Rennes: Au foyer Saint-Vincent-de-Paul, les pauvres viennent panser leurs plaies

SOLIDARITE 20 Minutes est partenaire de la soirée spéciale « Pauvres de nous » de France 5 diffusée ce mercredi soir. Un regard sans filtres sur les nouveaux visages de la pauvreté en France...

Jérôme Gicquel
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Comme toutes les semaines, Sonia vient parler de ses difficultés avec Manuel Rémond, président la Société Saint-Vincent-de-Paul à Rennes.
Comme toutes les semaines, Sonia vient parler de ses difficultés avec Manuel Rémond, président la Société Saint-Vincent-de-Paul à Rennes. — J. Gicquel / 20 Minutes
  • 20 Minutes est partenaire de France 5 pour la soirée spéciale « Pauvres de nous », diffusée ce mercredi soir
  • Le documentaire évoque le quotidien des neuf millions de Français qui vivent sous le seuil de pauvreté avec moins de 1.015 euros par mois.
  • De nombreuses associations viennent en aide à ces foyers modestes, comme la Société Saint-Vincent-de-Paul à Rennes.

Les boissons chaudes sont servies, les gâteaux secs posés sur la table. Comme tous les après-midi, le local de la Société Saint-Vincent-de-Paul à Rennes prend des airs de salon de thé. L’endroit parfait pour refaire le monde ou parler de la pluie et du beau temps. La réalité est pourtant beaucoup plus sombre. Ici, en plein cœur de la capitale bretonne, où le taux de pauvreté est pourtant plus faible qu’ailleurs (11,3 %, contre 15,5 % en moyenne pour l’ensemble des métropoles françaises), une cinquantaine de familles et des dizaines de personnes seules franchissent régulièrement les portes du local pour demander de l’aide. Un Français sur sept fait partie de cette réalité sociale que beaucoup ne veulent pas voir, comme le souligne le documentaire de France 5 ce mercredi, « Pauvres de nous » dont 20 Minutes est partenaire. 1 Français sur 7, cela fait 9 millions de personnes. 



« On leur dépanne des petites sommes d’argent, entre 50 et 500 euros, pour les aider à remplir leur chariot, à payer la facture d’électricité ou la cantine. Mais l’aide n’est pas que financière, on apporte aussi un soutien moral et affectif à ces personnes, en prenant le temps d’échanger avec eux sans les juger », indique Manuel Rémond, président de l’antenne locale de ce réseau de charité, fondé en 1833.

Une pauvreté qui change de visage

Sonia (le prénom a été changé) est présente ce jour-là avec ses trois enfants, âgés de 5, 8 et 10 ans. Pleine d’espoir, elle a quitté le Maroc en 2010 pour rejoindre la France, après un court passage par l’Espagne. Le rêve d’un avenir meilleur a vite tourné au cauchemar. Son mari ouvrier dans le bâtiment, le couple peine à joindre les deux bouts. Avec seulement 1.000 euros par mois, pas question de faire des folies, ni même de s’autoriser un petit plaisir. « Parfois, il n’y a pas grand-chose à manger dans le frigo. Et je ne peux même pas offrir de cadeaux à mes enfants, c’est très dur », témoigne la mère de famille, les yeux embués de larmes.

Pour trouver un peu d’aide et de réconfort, la femme n’a pas hésité à solliciter l’association Saint-Vincent-de-Paul, « sa seconde famille ». « Les femmes viennent plus facilement demander de l’aide que les hommes, question de fierté sûrement », glisse une bénévole, qui a vu la pauvreté évoluer au fil des années. « Les pauvres sont peut-être moins pauvres qu’avant mais il y en a de plus en plus », indique-t-elle, un peu fataliste.

« L’État a failli à sa tâche »

Parmi les bénéficiaires accueillis à Saint-Vincent-de-Paul, des familles en situation irrégulière, des couples frappés par le chômage ou des contrats précaires. Mais aussi des étudiants fauchés ou, phénomène nouveau, de jeunes retraités. « Ils ne sont pas sous le seuil de pauvreté mais à la limite. Leur petite retraite ne suffit plus à payer les dépenses, surtout s’ils sont encore locataires », souligne Manuel Rémond.



Vivant la pauvreté au quotidien, les bénévoles de Saint-Vincent-de-Paul savent aussi que la situation n’est pas plus rose à l’extérieur de leur local, et même pire parfois. « Les vrais pauvres se cachent car ils ont honte de leur pauvreté. C’est le parlement des inaudibles.

On ne les entend pas, on ne les écoute pas et on ne les voit pas. Et pour cela, l’État a failli à sa tâche », lâche Antoine, bénévole depuis deux ans et ancien du Secours Catholique.

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