homme, hospitalisé à Larrey, il « souffrirait d’un hémopneumothorax avec plaies au thorax ». Ses proches et ses avocates ont demandé dans un communiqué « que toute la lumière soit faite, au besoin par l’ouverture d’une mesure d’instruction judiciaire, sur les conditions d’interpellation de Guilhem et les conditions d’intervention des forces de l’ordre avec des armes et notamment ce qui pourrait être une grenade de désencerclement ».

Enquête en cours selon le parquet

Dans la soirée, le parquet de Toulouse a indiqué avoir ordonné une enquête « en recherche des causes des blessures ». Le procureur de la République adjoint a confirmé dans un communiqué que l’étudiant souffrait notamment « de lésions pulmonaires entraînant une incapacité totale de travail de 15 jours selon le médecin légiste requis ce jour ».

Et d’ajouter que « compte tenu des conséquences corporelles découlant potentiellement de l’explosion d’une grenade en dotation au sein de la Police Nationale cette enquête a été confiée à la fois à l’IGPN et à la sûreté départementale de Haute Garonne ».

Sécurisation de l’université

De son côté, la direction de l'université est en train de « réinvestir les lieux » dont une partie était bloquée depuis le 6 mars. Et de découvrir aussi l’ampleur des réparations à mener pour remettre en état le campus.

A l’issue de premières constatations, le montant des travaux avait été estimé à près de 400.000 euros. Mais au vu des dommages, l’administrateur provisoire de l’université, Richard Laganier, pense que ce montant sera très probablement à revoir à la hausse.

Ce responsable a pris un arrêté de fermeture administrative du campus le temps de « procéder au déblocage des bâtiments », de « dresser un état des lieux exhaustif », notamment pour étayer les plaintes qui seront déposées, et « permettre un retour à la normale de l’université ».

« Certains bâtiments comme l’Arche et l’Accueil, très fortement dégradés, resteront fermés jusqu’à nouvel ordre. Pour mémoire, l’intégralité du campus a fait l’objet d’une reconstruction au cours des dix dernières années, pour un investissement de l’Etat et des collectivités locales de 320 millions d’euros », rappelle-t-il dans son communiqué.

Première session d’examens le 11 juin

Pour éviter toute nouvelle occupation, des personnels de sécurité vont sillonner le campus.

« Je me suis engagé auprès des personnels et des étudiants à ce que les activités pédagogiques puissent reprendre dans les meilleurs délais. Cela permettra aux étudiants de compléter les cours du second semestre et de passer leurs examens. La première session se tiendra à partir du 11 juin, et la session de rattrapage, à compter du 3 septembre », assure Richard Laganier.

Il estime que le déblocage va notamment permettre de « reprendre la gestion administrative et financière jusqu’alors à l’arrêt », et donc de payer les fournisseurs et les vacataires.