EXCLUSIF. Un tiers des 18-30 ans a déjà été exposé à du porno à l'âge de 12 ans

SONDAGE Près des deux tiers des 18-30 ans (62 %) ont visionné du porno pour la première fois avant l’âge de 15 ans, selon une enquête exclusive OpinionWay pour « 20 Minutes »…

Anissa Boumediene

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Des lycéens (illustration).
Des lycéens (illustration). — Florence Durand / Sipa
  • Les adolescents visionnent du porno pour la première fois de plus en plus jeune, selon une enquête exclusive OpinionWay pour « 20 Minutes ».
  • Conscients que le porno est très facilement accessible, très peu de jeunes (4 %) se prononcent en faveur d’une interdiction du porno pour les mineurs.
  • Mais 64 % des 18-30 ans interrogés sont favorables à des actions de prévention auprès des jeunes.

Découvrir le désir et la sexualité. Dès l’adolescence, et avant même d’expérimenter l’amour et le sexe pour la première fois, le porno est pour de nombreux jeunes la première incursion dans le monde de la sexualité. Une incursion de plus en plus précoce puisque 11 % des 18-30 ans ont déjà regardé une vidéo à caractère pornographique avant l’âge de 11 ans, et 62 % avant leurs 15 ans, selon une enquête exclusive OpinionWay pour 20 Minutes*, réalisée auprès de notre communauté #MoiJeune. Certains en consomment avec frénésie, d’autres occasionnellement, avec un impact variable sur leur perception des rapports entre hommes et femmes et des relations sexuelle.

Une exposition au porno de plus en plus précoce

Sur son ordinateur, sa tablette ou, plus facile encore, sur son smartphone, un ado dispose d’un accès très facile aux contenus pornographiques. « Mon frère, qui n’a que 11 ans, me pose parfois des questions sur la sexualité, parce que ses camarades de classe lui parlent de films pornos qu’ils ont vus, raconte Camille, 17 ans, rencontrée devant son lycée parisien. J’essaie de lui répondre autant que possible, mais ce n’est pas toujours évident de trouver les mots justes. Un jour, il est rentré de l’école et m’a demandé "c’est quoi la sodomie ?", parce que les petits de sa classe lui en avaient parlé. J’ai tenté de lui expliquer avant de lui suggérer de rechercher la définition sur Internet, sauf qu’il est tombé direct sur une vidéo !, déplore l’adolescente. Ce qui m’a le plus choquée dans cette histoire, ce n’est pas le fait qu’il regarde la vidéo, je peux comprendre sa curiosité, mais c’est la facilité avec laquelle il a pu accéder à un tel contenu, sur son smartphone, sans vérification de son âge ». Comme le petit frère de Camille, près d’un tiers des 18-30 ans (31 %) a déjà regardé un porno à l’âge de 12 ans.

Une exposition précoce qui n’est pas sans conséquences. « Les jeunes ados ont déjà tous un smartphone, donc un accès direct et pas encadré au porno, et ça leur retourne la tête, constatent Camille et son amie Mathilde. Le fait de commencer très tôt à regarder du porno fausse leur vision de la sexualité ». Mathilde, qui passe le BAFA, diplôme d’animation en centre de loisirs et de vacances, ne s’attendait pas à devoir parler de sexe à de très jeunes adolescents. « Dans le cadre de mon stage, les formateurs nous ont indiqué que dans les colonies de vacances accueillant des enfants de plus de 12 ans, il faut parler de sexe et de prévention avec eux dès le début du séjour, parce qu’ils ont constaté qu’il peut se passer des choses dès cet âge-là. »

« Des pratiques dégradantes pour mes partenaires »

Sans recul ni sensibilisation sur les contenus à caractère pornographique, la vie sexuelle peut être influencée durablement. Ainsi, si 90 % des jeunes interrogés estiment que le porno ne reflète pas la réalité de la sexualité, 68 % admettent que regarder du porno a ou a eu un impact sur leur vie sexuelle. « J’ai commencé à regarder du porno vers l’âge de 14 ans et j’ai rapidement été très influencé par ces images, se souvient Hamza, un internaute. D’un côté ces vidéos en accès illimité m’ont facilité la vie dans mon adolescence, mais cela a limité mon imagination par ailleurs ».

