Bouches-du-Rhône: La grève à La Poste se répand comme une traînée de poudre

GREVE Les employés de la poste dans les Bouches-du-Rhône sont en grève depuis une dizaine de jours... 

Adrien Max

— 

Les salariés de La Poste sont en grève depuis une dizaine de jours.
Les salariés de La Poste sont en grève depuis une dizaine de jours. — Adrien Max / 20 Minutes
  • Les premiers salariés de La Poste sont en grève depuis une dizaine de jours dans les Bouches-du-Rhône, une grève qui se répand à de nombreux lieux dans le département.
  • Ils réclament des emplois pérennes, sans pause méridienne qui les obligerait à travailler l’après-midi, et moins de réorganisations du travail.
  • Les salariés des Bouches-du-Rhône souhaiteraient une convergence des luttes avec les salariés des autres départements, aussi en grève.

Une mobilisation qui ne cesse de croître. Les salariés de la Poste dans les Bouches-du-Rhône sont en grève depuis une dizaine de jours. Après les salariés de différents arrondissements de Marseille, ceux d’Arles, puis d’Allauch, puis d’Aubagne et La Ciotat et maintenant ceux d' Aix-en-Provence, tout le département est désormais impacté. Certains ont manifesté ce jeudi devant la direction de La Poste à Marseille pour faire entendre leur voix.

Une revendication symbolise le ras-le-bol des facteurs et des factrices : la pause déjeuner. Alors que les postiers commençaient habituellement tôt pour finir tôt, la direction veut imposer à ses salariés une pause de 45 minutes, avant de reprendre l’après-midi.

« Ça fait 26 ans que je travaille à la Poste, je gagne 1.460 euros. Vous croyez que c’est pour le salaire que je suis venu ? Non, c’était pour les horaires. On est mal payé, on commence tôt mais on sait qu’on peut profiter de notre famille l’après-midi, faire des loisirs », regrette Laurent.

« Sans parler de ceux qui ont un deuxième emploi pour subvenir à leur famille », ajoute Yann Remlé, représentant syndical Sud PTT dans les Bouches-du-Rhône.

Précarité de l’emploi

L’autre nerf de la guerre concerne l’emploi. Et notamment la précarité liée à l’emploi. La direction les justifie par une baisse du trafic courrier qu’elle chiffre à 7 % chaque année. « Le trafic courrier baisse c’est vrai, mais le nombre de colis et des petits paquets internationaux ne cessent de croître », argumente Yann Remlé.

Résultat, « dans un même service on retrouve des fonctionnaires, des CDI, des CDD, des apprentis, des CDI intérimaires et tous ces statuts couvrent un même quotidien. La direction cherche toujours plus à diviser les salariés pour mieux régner », explique Stéphane Messina, représentant syndical de la CGT.

« La poste met en avant ses recrutements de postiers mais ils ne couvrent même pas les postes vacants, et je ne parle même pas des départs à la retraite », ajoute Yann Remlé.

La question de la formation est centrale, « la géographie d’une tournée ça ne s’invente pas ! », peste le syndicaliste.

Une course contre la montre

Une précarité qui a des conséquences dans leur métier de tous les jours. « Tout est chronométré. Une lettre avec accusé de réception désormais c’est 1’30 pas plus. Avant sur les tournées on avait plus de souplesse, on pouvait parfois s’arrêter cinq ou dix minutes pour aider quelqu’un », témoigne Audrey.

Les innombrables réorganisations pénalisent également les employés. « Tous les deux ans ça change. On a à peine le temps d’assimiler les changements qu’il faut déjà en prévoir d’autres », avance Laurent. Comme l’aide aux seniors, récemment proposé par La Poste.

« Il comptabilise qu’on doit rester six minutes avec la personne. Mardi je suis allé voir une dame, je n’ai pas pu faire autrement que de rester une heure. Après ils disent que c’est notre problème si on quitte plus tard. Mais je ne vais pas dire à cette dame que je dois la quitter au bout de cinq minutes », se désole Audrey.

Un avant-goût de la SNCF

Selon Yann Remlé, la Poste irait même jusqu’à organiser une discrimination dans la distribution du courrier dans les Bouches-du-Rhône :

« Ils repèrent quelles boîtes aux lettres doivent être livrées tous les jours, celles des entreprises, et organisent des tournées quotidiennes pour eux. Mais pour d’autres, le facteur ne passe plus qu’une fois tous les deux jours, voire une fois par semaine. »

Ce qui a des conséquences sur leur travail, « nous sommes dans le département où il y a le plus d’agressions d’incivilité envers les postiers », contextualise le syndicaliste.

Beaucoup des grévistes ont prévu de venir samedi sur le Vieux-Port lors d’une manifestation « anti-Macron » et pour prévenir : « Comme le gouvernement veut le faire avec la SNCF, la Poste est passée en société anonyme en 2010, rendez-vous compte des conséquences. » Surtout, ils aimeraient une convergence des luttes avec les postiers d’autres départements déjà mobilisés comme en Ille-et-Vilaine, en Gironde ou en région parisienne.