Paris: Plusieurs milliers d'avocats et magistrats dans la rue contre la réforme de la justice

MANIFESTATION Les manifestants, qui étaient entre 4.000 et 7.000, ont défilé derrière la banderole « Pour une justice de qualité et accessible »...

20 Minutes avec AFP

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Avocats et magistrats manifestent à Paris, le 11 avril 2018.
Avocats et magistrats manifestent à Paris, le 11 avril 2018. — Francois Mori/AP/SIPA

Contre « une justice sans juge » et « le recul des droits de la défense », pour « la justice de proximité » : des milliers d’avocats de toute la France mais aussi des magistrats et greffiers ont manifesté mercredi à Paris contre le projet de réforme de la justice.

Des avocats en robe des barreaux venus notamment de Dieppe, Amiens, Bethunes, Aix-en- Provence, Libourne, Bayonne, Tours ont défilé derrière la banderole « Pour une justice de qualité et accessible ». Les manifestants, qui étaient 4.000 selon la police et entre 6.000 et 7.000 selon les organisateurs, ont marché de la place du Châtelet jusqu’à la rue de la Paix toute proche de la place Vendôme, où se situe le ministère de la Justice.

Les avocats de Valenciennes avaient amené un cercueil pour cette nouvelle journée « justice morte ». Quelques messages sur les pancartes : « Justice sans juge. Ils sont devenus fous à Bercy », « Cheminot en robe noire »… Un magistrat avait lancé lundi à des avocats niçois en grève : « Vous êtes des cheminots en robe noire ! (…) Vous êtes la honte de la profession ! ». A quelques jours de la présentation en Conseil des ministres, le 18 avril, du projet de loi, des avocats étaient aussi mobilisés dans les juridictions, notamment à Annecy, Marseille et Nice.

« Beaucoup trop de mesures sont dictées par des soucis d’économies »

En octobre, le gouvernement avait lancé cinq grands chantiers : les procédures pénale et civile, le sens et l’efficacité des peines, l’organisation territoriale, la numérisation. Ce projet, très vaste, a déjà provoqué plusieurs journées de mobilisation, particulièrement suivies chez les avocats.

« Beaucoup trop de mesures sont dictées par des soucis d’économies. Il faut un rattrapage budgétaire. Le budget de la justice en France est deux fois moins important qu’en Allemagne », a dénoncé auprès de l’AFP Christiane Féral-Schuhl, présidente du Conseil national des barreaux.

Les négociations se poursuivent cependant entre les représentants des avocats et la chancellerie. Il y a eu « des avancées », a-t-elle reconnu. « Mais il nous reste plusieurs points importants à régler », a-t-elle ajouté.

 

Remontés contre l’expérimentation d’un tribunal criminel départemental

Le ténor du barreau Me Henri Leclerc a manifesté au côté d’autres avocats pénalistes parisiens. Ces derniers sont notamment remontés contre l’expérimentation d’un tribunal criminel départemental, où seront jugés les crimes passibles de 20 ans de réclusion criminelle.

Florent Berdeaux, avocat spécialisé en droit de la famille, dénonce le fait que selon la réforme, « la révision des pensions alimentaires sera effectuée par les directeurs de la Caisse d’allocations familiales, et non plus par un juge aux affaires familiales ».

« Nous refusons la suppression de la fonction spécialisée du juge d’instance », a dit pour sa part Virgine Duval, présidente de l’Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire). Plus de 250 juges d’instance ont adressé une lettre le 30 mars à la ministre de la Justice Nicole Belloubet, s’inquiétant d’une fermeture des tribunaux d’instance.