Grève à la SNCF: Le mouvement social à un tournant?

SOCIAL Le nombre de grévistes qui chute, la lutte qui risque de se polariser et le front syndical qui se divise, autant de signaux que le mouvement social traverse une période importante…

Oihana Gabriel

— 

Manifestation de cheminots le 3 avril 2018 à Paris.
Manifestation de cheminots le 3 avril 2018 à Paris. — SIPA
  • Alors que les départs en vacances vont se multiplier à partir de ce soir, la SNCF annonce moins de perturbations ce week-end pour le 3e épisode de grève. 
  • Comment le discours d'Emmanuel Macron sur les cheminots a-t-il été reçu? S'il a fait peu d'annonces, son discours ferme pourrait polariser la lutte.
  • Une grève moins suivie, des divisions au sein des quatre syndicats, ces derniers jours ont été riches en informations sur le mouvement social à la SNCF. 

Essoufflement, radicalisation, début de dialogue ? Le mouvement social à la SNCF, rentré dans son acte III ce vendredi, pourrait connaître un tournant. Alors que les grévistes ont envisagé un mouvement social très long, jusqu’au 28 juin, certains signes laissent penser que la contestation traverse un épisode clef.

Il y a moins de perturbations prévues ce week-end que lors des deux derniers épisodes de grève. Selon la SNCF, le nombre de grévistes est passé d’environ 30 % le 3 avril à 24,9 % le 9 avril pour tomber à 22,5 % ce vendredi. Et toutes les professions sont concernées : conducteurs (passant de 75 % le 9 avril à 66 % aujourd’hui), contrôleurs (71 % à 60 %) et aiguilleurs (35 % à 29 %). Preuve que le mouvement s’essouffle ?

Moins de grévistes

« Je pense qu’il est un peu tôt pour parler d’essoufflement, nuance Rémi Bourguignon, enseignant-chercheur à 'IAE de Paris 1 et au Cevipof sur les mouvements sociaux. On est dans les fluctuations normales d’un mouvement social. Mais a minima on constate que le mouvement ne prend pas d’ampleur… ce que les syndicats espéraient. La contestation ne prend pas. Ce qui n’est pas très surprenant compte tenu des méthodes syndicales : dès le début, on savait que le rapport de force n’était pas favorable. Mais les fédérations, de manière très centralisée, ont décidé de lancer la grève, sans passer par des assemblées générales des travailleurs. Habituellement, ce sont les cheminots qui demandent à entrer en grève… »

Alors que les vacances de la zone A rentrent dans leur deuxième semaine et celles de la zone C débutent ce vendredi soir, les Français pourraient s’inquiéter des trains supprimés, bondés ou retardés jusqu’à dimanche 8 heures. Mais la SNCF s’est organisée depuis de longues semaines. Le groupe a déjà garanti la circulation de « 200 TGV par jour » vendredi et samedi… contre environ 700 en temps normal. Ils seront pilotés « par des conducteurs non-grévistes » et le renfort de « beaucoup de cadres » habilités à conduire ces trains. Une stratégie pour faire croire que le mouvement perd des forces ?

Un discours ferme du gouvernement qui risque de polariser

Plusieurs annonces récentes pourraient peut-être conduire certains cheminots à lâcher le mouvement social. Lors de son interview télévisée sur TF1, le Président a annoncé jeudi que la dette « sera, pour partie, progressivement reprise à mesure que » les réformes demandées par le gouvernement « se font ».

Parallèlement, les discussions à l’Assemblée nationale font un peu évoluer la réforme. Mercredi, l’Assemblée nationale a ainsi voté une série de garanties pour les cheminots transférés de la SNCF à une autre entreprise ferroviaire. En clair, les cheminots volontaires pour aller travailler chez la concurrence devraient voir leur revenu, le régime spécial de retraite et la garantie de l’emploi maintenus pour ceux ayant été embauchés au statut par la SNCF.

Mais pour Rémi Bourguignon, ces informations n’ont rien de nouveau. « Sur la dette comme sur la portabilité du statut, le gouvernement avait déjà annoncé qu’il y avait une marge de manœuvre. En revanche, le discours très ferme du président risque de polariser les grévistes. Cela peut démobiliser les salariés qui avaient l’espoir d’une victoire, et qui peuvent se dire rationnellement, ça va me coûter cher et le gouvernement a l’air déterminé. Mais ça peut aussi renforcer la mobilisation des plus radicaux qui y voient une injure. »

Manifestation de cheminots contre la réforme de la SNCF le 9 avril dernier.
Manifestation de cheminots contre la réforme de la SNCF le 9 avril dernier. - GERARD JULIEN / AFP

Le front syndical se fissure ?

La main tendue n’a en tout cas pas été snobée par le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger. Ce dernier a salué vendredi matin sur RTL de « premières avancées » avec la prise en compte à l’Assemblée, d’amendements portés par la CFDT cheminots.

« Le front syndical ne peut pas tenir, tranche le chercheur associé au Cevipof. La CFDT n’est entrée dans la grève que pour contester la méthode, à savoir les ordonnances. Laurent Berger souhaite depuis le début renouer le dialogue avec le gouvernement. Si le mouvement s’effondre, les syndicats seront affaiblis pour longtemps… Il veut donc sortir par le haut. »

Mais les dissensions pourraient également se multiplier sur les méthodes pour mener la grève. « Le syndicat Sud Rail a posé un préavis permanent de grève, ils ne voulaient pas d’une grève perlée mais plutôt que les salariés décident au quotidien de la reconduction de la grève. Derrière l’unité du camp syndical, on avait en réalité deux syndicats sur quatre défavorables à cette forme de conflictualité. Et cela commence à se voir… »

 

>> A lire aussi : SNCF: Les prix des billets de train s'envolent-ils en période de grève?

>> A lire aussi : Grève SNCF: «Nos vacances sont gâchées»