Notre-Dame-des-Landes: Les quatre agriculteurs historiques de la ZAD sont régularisés

LEGALITE Expropriés de leurs terres il y a cinq ans, les agriculteurs ayant refusé de quitter la ZAD ont signé une convention d'occupation précaire avec l'Etat...

Frédéric Brenon

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Sylvain Fresneau, l'un des quatre exploitants historiques ayant refusé de quitter la ZAD de Notre-Dame-des-Landes.
Sylvain Fresneau, l'un des quatre exploitants historiques ayant refusé de quitter la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. — L.Venance/AFP

Ils avaient été expropriés de leurs terres début 2013 mais avaient toujours refusé de partir malgré les menaces d’expulsion. Les quatre agriculteurs « historiques » de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes ont été officiellement régularisés par l’Etat ce mercredi. Trois mois après l’abandon officiel du projet d’aéroport, la préfecture de Loire-Atlantique a en effet signé avec eux des conventions d’occupation précaire.

En clair, ils deviennent locataires de l’Etat qui les autorise à exploiter pleinement leurs terres. Ils pourront devenir propriétaires dans quelques semaines, « le temps de clarifier la situation foncière sur la zone », indique la préfecture. L'argent versé dans le cadre de leur expropriation, qui avait été mis en consigne, sera alors rendu.

« On était squatteurs dans notre propre maison »

« C’est un jour important, commente Sylvain Fresneau, éleveur laitier. On était squatteurs chez nous, dans notre propre maison. On payait les ramassages d’ordures, l’eau, et on était quand même squatteurs. Maintenant, on travaille et vit dans la légalité. »

Les quatre agriculteurs «historiques» ont régularisé leur situation avec l'Etat le 24 avril 2018.
Les quatre agriculteurs «historiques» ont régularisé leur situation avec l'Etat le 24 avril 2018. - C.Triballeau/AFP

« Il y a un peu d’émotion, confie Joël Bizeul, éleveur de bovins. Depuis 50 ans qu’on nous emmerde avec cet aéroport, on va enfin passer à autre chose et retrouver une situation normale. » Le quinquagénaire se souvient. « Rester ici, ça n’a pas été un choix facile. Tout le monde s’est pris la tête. Certains ont préféré changer d’air. Moi, j’ai toujours pensé que l’aéroport ne se ferait pas. J’aurais pu me tromper mais je suis allé au bout de mes convictions. Ça valait le coup. »

« Retrouver de la sérénité »

Sylvie Thébault, dont le mari a fait la grève de la faim en 2012 contre le projet d’aéroport, est, elle aussi, « satisfaite ». Elle aspire maintenant « à retrouver de la sérénité » avec le « départ des forces de l’ordre le plus vite possible ».

Présents depuis le 9 avril sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, plus de 2.000 gendarmes mobiles sont encore sur place afin de sécuriser le déblaiement des cabanes démolies, vérifier qu’il n’y ait pas de reconstruction et assurer la libre-circulation sur les axes routiers, justifie l’Etat. Ce mardi, des heurts ont de nouveau éclaté entre opposants radicaux et gendarmes au cœur de la ZAD.

Une quarantaine de projets agricoles et artisanaux ont été déposés par des occupants de la ZAD en vue d’obtenir une régularisation. L’Etat les examinera ces prochains jours. Il devra décider s’ils sont recevables ou non. Et ce qu’il advient des occupants n’ayant pas « témoigné leur volonté de se régulariser ». Une réunion à ce sujet se tiendra mercredi à Matignon.

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