Grève SNCF: «On ne fait pas grève par plaisir», explique un cheminot gréviste

VOUS TEMOIGNEZ Des grévistes de la SNCF font part de leur expérience, leurs motivations et de leurs difficultés à « 20 Minutes »…

Nils Wilcke
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Manifestation de cheminots contre la réforme de la SNCF à Paris le 9 avril dernier.
Manifestation de cheminots contre la réforme de la SNCF à Paris le 9 avril dernier. — GERARD JULIEN / AFP
  • Cheminots, contractuels... Quel que soit leur statut, ils ont décidé de rejoindre le mouvement de grève à la SNCF. 
  • Malgré les difficultés financières, les grévistes veulent tenir et alerter le public sur les difficultés que traverse leur compagnie.  
  • Ils expliquent à 20 Minutes leurs motivations mais aussi leurs difficultés à poursuivre ce mouvement.

« On ne fait pas grève de gaieté de cœur ». Audrey est l’une des internautes qui a répondu à notre appel à témoignage lancé sur notre page Facebook. Depuis huit ans, la jeune femme de 32 ans est agent de sécurité ferroviaire avec le statut de cheminot. Elle fait partie des « agents Suge », le service interne de sécurité de la SNCF.

Xavier, 35 ans, conducteur également sous statut de cheminot, renchérit : « On ne fait pas grève par plaisir. L’objectif n’est pas de prendre les usagers en otage, comme on l’entend souvent mais de créer un rapport de force avec le gouvernement ». Laura, 32 ans, est aiguilleuse. Elle n’est pas cheminote mais contractuelle depuis deux ans. « Habituellement, je fais les trois-huit ». Laura gagne 1.400 euros net par mois.

Audrey a rejoint le mouvement pour « ne pas voir ses conditions de travail se dégrader ». Au centre de ses préoccupations, le changement de statut de la SNCF mais aussi sa propre situation. Elle craint pour son statut de cheminot. « Je risque d’être transférée dans une filiale ». Les syndicats, dont elle fait partie, luttent contre le recours à la « contractualisation », en particulier dans la sécurité. « En période de terrorisme, ce domaine ne devrait pas être soumis à des exigences de rentabilité », explique-t-elle.

Selon les mois, Audrey gagne 1.600 euros avec ses primes et 1.250 euros sans primes. Bien loin des clichés qui courent sur les cheminots. Chaque jour de grève est décompté de sa paie.

En difficultés financières

Tous les grévistes s’accordent sur un point : c’est l’aspect financier qui est le plus difficile à gérer. En période de grève, les fins de mois sont difficiles à boucler. « Je perds de 60 à 70 euros chaque jour de grève », explique Audrey. Elle mange « moins de viande et de poisson » et se tourne vers les « pommes de terre, riz et pâtes ». Elle a aussi bloqué pour trois mois son crédit immobilier.

D’autres font une croix sur les vacances. « Cette année, on ne partira pas ou peu » confie Xavier. « C’est vraiment dur financièrement mais on est prêt à faire ce sacrifice », explique Laura.

Horaires à rallonge

Outre l’aspect financier, la grève perturbe également leurs horaires. Xavier se lève à 4h30 du matin au lieu de 6h30 pour faire le trajet de chez lui jusqu’à Paris en voiture. Les journées sont bien remplies. « Je me rends sur les piquets de grève pour discuter avec les autres collègues. On discute de l’avancée du mouvement et des annonces du gouvernement ».

L’après-midi est consacrée aux assemblées générales et aux actions : manifestations devant l’Assemblée nationale, les ministères et dans les gares. « Les jours où il n’y a pas grève, on fait aussi la tournée des postes pour convaincre les non-grévistes tout en travaillant », ajoute Laura. Lundi, un quart des cheminots inscrits au planning étaient en grève en milieu de matinée, selon la SNCF.

Générosité

Il y a aussi de bonnes surprises. Globalement, ils peuvent compter sur le soutien familial. « Parfois, certains de mes amis ne comprennent pas la situation telle que nous la vivons mais quand on leur explique, ils intègrent la différence entre ce qui est dit à la télé et la réalité du terrain. Il faut faire preuve de pédagogie », insiste Xavier.

Les grévistes sont aussi surpris par le montant des dons individuels. La cagnotte, lancée par le sociologue Jean-Marc Salmon et soutenue par plusieurs personnalités, a permis de récolter plus de 500.000 euros en deux semaines. Un record ! Pour eux, aucun doute, le mouvement doit continuer tant qu’ils ne seront pas entendus.

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