Laits infantiles contaminés: Les sénateurs tirent les leçons de l’affaire Lactalis

CONCLUSIONS Trente-sept nourrissons ont été atteints de salmonellose après avoir consommé un produit infantile, essentiellement de marque Milumel ou Picot, sorti de l'usine Lactalis de Craon en Mayenne...

VRB avec AFP

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Le groupe Casino​ a indiqué jeudi 11 décembre 2017 avoir à son tour vendu 352 articles concernés par le rappel de produits infantiles Lactalis.
Le groupe Casino​ a indiqué jeudi 11 décembre 2017 avoir à son tour vendu 352 articles concernés par le rappel de produits infantiles Lactalis. — Bob Edme/AP/SIPA

Un scandale sanitaire qui aurait pu être évité ? Selon des sénateurs, les dysfonctionnements ayant mené à la contamination aux salmonelles de lait infantile produit par Lactalis et les défaillances lors des procédures de rappel des produits auraient « tous pu être évités ». Face à ce constat, ces derniers soumettent ce vendredi 17 propositions pour éviter une nouvelle affaire.

Ces propositions concernent aussi bien l’industrie agroalimentaire que les laboratoires de contrôle sanitaire, l’administration elle-même, les banques ou encore les distributeurs. Elles portent notamment sur l’amélioration de l’efficacité des contrôles sanitaires, celle des procédures de retrait et de rappel de produits pour raison sanitaire. Ils demandent aussi de rendre les sanctions « plus dissuasives » en cas de manquement des fabricants ou distributeurs à leurs obligations.

Plusieurs défaillances et dysfonctionnements relevés

« Les dysfonctionnements constatés auraient tous pu être évités, de la fabrication par Lactalis de laits infantiles contaminés jusqu’aux défaillances rencontrées par les distributeurs dans la mise en œuvre de la procédure de retrait et de rappel des produits concernés », écrivent les sénateurs dans un communiqué.

En particulier, le Sénat demande de rendre « obligatoire » l’information des pouvoirs publics lorsqu’un auto-contrôle détecte des salmonelles « dans l’environnement » de la production, c’est-à-dire sur la chaîne de production ou dans les locaux. Ce qui n’est pas le cas jusqu’à présent. Le Sénat demande aussi de « clarifier » et « d’unifier » la responsabilité de l’exercice des contrôles sur un site de production.

L’efficacité des contrôles pointée du doigt

Pour l’unité incriminée de Lactalis, les contrôles administratifs relevaient du ministère de l’Agriculture, qui a compétence pour les produits laitiers, et de Bercy, qui a compétence pour les produits infantiles. Le Sénat juge que « l’enchevêtrement de compétences » apparaît « préjudiciable à l’efficacité des contrôles ».

Le Sénat exige aussi un « renforcement de la traçabilité des produits » pour favoriser une identification rapide des lots à risque en cas de retrait ou rappel afin d’éviter les cafouillages observés en décembre.

La procédure d’alerte standardisée

Alors que sont toujours attendues les propositions du ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, qui s’était engagé à revoir de fond en comble les procédures de retrait-rappel après cette affaire, les sénateurs lui fournissent quelques idées. Ils demandent d’abord une meilleure information des consommateurs, via « les réseaux sociaux, la télévision ou via des applications internet spécifiques ».

Bruno Le Maire avait émis l’idée en janvier de créer un site internet unique recensant tous les produits concernés par une procédure de retrait-rappel. Parallèlement, les sénateurs suggèrent la mise en place d’une « procédure standardisée d’alerte sanitaire dédiée au rappel, modulée en fonction de la gravité des risques pesant sur la santé des consommateurs ».

Dans les lieux de vente, les sénateurs souhaitent qu’un produit rappelé puisse être bloqué en caisse grâce à une évolution « du code-barres EAN ou de tout autre identifiant ».

Le « scannage » du produit à l’accueil

Les sénateurs souhaitent également instituer une procédure « de scannage du produit à l’accueil avant toute remise en rayon pour éviter qu’un produit concerné par une procédure de rappel ne soit remis en vente » et « renforcer la formation des personnels » aux procédures de retrait et rappel de marchandises.

Pour les produits vendus en ligne touchés par un rappel de fabricant, le Sénat souhaite « imposer le blocage automatique des références concernées ». Afin de pouvoir prévenir rapidement les consommateurs concernés, le Sénat suggère de contourner le secret bancaire et de « mieux encadrer juridiquement » l’identification des consommateurs via « leurs données de cartes bancaires » en cas de « risque sanitaire grave ».

Des propositions qui vont « dans le bon sens »

Le président de l’Association des familles victimes du lait contaminé aux salmonelles (AFVLCS), Quentin Guillemain, a exprimé dans un communiqué sa satisfaction, jugeant que ces propositions allaient « dans le bon sens », mais assuré rester « vigilant » à ce qu’elles « soient suivies d’effets ».

Les sénateurs issus des commissions des affaires économiques et des affaires sociales, sous la conduite de Sophie Primas (LR, Yvelines) et Alain Milon (LR, Vaucluse), ont auditionné 28 protagonistes de l’affaire Lactalis du 23 janvier au 21 février.

Une enquête judiciaire a été ouverte pour déterminer les responsabilités dans cette affaire. Par ailleurs, une commission d’enquête parlementaire sur le sujet, à l’Assemblée Nationale, est aussi en cours.

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