Le dresseur de fauves Frédéric Edelstein se produit le 27 décembre 2005 sous le chapiteau du Cirque Pinder-Jean Richard.
Le dresseur de fauves Frédéric Edelstein se produit le 27 décembre 2005 sous le chapiteau du Cirque Pinder-Jean Richard. — BERTRAND GUAY / AFP

CIRQUE

Liquidation judiciaire de Pinder: Y a-t-il un avenir pour les cirques traditionnels?

La société Car Prompogil qui exploite le cirque Pinder, institution du monde du cirque, a été placée à sa demande en liquidation judiciaire après des années de baisse de chiffre d’affaires. Est-ce la fin du cirque traditionnel avec animaux ?...

Nombreux sont les défenseurs de la cause animale à crier victoire ce lundi. Le quotidien Ouest-France puis francinfo ont annoncé le placement en liquidation judiciaire de la société Car Prompogil qui exploite le cirque Pinder, véritable institution dans le monde du cirque traditionnel, c’est-à-dire avec animaux.

Une demande de la société ?

Ce placement en liquidation judiciaire a été effectué le 2 mai par le tribunal de commerce de Créteil. Gilbert Edelstein, 80 ans, le propriétaire du cirque depuis 1983, évoque une « pause » après des mois mars et avril « catastrophiques questions de trésorerie. Mais l’idée est bien de repartir. D’ici cet été même peut-être. »

Anne-Claire Chauvancy, responsable de la protection animale au sein de la Fondation assistance aux animaux, voit dans ce coup d’arrêt le signe des temps qui changent. « Les gens n’ont plus envie d’aller voir des spectacles avec des animaux captifs, estime-t-elle dans une interview accordée à  franceinfo. […] Il ne peut plus y avoir de cirques avec des animaux. C’est une attente de la société qui est forte et qui est latente depuis plusieurs années. » Un constat dressé également par plusieurs internautes et associations sur les réseaux sociaux.

L’utilisation d’animaux sauvages dans les cirques a en effet provoqué des débats enflammés ces dernières années. Une quarantaine de pays, dont 19 en Europe, ont interdit ces animaux sous les chapiteaux. En France, 65 communes ont pris des arrêtés pour interdire l’installation de cirques possédant des animaux, indiquait l’association de défense des animaux Peta en novembre dernier, après la mort à Paris d’une tigresse abattue après s’être échappée d’un cirque. Quelques semaines plus tard, la ville de Paris s’était engagée à devenir une ville sans animaux sauvages dans les cirques, sans toutefois fixer d’échéance.

« Victime de la crise économique »

Contacté par 20 Minutes, Gilbert Edelstein assure que les difficultés financières traversées par sa société ne sont pas liées aux polémiques liées à l’utilisation d’animaux sauvages. « Je m’attendais aux réactions des défenseurs des animaux mais ils n’y sont pas du tout, se défend-il. La première raison à nos difficultés financières est la crise que tout le monde traverse. Autant les cirques traditionnels que les tournées de music-hall, les comédies musicales, les théâtres à Paris, bon nombre de restaurants… »

Le propriétaire du cirque Pinder fait remonter les premières grandes difficultés financières à l’instauration de la semaine à quatre jours et demi il y a trois ans provoquant une chute de la fréquentation des écoles. « Nous faisions en moyenne auparavant 450.000 scolaires par an. L’an dernier, nous en avons fait à peine 100.000, indique-t-il. Cette diminution représente à elle seule une perte de chiffre d’affaires de quasi 2 millions d’euros. »

Ajoutez à ça l’itinérance qui coûte une fortune. « Le spectacle en lui-même ne représente que 10 % des frais, reprend Gilbert Edelstein qui évalue entre 20.000 et 30.000 euros par jour les frais qui y sont liés. Le reste va dans le transport, de plus en plus cher à mesure que le prix du carburant augmente, le montage du chapiteau, la communication. »

Gilbert Edelstein, par ailleurs président du Syndicat national du cirque, compte encore entre 150 et 200 cirques traditionnels en France. Dont beaucoup en difficultés financières. En mars 2016, à l’appel de l’association des Cirques de familles et des spectacles itinérants, plusieurs de ces petites structures avaient organisé une opération escargot sur le périphérique pour obtenir de meilleures conditions d’accueil dans les villes françaises. Ils déploraient alors des refus d’installations à répétition de la part de mairies très frileuses ainsi que la pression des associations de protection des animaux.

L’impératif de se réinventer

Le placement en liquidation judiciaire de Pinder montre que la crise touche aussi les grandes structures. Selon Gilbert Edelstein, ces difficultés financières touchent aussi d’autres institutions comme Bouglione, Gruss et Medrano. L’an dernier, le cirque Barnum aux Etats-Unis, autre cirque mythique, avait tiré sa révérence après 146 ans d’existence.

Est-ce la fin du cirque traditionnel ? Interrogé par l’AFP, Pascal Jacob, directeur artistique du cirque Phénix et auteur en 2016 du livre Une histoire du cirque tient d’emblée à préciser que « ce n’est pas un phénomène récent. Il y a toujours eu de grands cirques qui ont trébuché ».

Il ne prononce pas non plus sur la fin des spectacles de cirque. « Il y a eu une évolution des mentalités, du goût », du public, analyse-t-il. « Le développement du cirque contemporain à partir des années 1980 a donné de nouveaux territoires à explorer », avec des « shows repensés ». Des cirques comme Plume ou les Canadiens du Cirque du Soleil ont mis un coup de vieux à leurs aînés, en se concentrant sur les acrobaties et en abandonnant la notion de «numéros» pour concevoir les spectacles comme un tout. 

Tout miser sur Pinderland ?

De son côté, Gilbert Edelstein assure ne pas avoir dit son dernier mot, ni même renoncé aux cirques avec animaux. Il ne met en sommeil à ce jour que les spectacles en itinérance. « Si le ministère de la Culture ne nous aide pas, ce n’est pas la peine de reprendre la route », lance-t-il.

En attendant, il dit préparer un autre projet : Pinderland, un parc d’attractions qu’il veut ouvrir à Perthe-en-Gâtinais en Seine-et-Marne dans une propriété qu’il a de 120 hectares. « Il y aura une école de cirque, des cabanes dans les arbres, un musée du cirque Pinder-Jean-Richard, et des spectacles de cirque… avec animaux. Il y en aura plus d’ailleurs que dans nos cirques en itinérance. »