Marseille: Piétonnisation, espaces verts... La ville est-elle «dans un cercle vertueux»?

INTERVIEW CROISEE L'élue LR Laure-Agnès Caradec et le blogueur Mathieu Grapeloup ont accepté de débattre pour «20 Minutes Marseille»...

Jean Saint-Marc

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Mathieu Grapeloup et Laure-Agnès Caradec en plein débat.
Mathieu Grapeloup et Laure-Agnès Caradec en plein débat. — J.S.-M. / 20 Minutes
  • Pour l'adjointe chargée de l'urbanisme Laure-Agnès Caradec, Marseille est « dans un cercle vertueux », car « tous les chantiers sont en route ».
  • Mathieu Grapeloup estime que la majorité LR «va dans le bon sens» au sujet de la piétonnisation et de la requalification du centre-ville. Mais il rappelle que «de nombreux ménages qui s'installent à Marseille repartent, déçus par les services publics.» 

Ils ont pris un café. Ils ont discuté. Puis ils ont tweeté. « Pragmatisme, passion et objectivité, le temps était trop court », sourit Laure-Agnès Caradec. « Nos visions se rejoignent, malgré des désaccords sur le bilan », embraye Mathieu Grapeloup. 20 Minutes a mis autour d’une table l’adjointe LR à l’urbanisme et le patron de la page Facebook «  Marseille à la loupe », page très critique.

Un des sujets polémiques sur votre page, c’est la Villa Valmer…

Mathieu Grapeloup. J’ai eu très peur que l’on ampute une grande partie du parc, au bénéfice d’un projet privé (un hôtel cinq étoiles). La mairie assure maintenant que 90 % du parc restera accessible. Mais je reste attentif, parce qu’entre les annonces et la réalité…

Laure-Agnès Caradec. La ville est propriétaire de magnifiques demeures dans les parcs. Mais faute de moyens, ils ne sont pas utilisés et se dégradent. Ce projet privé, c’est une façon intelligente de trouver un usage au bâti. Il faudra procéder de même pour le Château Pastré ou le parc Montgolfier !

M.G. C’est vrai que j’apprécie de voir l’Intercontinental rénové, même si je n’ai pas les moyens d’y aller. Ce qui me gêne plus, ce sont des projets comme la Corderie, où l’on a amputé tout un espace qui aurait pu devenir un parc de qualité, pour un projet privé… Et en plus, on s’est aperçu qu’il y avait des vestiges.

« Il ne faut pas oublier que Marseille perd des habitants si on ne produit pas 2.500 logements par an ! »

L.-A. C. Le projet de la Corderie était engagé depuis quinze ans, sur un endroit qui n’était de toute façon pas valorisé, avec très peu de gens qui y allaient. Les gens sont toujours sensibles au fait qu’il y a beaucoup de travaux, s’opposent aux projets. Mais il ne faut pas oublier que Marseille perd des habitants si on ne produit pas 2.500 logements par an ! Le défi est de trouver l’équilibre entre développer la ville et la préserver.

Y a-t-il assez d’espaces verts à Marseille ?

M.G. Pas en centre-ville !

L.-A.C. On a la chance d’avoir les calanques qui sont accessibles facilement, et de grands espaces verts créés par la mairie, la Porte d’Aix récemment, le 26e Centenaire auparavant. Il faut mettre le paquet maintenant sur de petits espaces, quatre jeux, trois arbres, créer des petits lieux de convivialité. On est en train de récupérer le foncier.

M.G. Ce qui me frappe à Marseille, c’est que pendant longtemps, tout a été pensé autour de la voiture. On a pris quinze ans de retard et c’est pour ça qu’il y a autant de projets qui sont lancés en ce moment.

Laure-Agnès Caradec partage l'idée que la Corniche devrait être en partie «rendue» aux piétons et aux vélos.
Laure-Agnès Caradec partage l'idée que la Corniche devrait être en partie «rendue» aux piétons et aux vélos. - Capture d'écran

Les Marseillais dénoncent souvent les nombreux retards qui sont pris dans les projets… Laure-Agnès Caradec, en tant qu’adjointe à l’urbanisme, comment est-ce que vous expliquez cela ?

L.-A.C. Il ne faut pas en faire une généralité, la rue Paradis, par exemple, a été livrée dans les temps. On est dans un pays où toutes les procédures sont d’une complexité énorme… L’essentiel, c’est que les choses soient lancées, actées, budgétisées. Si ça prend un trimestre de retard, ce n’est pas grave.

M.G. Il y a souvent un décalage entre la communication des élus et la réalité des services techniques. Des dates sont annoncées dans la presse… Et les projets sont lancés beaucoup plus tard ! Il y a une frustration qui est liée à ça.

L.-A.C. Je comprends cette frustration.

M.G. Sur la page Facebook, à chaque fois que j’annonce un projet, les gens n’y croient pas. Ils disent « c’est impossible que la mairie réaménage en 2019 le Jarret, Lieutaud, La Plaine, Centre-Bourse » Et j’en oublie…

Aujourd’hui, ces grands projets de réaménagement, c’est la priorité de la mairie ?

L-A.C. C’était d’abord les transports, avec le tramway et les prolongements du métro. Aujourd’hui, on est sur la requalification d’espaces publics, car c’est indispensable pour donner plus de place aux vélos et aux piétons. Mais c’est lourd, et ça prend beaucoup de temps.

« Des gens s’installent à Marseille, puis ils repartent, parce qu’ils sont déçus des services publics ! »

M.G. Le discours de votre majorité a changé ces dernières années sur ce sujet de la piétonnisation… J’ai le sentiment qu’on va dans le bon sens, que vous avez pris conscience qu’une ville apaisée, c’est un enjeu d’attractivité.

Mais Marseille reste moins attractive que d’autres métropoles…

L.-A.C. Il faut regarder dans le rétroviseur… En 1995, il n’y avait pas un seul investisseur au nord de la Canebière ! On perdait des habitants.

M.G. Aujourd’hui, beaucoup s’installent, restent quelques années, puis repartent. Parce qu’ils sont déçus des services publics, qui ne sont pas à la hauteur de ce qu’ils ont connu dans d’autres villes : la propreté, les piscines, les écoles, les transports en commun…

L.-A. C. Le temps de l’urbanisme, c’est un temps long. Les premiers qui se sont installés à Euromed, par exemple, étaient dans un chantier permanent, il n’y avait pas d’écoles… Donc oui, on a eu du mal à les sédentariser. Mais aujourd’hui, on ne perd plus d’habitants. On est dans un cercle vertueux. Il peut paraître fragile, certes. Mais tous les chantiers sont en route : centre-ville, transports, requalification. Et c’est sans cesse la quadrature du cercle : il faut faire aussi bien qu’ailleurs, mais avec moins d’argent !

Mathieu Grapeloup, vous ne cachez pas, sur les réseaux sociaux, votre affinité pour les idées d’Emmanuel Macron. Laure-Agnès Caradec, vous êtes une des élues montantes de l’équipe Gaudin. Quelles sont vos ambitions respectives pour 2020 et les municipales ?

M.G. J’ai lancé ma page en 2012. Parfois, c’est certain, j’ai envie d’agir, et de ne pas être seulement observateur. Je vais observer les candidats et surtout les programmes. Et il se peut que je me positionne. Mais pour l’instant, tant qu’on est loin des élections, ma page reste neutre et je suis les chantiers de manière objective.

L.-A.C. Je ne rêve pas d’un mandat national. Je me régale ici à faire avancer les choses. L’idée, c’est de continuer !

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