Pédophilie à Villefontaine: Où en est l'affaire deux ans après le suicide de l'enseignant-prédateur?

PEDOPHILIE Nouvelles victimes identifiées, probables recours contre l'Etat... «20 Minutes» vous explique où en est cette affaire de pédophilie qui a éclaté en mai 2015 en Isère...

Elisa Frisullo

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En avril, devant une école de Saint-Clair-de-la-Tour où des enfants auraient été victimes de Romain Farina.
En avril, devant une école de Saint-Clair-de-la-Tour où des enfants auraient été victimes de Romain Farina. — SIPA
  • Soixante-dix-sept victimes présumées de l’enseignant ont été identifiées au cours de l’enquête.
  • Huit nouvelles victimes de Romain Farina, qui auraient été abusées à Vénissieux entre 2001 et 2004, ont été découvertes récemment.
  • Plusieurs familles de victimes envisagent des recours contre l’Etat dans cette affaire.

Il y a trois ans, presque jour pour jour, une affaire de pédophilie hors norme secouait la commune de Villefontaine, dans le Nord Isère. Soupçonné de pédophilie sur plusieurs de ses élèves de CP, Romain Farina était mis en examen et placé en détention provisoire en mai 2015.

En avril 2016, l’ancien directeur d’école, visé par plusieurs plaintes pour viols sur des mineurs, mettait fin à ses jours dans sa cellule de la prison de Lyon-Corbas. Deux ans après ce suicide, l’affaire n’en est pas finie pour autant. 20 Minutes fait le point sur les derniers éléments.

Huit nouvelles victimes identifiées

En analysant ces dernières années le matériel et les fichiers informatiques de l’enseignant qui s’est suicidé, quelques jours après les dernières perquisitions menées à son domicile, les gendarmes sont parvenus à identifier de nouvelles victimes. L’homme tenait un listing de ces nombreux enfants abusés et détenait des centaines de milliers de photos et des milliers de vidéos de ses actes pédophiles.

« Au cours de l’enquête, 77 victimes ont été identifiées, dont huit récemment qui avaient M. Farina en professeur au début des années 2000 à Vénissieux », indique à 20 Minutes Marie Grimaud, l’avocate de deux des victimes présumées de l’ancien directeur. Ces enfants d’alors, aujourd’hui âgés d’une vingtaine d’années, ont été identifiés sur les fichiers de l’enseignant et contactés par les services de gendarmerie.

Les premiers viols et agressions sexuelles reprochés au professeur remontent à 2001 à Vénissieux dans le Rhône, où Romain Farina a exercé jusqu’en 2004. Puis, de 2008 jusqu’à son arrestation à Villefontaine en mai 2015, il aurait fait d’autres jeunes victimes dans des écoles de Saint-Clair-de-la-Tour, dans le Nord Isère, et de Villefontaine. Entre 2004 et 2008, période à laquelle le professeur a perdu un enfant et a enchaîné les arrêts maladie, aucun élément objectif ne permet de prouver l’existence d’autres faits pédophiles et d’autres victimes, ajoute une source proche de l’enquête.

Des victimes souffrent d’amnésie traumatique

Parmi les victimes de Vénissieux contactées en février dernier par les enquêteurs, certaines souffrent d’amnésie traumatique. C’est notamment le cas de Marie (prénom d’emprunt). Cette étudiante de 21 ans n’avait aucun souvenir des viols imposés par l’enseignant jusqu’à ce que les gendarmes l’en informent.

« Elle ne savait pas de quoi on lui parlait. Elle n’avait pas entendu parler de cette affaire malgré le battage médiatique et n’avait aucun souvenir de cette période-là ni de son professeur Romain Farina », confie son avocate Marie Grimaud. Depuis son audition par les enquêteurs, la jeune fille, violée à plusieurs reprises alors qu’elle était âgée de 5 ans et filmée par le professeur lors de ces moments d’horreur, vit recluse chez elle.

« Elle a décompensé psychologiquement. Elle a développé une phobie scolaire. Elle n’a pas retrouvé la mémoire de ce qu’elle a subi mais a des sensations corporelles de ce qui s’est passé », ajoute l’avocate, qui travaille en lien avec un thérapeute pour aider la victime à retrouver la mémoire en douceur. « Aujourd’hui, la réalité de ce qu’elle a vécu enfant est impossible à intégrer dans son psychisme », ajoute Marie Grimaud.

Une souffrance immense liée à l’absence de procès au pénal

Pour Marie comme pour les dizaines d’autres victimes présumées du directeur d’école, le suicide en prison du prédateur est venu ajouter encore plus au traumatisme. « Deux des victimes de Vénissieux récemment identifiées m’ont appelé en février. C’est moi qui ai dû leur dire qu’il s’était suicidé. Cela a été un second coup énorme pour elles comme pour nous tous », explique Sébastien Lopez, président de l’association des enfants victimes de pédophilie. « Sa mort signifie que la justice ne sera pas rendue ce qui est très difficile ».

En 2008, soit sept ans avant les premières révélations d’abus sexuels, l’ancien directeur d’école avait été condamné à six mois de prison avec sursis pour détention d’images à caractère pédopornographiques. A l’époque, l’Education nationale n’avait pas été informée par la justice et le professeur avait pu rester au contact d’enfants sans être inquiété.

« La justice a fait des erreurs, il faudra qu’elle le reconnaisse. Nos enfants ont droit à cette reconnaissance », indique Sébastien Lopez, dont la petite fille a subi les assauts pervers de Romain Farina. Si le suicide du professeur a marqué la fin de la procédure judiciaire sur le plan pénal, d’autres recours sont encore possibles pour les familles.

« Nous attendons l’ordonnance de non-lieu qui doit être rendue prochainement pour préparer des recours contre l’Etat », ajoute le père de famille déterminé « à aller jusqu’au bout » pour ces enfants victimes. Me Grimaud envisage un recours « pour faute lourde » devant le tribunal administratif contre l’Etat et un second contre l’administration pénitentiaire suite au suicide de l’enseignant en prison. « L’administration doit répondre à de nombreuses questions dans cette affaire. Les victimes et les familles en auront besoin car elles en ont été privées sur le plan pénal », ajoute Christophe Arroudj, avocat d’une famille de Villefontaine.