Dons de sang:  «Avec les deux ponts, nous craignons une collecte très faible cette semaine»

INTERVIEW Les réserves nationales de dons de sang sont à un niveau correct aujourd’hui, précise à « 20 Minutes » le docteur Ahmed Slimani, de l’Etablissement français du sang. Mais les deux jours fériés quasi successifs de cette semaine compliquent la donne…

Propos recueillis par Fabrice Pouliquen

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L'Etablissement français du sang (EFS) appelle à plus de dons de sang en cette période de ponts.
L'Etablissement français du sang (EFS) appelle à plus de dons de sang en cette période de ponts. — GUILLAUME SOUVANT / AFP

Deux jours fériés sur une même semaine : le bonheur pour de nombreux salariés et une source de stress pour l’Etablissement français du sang (EFS). C’est que les produits sanguins qu’elle collecte pour répondre aux besoins ont une durée de vie limitée. Cinq jours seulement pour les dons de plaquettes. Une semaine noire en termes de dons peut donc avoir des conséquences lourdes. Le docteur Ahmed Slimani, médecin responsable des sites fixes parisiens de l’EFS, répond aux questions de 20 Minutes.

Dans ces différentes alertes depuis avril, l’EFS disait craindre que cette semaine soit une « semaine blanche » pour la collecte. Les craintes se confirment-elles ce lundi ?

Nous ferons un bilan plus complet à la fin de la journée mais oui, la collecte de la matinée était relativement faible pour un lundi matin si on se focalise sur les sites fixes de l’Ile-de-France. Et il ne faut pas se leurrer : nous connaîtrons des difficultés ces jours-ci avec deux ponts dans la même semaine, le 8 et le 10, une configuration propice aux départs en vacances. Nous avions pointé cette semaine depuis longtemps dans le calendrier et tenté de l’anticiper au mieux. Nous nous sommes ainsi mobilisés à l’EFS pour ouvrir plusieurs sites de collecte fixes ces deux jours fériés. Ces sites sont ouverts sur rendez-vous et sont dédiés aux dons de plaquettes, l’une de nos priorités ces plaquettes ne pouvant être conservées que cinq jours. En Ile-de-France par exemple, sur nos 14 sites fixes, huit seront ouverts le 8 mai et six le 10 mai. En parallèle, plusieurs collectes mobiles, cette fois-ci pour les dons de sang total, seront également assurés ces deux jours fériés. Nous multiplions aussi les campagnes de communication pour faire appel à la générosité des donneurs, ceux qui ne font pas les ponts comme ceux qui ont l’opportunité de faire un don sur leur lieu de vacances.

Ce mois de mai est-il toujours une période compliquée pour vous ?

Oui, c’est une période que nous appréhendons toujours comme les deux mois de vacances d’été ou le mois de décembre. La particularité, cette année, ce sont ces deux jours fériés sur une même semaine et juste après une période de vacances scolaires. Malgré les moyens mobilisés, on sait très bien que la collecte sera plus faible par rapport à une semaine normale. Nous atteindrons difficilement la barre des 10.000 dons de sang nécessaires chaque jour en France pour répondre aux besoins des malades.

Nous ne sommes pas actuellement dans le rouge, puisque nous avons en ce moment 100.000 dons de sang en réserve au niveau national. C’est un niveau correct. Mais notre difficulté est que les produits sanguins que nous collectons ont une durée de vie limitée. Le plasma peut se conserver un an, donc on peut se permettre d’avoir une semaine plus compliquée. En revanche, les dons de globules rouges ne peuvent être conservés que 42 jours et ceux de plaquette cinq jours seulement. Sur ces deux produits sanguins, une semaine très basse en termes de collecte peut nous mettre en difficulté. Il faut être le plus régulier possible. Au regard de leur durée de vie courte, on ne peut pas se dire « tant pis, on fera une meilleure collecte la semaine prochaine ».

Au-delà de cette nécessité de trouver des donneurs, le journal Le Parisien pointe aussi cette difficulté à maintenir des centres de collecte ouverts du fait d’une pénurie de médecins. C’est une autre préoccupation majeure d’EFS aujourd’hui ?

Oui, c’est une autre difficulté. La pénurie de médecins à laquelle est confrontée aujourd’hui la France​, nous affecte aussi très fortement et nous lançons régulièrement des appels à recrutement auprès de l’ordre de médecins. Il nous faut au moins un médecin sur chaque collecte et sur chaque site fixe et nous avons dû effectivement fermer des sites et/ou annuler des collectes mobiles. Et nous ne rencontrons pas seulement ces difficultés en zone rurale. [Le Parisienprend l’exemple des centres de Saint-Dié et d’Epinal dans les Vosges ou celui d’Alençon dans l’Orne]. Le centre de collecte fixe des Ullis [Yvelines], où le médecin est en arrêt de travail, est ainsi fermé temporairement depuis deux mois, faute d’arriver à lui trouver un remplaçant.

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