Manger à crédit, est-ce vraiment une bonne idée? Les internautes de «20 Minutes» divisés par l'initiative de Casino

VOUS TEMOIGNEZ L’initiative de Casino divise les lecteurs de «20 Minutes»…

Nicolas Raffin

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Une cliente dans un rayon de supermarché (Illustration).
Une cliente dans un rayon de supermarché (Illustration). — CHAMUSSY/SIPA
  • Casino va proposer de payer les petites courses alimentaires en plusieurs fois.
  • Beaucoup d’internautes expriment leur crainte quant à un possible surendettement.
  • Pour le spécialiste Olivier Mevel, Casino réalise là un «coup marketing».

Après la voiture ou le réfrigérateur, va-t-on payer ses steaks ou ses boîtes de conserve à crédit ? Le groupe Casino a dévoilé mardi une évolution de son application « Casino Max », qui est à la fois une carte de fidélité et de paiement. A la fin du mois, les clients pourront désormais opter pour « le paiement en différé et en 4 fois » au moment de régler leurs courses alimentaires.

Comme l’explique Le Monde, qui a révélé l’information, d’autres enseignes comme Carrefour ou Leclerc proposent déjà ces types de paiements via des cartes spéciales. Mais alors que ces marques demandent un panier d’achat plutôt élevé - autour de 100 euros - pour en bénéficier, « le panier minimum requis par Casino atteint 20 euros pour le différé et 50 pour le paiement fractionné ». Une manière d’inciter les consommateurs à utiliser le service même en cas de petites courses.

Payer à crédit ou en différé, oui mais…

Pour les lecteurs de 20 Minutes, qui ont répondu à notre appel, l’idée fait débat. « Ce serait bien que ce principe soit généralisé et possible tout le temps », affirme Odile. « J’ai des difficultés pour finir mes fins de mois, poursuit Naïma. J’ai donc recours à un crédit à la consommation Carrefour pour mes courses de nourriture. Il me coûte très cher et me met dans une galère noire. [L’idée de Casino] c’est une très bonne idée pour pouvoir manger correctement et payer plus tard le mois d’après. » « C’est une très bonne idée. J’espère que d’autres chaînes de magasins feront de même car moi aussi les fins de mois sont difficiles et donc pas de course la dernière semaine », abonde Ayoub.

Laurence, membre du panel #MoiJeune de 20 Minutes est plus dubitative : « Je pense que ce mode de paiement n’est pas une si mauvaise idée, ça peut aider à faire face aux imprévus (voiture, facture, santé etc...) mais il faut vraiment être sûr que le mois suivant on pourra s’en sortir financièrement »

La crainte du surendettement

En effet, beaucoup d’internautes qui nous ont donné leur avis partagent la même crainte : que le paiement différé pour des courses alimentaires soit une dangereuse fuite en avant. « C’est une mauvaise idée, tranche Laure. Les plus pauvres rentreront dans une spirale d’impayés, ou bien les gens craqueront, achèteront des choses superficielles pour leur confort, leurs loisirs, et s’en mordront les doigts le mois d’après. Je sens que l’ère du surendettement démarre aujourd’hui ».

Même avis pour Stéphanie : « Les deux seules choses qui se paient à crédit sont la maison et la voiture, lance-t-elle ! Donc si tu n’as pas les moyens tu ne l’achètes pas ! Ni alimentaire ni quoi que ce soit. Sinon ça devient la descente aux enfers ».

Un « coup marketing » ?

La nouvelle offre de Casino laisse Olivier Mevel très sceptique. Pour ce spécialiste de l’agro-alimentaire, enseignant-chercheur à l’université de Bretagne-Loire, « Casino a construit son enquête de manière à prouver que les populations les plus démunies seraient prêtes à acheter leur nourriture à crédit. Or, ces achats à crédit se concentreront sur les produits les moins chers, les premiers prix et les marques distributeurs (MDD), qui sont souvent importés. Pourtant, une enquête de terrain menée par mes étudiants à Montreuil, dans une zone plutôt défavorisée, montre que ces mêmes consommateurs veulent consommer des produits - de la viande en l’occurrence - de meilleure qualité. Alors pourquoi Casino veut aller vers là, sinon pour faire un coup marketing ? Est-ce qu’ils ne voudraient pas créer une demande qui n’existe pas ? »