« Le GHB, c’est moins cher que l’alcool et ça a le même effet », témoigne Guillaume

VOUS TEMOIGNEZ Un internaute de «20 Minutes» nous raconte sa consommation récréative de GHB, une drogue qui sous sa forme liquide a provoqué entre 50 et 100 comas l’an dernier…

Yasmina Cardoze
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En boîte de nuit, de plus en plus de personnes consomment des cachets de GHB dans un but récréatif. (Illustration)
En boîte de nuit, de plus en plus de personnes consomment des cachets de GHB dans un but récréatif. (Illustration) — Purestock/Sipa
  • Le GHB est un dérivé d’un solvant, le GBL. Les deux sont de plus en plus consommés comme drogues.
  • Depuis 2016, on compte 50 à 100 comas liés à la consommation de GBL.
  • Guillaume, un internaute, nous raconte pourquoi il en consomme.

« Je prends souvent du GHB en soirée, une fois toutes les deux semaines. » Guillaume, 29 ans, est un internaute qui a répondu à notre appel à témoignage sur la consommation de GHB et de GBL. « J’en consomme depuis trois ans régulièrement en boîte de nuit et avant les soirées du genre pub, avant d’aller en boîte… Entre amis uniquement, jamais seul. » Le GBL est un solvant industriel très répandu, qui, une fois ingéré, se transforme en GHB.

Entre 2016 et 2017, cette drogue a provoqué « 50 à 100 comas » dans les hôpitaux parisiens selon le préfet de police Michel Delpuech alors qu’« il y a deux ou trois ans c’était dix ». Selon l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), « depuis environ deux ans, le GHB/GBL connaît une nouvelle diffusion dans les clubs ». Son usage « concerne aujourd’hui une population mixte (filles et garçons) et de plus en plus jeune (17-25 ans) », précise l’Observatoire. « Des nouveaux usagers qui n’ont qu’une faible connaissance du produit et des risques ».

« Indétectable en soufflant dans l’éthylotest »

« C’est le même effet que l’alcool, explique Guillaume, on ne le sent pas monter (contrairement à d’autres drogues) et c’est exactement les mêmes effets que l’ivresse. Sauf que c’est indétectable en soufflant dans l’éthylotest. » Pour le jeune homme, il n’y aurait que des avantages, « aucun effet le lendemain on n’a pas mal au ventre comme avec l’alcool, on se lève en pleine forme et on dort bien. Les effets ont totalement disparu le lendemain. » Mais il faut rappeler que cette drogue est difficile à doser. Le GHB a d’abord un effet euphorisant puis un effet sédatif qui facilite une désinhibition sexuelle et enfin des effets anesthésiants, d’où son surnom de « drogue du violeur ».

De l’euphorie à l’anesthésie

« Ça ne fait pas “drogué”, précise Guillaume, dans le sens où on garde le même comportement et la même façon de penser, exactement comme l’alcool. Du coup, en soirée ça passe, ça fait festif, pas comme d’autres drogues où la pupille est dilatée et le comportement est asocial. Si on en consomme trop, comme j’ai déjà vu, la personne est molle, ralentie, dort debout, et a la respiration lente. Mais la personne avait pris au moins 15 g en une soirée ce qui est trop mélangé à l’alcool. » Pris ensemble, l’alcool et le GHB voient leurs effets démultipliés. Chute de tension, ralentissement respiratoire, risques d’amnésie, un tel cocktail peut aller jusqu’à un arrêt respiratoire voire des convulsions.

« Le problème est lorsqu’il est pris de façon liquide, avance Guillaume. J’en prends uniquement en dose dure, à avaler. En liquide c’est super-difficile à doser et ça peut vite déraper. Des amis ont fait fondre le GHB au four micro-ondes pour le diluer dans l’eau, je n’ai jamais essayé car c’est trop difficile à doser. » Les erreurs de dosage sont fatales : coma voire décès. Ainsi, début mars, deux jeunes ont bu dans une bouteille d’eau qu’ils avaient retrouvée au bord de la piste de danse et qui contenait du GBL. Tous deux sont tombés dans le coma et l’un d’eux est mort. « J’ai jamais eu d’effet de surdose car dans une soirée je prends entre 3 et 7 grammes, ce qui fait se sentir comme si on avait bu 4 verres de vodka dose classique. »

Une drogue interdite au public

Par ailleurs, cette drogue semble très facile à obtenir et semble très peu coûteuse. « C’est moins cher que l’alcool, note Guillaume, car pour 10 euros j’ai environ 20 g. » Comment s’en procure-t-il ? « C’est mon ami qui m’en fournit mais je ne sais pas où il se le fournit, on n’en parle pas. » Lundi, le préfet de police Michel Delpuech s’est engagé à explorer les pistes juridiques destinées à « limiter la vente de ces produits ou leur accès facile, notamment par Internet ». Depuis un arrêté de 2011, la vente de GBL est interdite au public. Inciter des personnes à en consommer est passible de cinq ans d’emprisonnement et d’une amende de 75.000 euros. En faire ingérer à quelqu’un d’autre par violence ou par ruse peut mener à une peine de quinze ans de réclusion criminelle. Quant au GHB, il a été inscrit sur la liste des stupéfiants en France en 1999.