Des demandeurs d'asile soudanais torturés après avoir été renvoyés par la France

IMMIGRATION L’un des témoins, expulsé fin 2017, raconte avoir été électrocuté, battu et frappé avec des tuyaux en métal pendant 10 jours...

Lucie Bras

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Des soudanais du sud manifestent lors d'une visite de l'ambassadeur américain, le 25 octobre 2017.
Des soudanais du sud manifestent lors d'une visite de l'ambassadeur américain, le 25 octobre 2017. — Albert Gonzalez Farran / Albert Gonzalez Farran / AFP / AFP

Dans une enquête datée du 22 avril, le New York Times révèle que des demandeurs d'asile soudanais renvoyés par la France et la Belgique, ont été battus et torturés à leur retour au Soudan.

Le journal américain affirme qu’au moins trois pays européens, la Belgique, la France et l’Italie, ont permis à des policiers soudanais se faisant passer pour des « officiels » d’entrer en contact avec les demandeurs d’asile. Les autorités de ces trois pays leur ont ouvert les portes des centres de rétention où ils étaient enfermés, afin que ces policiers puissent les interroger. Raison officielle : les Etats européens souhaitent des informations supplémentaires sur le dossier de ces demandeurs d’asile. En réalité, la rencontre se passait sans interprète « capable de traduire les propos échangés ».

Interrogé en septembre dernier par l’AFP, le ministère français de l’Intérieur avait d’ailleurs reconnu l’existence d’une « une mission d’identification du Soudan », souligne le JDD. « Mais nous n’avons pas d’accord avec ce pays. » Quatre de ces réfugiés expulsés ont raconté leur calvaire de retour au pays. Arrêtés dès leur atterrissage, ils ont ensuite été torturés par le régime. L’un des témoins, dissident politique du Darfour expulsé fin 2017, raconte avoir été électrocuté, battu et frappé avec des tuyaux en métal pendant 10 jours.

Collaboration « active » avec le Soudan

En Belgique, ces révélations ont fait beaucoup de bruit. En septembre 2017, Charles Michel, Premier ministre belge, avait d’ailleurs reconnu, devant le Parlement, une collaboration étroite de certaines polices européennes avec la dictature soudanaise d’Omar el-Béchir. En octobre, StreetPress révélait une collaboration « active » de la France avec la dictature soudanaise.

Contacté par le New York Times, le régime d’Omar el-Béchir dément ces accusations. Le dictateur, en poste depuis 28 ans, est visé par un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale pour génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre. Si les accusations portées contre la France sont portées devant la justice, elle pourrait être condamnée par la Cour européenne des droits de l’Homme. La France a déjà été condamnée en février, rappelle le JDD, pour avoir expulsé un Algérien sans lui permettre de déposer un recours, et alors qu’il risquait la torture dans son pays.

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