Violences dans les universités: «Une radicalisation du combat entre les étudiants d’extrême droite et ceux de gauche»

INTERVIEW Jean-Philippe Legois, vice-président du  Groupe d'études et de recherche sur les mouvements étudiants (GERME) analyse les évènements survenus à la faculté de droit de Montpellier et à Paris 1...

Propos recueillis par Delphine Bancaud

— 

Le 4/4/2018, le site de Paris 1 Tolbiac bloqué. / AFP PHOTO / CHRISTOPHE SIMON
Le 4/4/2018, le site de Paris 1 Tolbiac bloqué. / AFP PHOTO / CHRISTOPHE SIMON — AFP
  • La fac de droit de Montpellier et le site de Paris 1 Tolbiac ont été le théâtre de violences.
  • Selon le chercheur, elles portent la marque de groupuscules d’extrême droite.
  • Leur but est de délégitimer le mouvement de contestation contre la loi sur l’orientation et la réussite des étudiants.

Deux épisodes de violences dans les universités qui inquiètent. Vendredi soir, des échauffourées ont éclaté devant le site de Tolbiac (Paris I), bloqué depuis fin mars par des opposants à la loi Vidal réformant l’accès à l’enseignement supérieur. Un groupe de jeunes casqués se sont présentés devant l’université avec des bâtons, des battes de baseball et des fumigènes. Le 22 mars , la faculté de droit de Montpellier avait aussi été le théâtre de violences, des hommes cagoulés et armés de bâtons, étant intervenus pour expulser des étudiants qui occupaient un amphithéâtre. Des évènements qui signent la résurgence des combats entre étudiants d’extrême droite et de gauche, selon Jean-Philippe Legois, vice-président du Groupe d’études et de recherche sur les mouvements étudiants (GERME).

De quelle mouvance font partie les jeunes qui ont attaqué la fac de droit de Montpellier et celle de Paris 1 ?

On peut penser assez logiquement qu’il s’agit d’étudiants d’extrême droite qui veulent réaffirmer leur existence et qui se revendiquent d’organisations telles que le Gud, Génération identitaire, l’Action française étudiante… D’autant que Paris 1 fait partie des bastions rouges, selon eux, réunissant plusieurs forces militantes de gauche (l’Unef, Solidaires étudiant·e·s, les Antifas, mais aussi des militants de la France insoumise, du NPA, de lutte ouvrière).

Ces deux évènements témoignent d’une radicalisation du combat entre les étudiants d’extrême droite et ceux de gauche. Via ces offensives, les premiers veulent délégitimer le mouvement de contestation contre la loi sur l’orientation et la réussite des étudiants (ORE), orchestré par les seconds. Parallèlement, l’Uni, syndicat de droite, met de l’huile sur le feu, en demandant au tribunal administratif de Paris l’intervention des forces de l’ordre et la levée du blocage de l’université Tolbiac à Paris.

Ces tensions entre étudiants de deux bords politiques opposés peuvent-elles se propager dans d’autres universités ?

Oui, c’est fort possible, car les étudiants d’extrême droite voudront sans doute continuer à mettre en scène cette bataille de territoires. Mais les étudiants de gauche n’ont pas intérêt à rentrer dans cette logique d’affrontement qui décrédibiliserait totalement leur mouvement de contestation contre la loi ORE. Reste aussi à savoir comment va évoluer la contestation contre la loi Vidal. Si celle-ci prend de l’ampleur après les vacances de printemps, il sera très difficile aux étudiants d’extrême droite de commettre ce genre de coups, car le rapport de force ne sera pas en leur faveur.

Comment les présidents d’université peuvent-ils protéger les étudiants ?

Certains d’entre eux vont sans doute se résoudre à fermer leur campus une semaine ou deux le temps que la situation se calme, quitte à organiser les partiels en ligne. Car avoir recours aux forces de l’ordre pour sécuriser les lieux serait un aveu d’échec, la preuve que l’université ne sait pas régler ses conflits par elle-même. De plus, intervenir de manière trop autoritaire ce serait prendre le risque de faire amplifier la contestation étudiante.