Vacances annulées, voyages décalés: Quels sont les effets des grèves sur le tourisme?

CONGES A la SNCF, les préavis de grève concernent 36 journées réparties sur avril, mai et juin et plusieurs journées de grève sont aussi prévues chez Air France ce mois-ci...

Delphine Bancaud
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Des voyageurs à la gare de Lille le 2 avril 2018.
Des voyageurs à la gare de Lille le 2 avril 2018. — PHILIPPE HUGUEN / AFP
  • Les galères de transport peuvent conduire les voyageurs à écourter, à reporter voir à annuler leurs vacances.
  • Les hôtels situés dans les grandes villes françaises accessibles en train vont payer un lourd tribut.
  • Et la clientèle étrangère risque de ne pas prendre la relève, en raison de «l’image écornée» de la France selon les opérateurs du tourisme
  • Le mois de mai ne semble pas plus prometteur…

Vous rêviez de vos vacances de Pâques ? Elles seront peut-être un poil décevantes. Comme celle d’Angelina, qui a répondu à  : « Le seul moment où l’on pouvait partir a dû être annulé en partie à cause des grèves, donc oui c’est pénible », confie-t-elle. Et elle n’est pas la seule dans ce cas, les syndicats de la SNCF ayant annoncé deux jours de grève tous les cinq jours jusqu’en juin, pour un total de 36 jours. De leur côté, les syndicats d’Air France, qui réclament notamment une hausse des salaires, ont appelé à la grève les 10, 11, 17, 18, 23 et 24 avril.

Des désagréments auxquels ont déjà goûté les vacanciers de la zone A, qui ont commencé leurs congés vendredi soir dernier. Ce sera au tour de ceux de la zone C, vendredi prochain. Ces derniers seront d’ailleurs fortement pénalisés, le vendredi 13 et le samedi 14, étant des jours de grève des trains, tout comme les samedis et dimanche de retour, les 28 et 29 avril.

Débourser plus en cas de train annulé

Certains trains étant tout bonnement annulés, une partie des vacanciers vont se rabattre sur la voiture. Mais cela pourrait virer au cauchemar,  ayant déjà prévu un vendredi 13 et un samedi 14 orange en Ile-de-France dans le sens des départs, qui pourraient passer au rouge si plus d’automobilistes décident finalement d’emprunter leur voiture. De quoi avoir envie de faire demi-tour.

Pour ceux qui ne disposent pas de véhicule personnel, reste le recours au covoiturage, mais les courses disponibles risquent d’être prise d’assaut. Ou encore le recours aux « cars Macron », avec des parcours plus longs et pas si économiques que ça. « Car achetés au dernier moment, les places coûtent forcément plus cher. Pas sûr que tous les vacanciers aient les moyens de partir à ces conditions », souligne Didier Arino, directeur du cabinet Pro Tourisme.


Les hôtels des grandes villes vont morfler

Pour ceux qui devaient voyager avec Air France et dont le vol sera annulé, ils devront tenter de trouver une solution : « ils peuvent choisir de reporter leur voyage ou leur vol par la compagnie », explique Jean-Pierre Mas, président des Entreprises du Voyage. Mais s’ils avaient réservé un hôtel et payé des arrhes, « ceux-ci seront perdus, sauf si l’hôtelier fait un geste commercial », explique-t-il. Les vacances de certaines familles risquent aussi d’être écourtées, comme le souligne Didier Chenet, président du GNI-Synhorcat (Groupement national des indépendants de l’hôtellerie et de la restauration) : « On reçoit des appels de clients qui décalent leur date d’arrivée ou réduisent leur séjour d’une ou deux journées, de peur de rester bloqués sur place », indique-t-il.

Quand ce n’est pas pire pour les hôteliers… Car de familles décident purement et simplement d’annuler leur voyage : « Les hôtels du littoral atlantique, très accessible en , ont déjà enregistré de 10 à 30 % d’annulation sur les vacances de printemps », constate Didier Arino. « Et les établissements situés dans les grandes villes telles que Marseille, Bordeaux, Nantes, Strasbourg, Lyon vont être les grands perdants de l’histoire », explique Didier Chenet, président du GNI-Synhorcat. Quant aux Français qui n’avaient pas encore réservé, « ils risquent tout simplement de ne pas le faire, d’autant que les prévisions météo ne les y incitent pas », commente Didier Arino.

Le mois de mai ne sera pas plus fleuri pour les hôteliers

Reste à savoir si les viendront à la rescousse des hôteliers français. Didier Chenet en doute : « Les chaînes américaines se font un plaisir de montrer des images de trains à l’arrêt. Ce qui dissuade certains vacanciers de venir car l’accessibilité est un critère fondamental de choix pour les touristes », souligne-t-il. « Ces grèves risquent d’écorner l’image de la France », estime aussi Jean-Pierre Mas. Du coup, Roland Héguy, président de la principale organisation des hôteliers français, l’Umih anticipe « une baisse de 10 % de taux d’occupation pour le mois d’avril, soit une perte de 150 millions d’euros ».

Quant au mois de mai, il ne semble pas plus porteur d’espoir, selon Jean-Pierre Mas : « Les décisions de départs en mai se prennent en avril. Or, la première semaine d’avril, on assistait déjà à une chute de 20 % des commandes par rapport à la même période en 2017 », déplore-t-il. « On aura une grosse déperdition sur les ponts de mai. Et à coup sûr, les Français qui veulent partir vont se reporter sur l’Espagne, le ou l’Italie », renchérit Didier Chenet.