«En une nuit, tout disparaît»... Le vol de ruches, le nouveau trafic en bande organisée

APICULTURE Le phénomène de vol de ruches ne cesse de croître d'une année sur l'autre. Ce nouveau fléau pour les apiculteurs représente pour d'autres un moyen efficace de gagner de l'argent sans se faire prendre...

Célia Demolis

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Un apiculteur amateur de La-Tour-en-Jarez s'est fait volé 65 ruches dans la nuit du vendredi 6 au 7 avril.
Un apiculteur amateur de La-Tour-en-Jarez s'est fait volé 65 ruches dans la nuit du vendredi 6 au 7 avril. — FRED SCHEIBER
  • Le phénomène de vol massif de ruches est de plus en plus présent en Auvergne-Rhône-Alpes.
  • Selon les apiculteurs, ils seraient orchestrés par des bandes organisées.
  • Déplorant le manque de réaction des gendarmes, de plus en plus d’apiculteurs sont contraints d’investir dans du matériel de surveillance coûteux.

Il y a encore une dizaine d’années, c’était impensable. Et pourtant, depuis maintenant trois ans, de nombreux vols de ruches sont à déplorer partout en France. En Isère, l’un des derniers « vols massifs » remonte au début du mois. Soixante-cinq ruches ont été dérobées sur la commune de Serpaize dans la nuit du 6 au 7 avril. Puis 74 dans la Loire, cinq jours plus tard.

Les apiculteurs de la région Auvergne-Rhône-Alpes, très impactés par ce fléau devenu récurrent, dénoncent aujourd’hui un nouveau business, mené par des « bandes organisées » qui n’encourent, selon eux, pratiquement aucun risque après leur infraction.

Des vols plus nombreux chaque année

« Ce phénomène inquiétant double chaque année. En 2015, on dénombrait 7 vols du genre en France. En 2016, c’était 15, l’an passé 35… Cette année, les records vont à nouveau exploser », constate inexorablement le président du  syndicat départemental d’apiculture de la Loire, Mathieu Charasse. Les apiculteurs concernés par ces infractions sont démoralisés : « Entre les nombreux changements climatiques, l’implication des produits phytosanitaires, l’arrivée récente des frelons asiatiques et maintenant ça, comment voulez-vous qu’on tienne ? », déplore le jeune homme.

Récemment, un autre apiculteur amateur de la Loire, âgé de 65 ans, a également connu une perte massive de 150 ruches, soit l’équivalent de 30.000 euros. « Cela faisait plus de quarante ans qu’il élevait des abeilles, il est venu me pleurer dans les bras. Ses ruches représentaient une partie de sa vie, des années de travail, et, en une nuit, tout disparaît », relate Mathieu Charasse, expliquant qu’il est quasiment impossible de retrouver les voleurs dans ce genre de cas.

Des puces ou des caméras pour surveiller les ruches

Pour éviter toute récidive et surveiller leur domaine, les apiculteurs pensent sérieusement à investir dans des puces électroniques ou dans des caméras de surveillances. Même si cette solution s’annonce coûteuse.

« On ne peut pas dormir sur les ruchers malheureusement. Nous avons prévenu les gendarmes de ces disparitions inquiétantes mais ils n’ont rien fait. Ils n’ont ouvert aucune enquête alors que nous avions certaines preuves », déplore le jeune homme qui a alors rédigé une lettre au procureur de la République dans l’attente d’obtenir des aides supplémentaires.

Un business mené par des bandes organisées ?

Selon Mathieu Charasse, le type de délinquance serait identique à celui du vol des champignons cueillis dans des forêts privées, observé il y a deux ans. « Un vol de particulier à particulier concernerait deux ou trois ruches, explique-t-il. Là, ce sont 80 ruches qui partent du jour au lendemain. Il pourrait donc s’agir d’individus étrangers, membres d’un réseau qui chargent durant la nuit un camion, et partent immédiatement vers les pays d’Europe de l’est pour revendre l’essaim. »

Le syndicat départemental de la Haute-Savoie, qui observe également cette augmentation de vols de ruches ces dernières années, évoque des bandes organisées, bien renseignées sur ce nouveau marché. « Une colonie d’abeilles coûte entre 150 et 200 euros selon les différentes races. Auparavant, le prix n’excédait pas 80 euros. Beaucoup de gens malhonnêtes y voient un nouveau business qui permet d’arrondir largement ses fins de mois », avance Pierre-Tomas Bouil, le président du syndicat, qui recense une quarantaine de vols de ce type chaque année.

« Très difficile d’aller en prison pour ce genre d’acte illégal »

« Il est très difficile d’aller en prison pour ce genre d’acte illégal. A moins d’être pris sur le vif, on ne peut pas retrouver les malfaiteurs… et les gendarmes ne se chargent pas de l’affaire », regrette l’homme, inquiet de devoir trouver de nouveaux moyens de surveillance.

En attendant, les apiculteurs essayent tout doucement de reprendre leur activité. Un homme au geste généreux a déjà replacé de nouvelles ruches dans la Loire pour redonner le sourire aux plus démunis.