Ateliers non mixtes: Le débat sur la non-mixité relancé par des étudiants de Tolbiac

UNIVERSITÉ A l'université de Tolbiac à Paris, un atelier réservé aux minorités relance le débat sur ce principe militant très controversé...

L.C.

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La fac de Tolbiac est occupée à Paris, le 18 avril 2018. Lancer le diaporama
La fac de Tolbiac est occupée à Paris, le 18 avril 2018. — Clément Follain pour 20 Minutes
  • A la fac de Tolbiac, occupée depuis fin mars par des opposants à la réforme de l'université, des ateliers «non-mixtes» sont organisés.
  • La non-mixité, pratique apparue dans le militantisme des les années 1970, a toujours suscité de vives critiques, qui connaissent un regain depuis quelques années.
  • Pour certains, elle est un préalable à plus d'égalité pour les groupes sociaux opprimés ou discriminés. Pour d'autres, elle est une forme de «racisme inversé» et encourage le communautarisme.

Les étudiants qui occupent depuis fin mars la fac de Tolbiac à Paris ont relancé un débat ancien sur la non-mixité. Mobilisés contre la réforme de l’université, ils organisent depuis quelques semaines des cours différents et des ateliers non mixtes. Mardi, c’est un atelier « en non-mixité raciale » qui devait avoir lieu (avant d’être annulé), selon leur programme tweeté par la Commune libre de Tolbiac. Mercredi, un atelier « en non-mixité inclusive (sans hommes cisgenres) » était prévu.

Ces événements ont relancé le débat sur la non-mixité : la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) a réagi, jugeant qu’il s’agit de « pratiques racistes ». En novembre 2017, le ministre de l’éducation nationale avait qualifié d'« inconstitutionnel et inacceptable » la réunion non mixte que souhaitait organiser le syndicat SUD-Education 93. 20 Minutes fait le point sur cette polémique aussi vieille que ce principe né dans les années 1970 avec les militantismes féministe et anti-ségrégation.

Qu’est-ce que la non-mixité ?

C’est une pratique qui consiste à organiser des rassemblements ou des espaces réservés à des personnes appartenant à un ou plusieurs groupes sociaux considérés comme opprimés ou discriminés. Ainsi, une réunion non mixte peut être réservée uniquement aux femmes ou aux hommes, aux pratiquants d’une religion en particulier, aux Blancs ou aux Noirs, etc.

D’où ça vient ?

Cette pratique s’est implantée au sein du militantisme dans les années 1970. Dès les années 1960, le « mouvement pour les droits civiques » aux Etats-Unis qui luttait contre la ségrégation raciale pratiquait une forme de non-mixité qui faisait déjà débat. La pratique gagne ensuite certaines organisations féministes comme le Mouvement pour la libération de la femme (MLF) en France.

La non-mixité est toujours d’actualité : en 2016, la « commission féministe » de Nuit Debout a organisé des réunions réservées aux «femmes et minorités de genre». La même année, un « camp d’été décolonial » réservé aux personnes « non blanches » a provoqué la polémique. En 2017, c’est un festival «afroféministe» qui a relancé le débat en mettant en place trois espaces (sur quatre) de « non mixtes ».

Pourquoi la non-mixité est-elle défendue par certains militants ?

Pour ses partisans, la non-mixité est un vecteur d’égalité. Selon eux, en excluant certains groupes jugés « dominants », les « dominés » peuvent s’exprimer plus librement.

Après la polémique sur le festival « afroféministe » en 2017, la sociologue Christine Delphy avait ainsi jugé dans L'Obs que « la non-mixité peut être une solution pour atteindre l’égalité (…) parce qu’il y a une limite à ce qu’on peut discuter entre classes de dominé(e) s et d’oppresseurs (…)».

La militante Rokhaya Diallo, qui défendait le même festival, écrivait sur Slate que « les réunions afroféministes non mixtes n’ont en aucun cas vocation à proposer un projet de société ségrégationniste définitif puisqu’elles s’inscrivent dans la temporalité d’un événement ponctuel ».

Et pourquoi est-elle critiquée ?

Ses détracteurs soulignent que la non-mixité va à l’encontre du principe d’égalité. La Licra et SOS Racisme ont notamment adopté cette position et dénoncent la non-mixité comme une forme de racisme. Au sujet du festival «afroféministe» de 2017, la Licra jugeait ainsi que « le combat antiraciste [était] devenu l’alibi d’un repli identitaire », tandis que le président de SOS Racisme dénonçait une « logique provocante et discriminatoire ».

Lorsqu’il a dénoncé la réunion non mixte prévue par SUD-Education 93, en novembre 2017, Jean-Michel Blanquer a jugé qu’il s’agissait de « pratiques contraires à la Constitution » qui portent atteinte à la « cohésion nationale ». Une enquête a été ouverte pour « discrimination ».