Blocages dans les universités: «Mon partiel a été annulé alors que j’avais révisé à fond», raconte Félix

VOUS TEMOIGNEZ Certaines universités étant totalement ou partiellement bloquées, les examens risquent d’avoir lieu dans des conditions inhabituelles, ce dont nos lecteurs étudiants témoignent…

Delphine Bancaud

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Des étudiants bloquent un des sites de Lyon 2, le 12 avril 2018. Credit:KONRAD K./SIPA/
Des étudiants bloquent un des sites de Lyon 2, le 12 avril 2018. Credit:KONRAD K./SIPA/ — SIPA
  • Comme à l’université de Nanterre ce lundi, des partiels sont reportés en raison de blocages des facs pour protester contre la réforme de l’accès à l’enseignement supérieur.
  • Une situation qui pénalise les étudiants ayant révisé et que la perspective d’un report des examens inquiète.
  • Mais certains d’entre eux soutiennent malgré tout la contestation à la loi Vidal.

Emmanuel Macron a prévenu les étudiants avec un poil de condescendance lors de son intervention télévision jeudi : « Il n’y aura pas d’examen en chocolat ». Et ce, malgré les blocages des étudiants pour protester contre la réforme de l’accès à l’Enseignement supérieur. Le président de la Conférence des présidents des universités (CPU), Gilles Roussel, l’avait aussi dit à 20 Minutes : les examens auront bel et bien lieu dans les universités.

Mais la donne semble un peu différente sur le terrain, comme en témoignent les étudiants qui ont répondu à l'appel à témoins de 20 Minutes. Exemple ce lundi à l’université de Nanterre qui était bloquée, entraînant le report des partiels de la journée. Une situation qu’a vécue Félix, en 2e année de droit à Nanterre. « Mon premier partiel était prévu à 15h. Mais des chaises et des bureaux étaient entassés devant les locaux. Mon partiel a été annulé alors que j’avais révisé à fond. Sans pour autant être pour la réforme d’accès à l’université, j’ai envie comme 70 % des étudiants de ma fac de passer mes examens », s’exclame-t-il.

« Mon partiel a été annulé alors que j’avais révisé pendant une semaine»

Idem pour Héloïse en 1re année de licence Humanités, droit, économie-gestion : « Mon partiel de philosophie a été annulé alors que j’avais révisé pendant une semaine. J’ai un partiel de droit pénal jeudi et j’ai bien peur qu’il soit reporté aussi », confie-t-elle. A l’université de Bordeaux, où Tamari est inscrite en 1re année de psychologie, les examens sont pour l’heure maintenus. Mais beaucoup de cours ont été annulés en raison de blocages : « Je vous avoue avoir été mise en difficulté, surtout dans certaines matières où je n’étais pas assez à l’aise (notamment les matières scientifiques) », déplore-t-elle.

Les tensions étant vives à Paris 1, Inès en 1re année de droit qui devait passer une épreuve de langue ce lundi, n’a pas pu le faire : « Les professeurs n’étant pas certains de l’ouverture du centre René Cassin ont préféré abandonner. En revanche, une partie des cours a été décalée aux centres Sorbonne et Panthéon afin de garantir l’équité entre les étudiants, et de permettre à ceux qui avaient assidûment révisé de procéder à des examens facultatifs. Seulement ces mêmes centres sont également fermés. Le préjudice est réel, car la Présidence ne se préoccupe pas des étudiants désireux de pouvoir travailler, et nous laisse dans la nature sans aucune information. Certaines associations de la fac en viennent à dire qu’il serait possible que l’ensemble des partiels soient déplacés au mois de juin ! », déplore-t-elle.

«Je ne souhaite pas que les profs mettent la moyenne à tout le monde»

Le report de certains examens inquiète aussi Héloïse : « Cela va être compliqué de retrouver un créneau compatible avec les contraintes d’emplois du temps des profs et des étudiants. Et le cas échéant, cela va nous demander de retravailler ce que l’on avait déjà révisé ». « Si on doit passer plusieurs grosses matières en même temps, ça risque d’être très lourd », juge aussi Félix. Quant à l’éventualité d'une certaine indulgence des profs, elle ne fait pas non plus l’unanimité. « Je ne souhaite pas que les profs mettent la moyenne à tout le monde. J’ai envie que mon année soit validée parce que je le mérite », estime Héloïse. « Le coup du "on veut 10 pour tout le monde aux partiels" ne trompe personne, c’est réclamé à chaque occasion, mais jamais obtenu », commente aussi Thebeb. Mais d’autres solutions sont déjà évoquées dans certaines facs : « Si on ne peut pas passer les partiels, c’est la note obtenue en TD qui comptera. Cela risque d’en désavantager certains », estime Éloïse. « Les profs ont évoqué l’idée d’un devoir maison. Mais ce ne serait pas très juste car certains étudiants pourraient se faire aider », estime de son côté Félix.

« On a rendu copie blanche ou dessiné »

Mais bien que les étudiants trouvent l’annulation de partiels pénalisante pour leurs études, certains d’eux adhèrent au mouvement de protestation de la loi ORE : « Je soutiens le mouvement des étudiants car ils combattent une injustice, une injustice s’attaquant directement à l’éducation de notre société et de ce fait, à notre futur. En revanche, la forme de cette contestation n’est pas bonne selon moi », estime ainsi Tamari. « Je comprends bien que le blocage est le seul moyen pour les étudiants de s’opposer à la loi Vidal », songe de son côté Héloïse. Carla, en 1re année d’AES à Nanterre ne la contredira pas, puisqu’elle fait partie du Comité de mobilisation de Nanterre. « En bloquant, nous souhaitons obtenir l’annulation des partiels et la validation automatique à 20/20 (votée par l’assemblée des personnels jeudi dernier) afin de libérer du temps pour militer contre la loi sur l’orientation et la réussite des étudiants (ORE). Nombre d’étudiants nous ont en effet, exprimé leur opposition à cette loi, tout en nous expliquant qu’ils ne pouvaient pas se mobiliser à nos côtés, inquiets pour leurs études », explique-t-elle.

Morgane, étudiante en 2e de licence de sciences politiques à l’université de Lille, est aussi opposée à la loi ORE. Mais sa fac n’a pas été bloquée lors du début des examens, car des CRS étaient présents devant et dedans : « On s’est réuni pour soutenir nos profs grévistes. On a fini matraqué et gazé, juste avant notre premier partiel dans mon cas ». Du coup, les étudiants ont trouvé un autre moyen que le blocage de la fac pour protester. « On a rendu copie blanche ou dessiné, écrit des poèmes et des pamphlets pour dire pourquoi on faisait grève », raconte-t-elle.

Reste que dans certaines facs, il ne se passe quasiment rien, comme en témoigne Beyamin : « Je fais partie de l’une des deux facs les plus coincées (et les plus à droite) de France (au Capitole à Toulouse) et j’ai eu aucun mal à passer mes épreuves écrites (les orales je les passe au mois de mai). Malheureusement, il n’y a rien eu, même pas une petite grève », semble-t-il regretter !