Marseille: Des écoliers exposés à de dangereux polluants mais aucune étude d'impacts sanitaires

POLLUTION Des élus et des parents demandent une étude d'impact sanitaire de polluants sur les élèves d'une école de Marseille...  

Adrien Max

— 

Illustration. Dans une école maternelle,
sortie de classe dans la cour de recréation.
Illustration. Dans une école maternelle, sortie de classe dans la cour de recréation. — Alexandre GELEBART/REA
  • Des parents d’élèves ont bloqué une école du XVe arrondissement de Marseille, mardi. Ils s’inquiètent de la présence de polluants dans les sols à proximité de l’école.
  • Michelle, la concierge, a trouvé des taux de polluants très supérieurs à la normale après avoir fait analyser le sol à la suite d'un cancer.
  • L’agence régionale de santé (ARS) ne veut pas entreprendre d’étude d’impacts sanitaires, car la situation ne présente pas de risques accrus.
  • La mairie a installé de nouveaux grillages pour que les enfants n’aient plus accès à la terre polluée.

Des sols à proximité immédiate d’une école, pollués à l’arsenic, au plomb et au mercure, entre autres. Face à cette situation, les parents d’élèves de l’école Oasis des Aygalades, dans le XVe arrondissement de Marseille, ont bloqué l’ école ce mardi, pour manifester leur colère et surtout leur inquiétude. Ils réclament de nouveaux travaux pour recouvrir les sols et veulent des analyses de sang pour leurs enfants.

Construite à proximité d’une ancienne société de pétrole, d’une savonnerie et d’un dépôt de liquide inflammable, l’école avait été classée en catégorie C après des analyses du bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), ce qui indique que « les polluants sont là, et qu’un contact existe. »

« Les résultats que j’ai reçus sont hallucinants »

Une situation que connaît bien Michelle, la concierge de l’école depuis une trentaine d’années, qui a déclaré un cancer de la peau en 2012. En 2016, des agents municipaux la préviennent d’un risque de pollution liée à la terre du jardin de la conciergerie, mais ce n’est qu’un an plus tard qu’ils installent des grillages et posent du goudron sur cette fameuse terre.

Quand j’ai vu ça, je me suis tout de suite affolée. J’ai fait analyser la terre de mon jardin que j’ai cultivé pensant 15 ans, dans un laboratoire assermenté. Les résultats que j’ai reçus sont hallucinants, tous les taux réglementaires sont dépassés », se désole-t-elle.

Pour l’arsenic, un taux de 7,61 mg/kg de terre sèche a été relevé alors que le seuil réglementaire est fixé à 0,5mg/kg. De même pour le plomb avec près de 277 mg/kg contre un seuil de 0,5. Le cadmium et le mercure dépassent également les seuils, mais plus légèrement.

Elle a tenté de faire reconnaître son cancer comme maladie professionnelle, ce qu’a tout de suite refusé la mairie. Mais le tribunal lui a récemment donné raison : la mairie doit étudier son dossier et elle sera prochainement auscultée par un médecin.

Étude d’impacts sanitaires

Une situation qui fait bondir de rage Annie Levy-Mozziconacci, élue PS à Marseille, et médecin généticien. Elle demande à l’agence régionale de santé (ARS) de procéder à des études d’impacts sanitaires sur les enfants de l’école.

C’est hallucinant qu’on en sache plus sur la pollution de l’air, de la terre, de l’eau, que sur la santé des enfants »

Elle accuse l’ARS de se défausser de ses responsabilités, alors qu’ils sont responsables de la santé publique. D’autant plus que, selon elle, l’ARS pourrait s’appuyer sur le programme de santé régional environnemental et sur le haut conseil de santé publique, qui préconise tous les deux, des études d’impacts sanitaires sur les enfants exposés à des polluants. Elle a également demandé au préfet de prendre un arrêté pour mener ces études avec l’ARS.

De simples grillages de protection

La préfecture et l’ARS ont, chacun, demandé à la mairie que des travaux complémentaires soient réalisés, mais l’étude d’impact sanitaire semblent loin de leurs préoccupations. Pour l’agence de santé, la situation ne présente pas de risques sanitaires. « Nous nous sommes néanmoins rapprochés des médecins traitants des quartiers aux alentours pour qu’ils nous alertent sur d’éventuels symptômes », explique l’agence. Elle ne prévoit pas d’études d’impacts sanitaires puisque, de toute façon, aucune preuve scientifique ne peut lier directement un cancer à l’exposition de polluants. De trop nombreux critères entrent en jeu.

La mairie, par la voix de Patrick Padovani, adjoint à la santé, explique, elle, avoir entrepris récemment de nouveaux travaux pour agrandir le grillage et ainsi éviter que les enfants ne mangent la terre.

La Dreal nous a fait cette demande en janvier, nous avions prévu de les faire pendant les vacances de Pâques mais nous avons finalement avancé leur date »

Quant à l’étude d’impacts sanitaires, « l’ARS a des experts pour décider, je leur fais confiance. S’il y avait des problèmes avec le plomb, les médecins auraient vu des symptômes », ajoute-t-il. Et l’arsenic, présent à haute dose selon Michelle, qui peut être à l’origine de cancer de la peau ? « On s’en servait aussi pour certains remèdes », répond l’ancien médecin.