Comme Hamza, 97 % des jeunes hommes de 18 à 30 ans déclarent consulter des sites pornos, et les trois quarts d’entre eux (74 %) en regardent très régulièrement. Avec le temps et un peu plus d’expérience, le jeune homme est revenu du porno, et a pris conscience que ce qu’il se passait à l’écran n’avait rien à voir avec la réalité. « Je trouvais ça agréable mais après quelque temps, et surtout quand j’ai commencé à avoir une vie sexuelle plus riche, j’ai constaté que ce n’était pas pareil dans la vraie vie, je voulais reproduire les performances des acteurs, ça m’excitait, mais j’en arrivais à avoir des pratiques dégradantes pour mes partenaires ».

Si seulement 13 % des personnes interrogées dans notre panel ont déclaré que le porno les avait complexé, pour Hamza, impossible de nouer des amitiés avec le sexe opposé. « Je n’arrivais pas à avoir des amies vu que j’avais toujours des intentions, pour moi une femme c’était synonyme de sexe ». Hamza a donc pris une décision radicale. « J’ai décidé d’arrêter de regarder des vidéos pornos, dans l’idée de me rééduquer, de mieux agir, et d’être correct avec les femmes ».

« Savoir faire la part des choses entre fiction et réalité »

« Etre exposé au porno trop jeune ne prépare pas bien à la sexualité, confirme Romain**, 23 ans, c’est vrai que cela donne envie de faire la même chose avec sa copine, mais si c’est juste pour pimenter un peu les choses, il n’y a pas de mal ». « Pas fan de porno et pas influencé par ces vidéos » dans sa sexualité, Maxime**, son camarade, « estime qu’il faut savoir faire la part des choses entre la fiction et la réalité ».

Si « un travail de pédagogie et de sensibilisation doit être fait », « ce n’est pas aux parents de faire ce boulot », estime l’adolescent. « Mais c’est important de comprendre que le porno et la réalité c’est différent », concède Maxime, qui « refuse toutefois qu’on accorde au porno une influence qu’il n’a pas. C’est comme de dire que les jeux vidéo violents peuvent en pousser certains à commettre des tueries, tout est question de savoir faire la part des choses ».

Des cours de sensibilisation au porno « dès la 6e »

Selon notre sondage 61 % des 18-30 ans sont favorables à des actions de prévention auprès des jeunes sur les risques des contenus pornographiques. Mais comment apprendre à la faire, la part des choses ? Grâce à qui ? Et quand ? « On a eu quelques cours d’éducation sexuelle mais jamais la question du porno et de ses effets n’a été abordée », se souvient Maxime, pour qui « une telle initiative aurait un intérêt au collège, dès la 6e ou la 5e, pour apprendre à différencier la réalité de la fiction, apprendre aux plus jeunes à différencier la fiction de la réalité et les sensibiliser au respect de la femme : au lycée, c’est déjà trop tard. Mais pas trop jeune non plus, les très jeunes ados qui ne sont pas tombés dedans ne doivent pas, même par la voie d’ateliers de sensibilisation et de prévention, être exposés au porno s’ils ne s’y intéressent pas ».

Enfin, « assez tôt au collège quand même, intervient le petit frère de Maxime, 15 ans, resté silencieux jusqu’alors. Dès la 6e, j’ai vu des camarades commencer à regarder vraiment beaucoup de porno, à être en boucle sur ça et être obsédés par le sexe sans même savoir ce que c’était ». Sans préconiser « une intervention entière dédiée au porno – ce serait peut-être trop —, un atelier global où le porno serait abordé, ça pourrait vraiment être utile ».

Pour Romain, « avoir si facilement un smartphone, vivre scotché à Internet, au porno et au réseau sociaux accentue les risques de dérives. Quand j’entends que des gamines de 13 ans font des fellations à des mecs dans les toilettes de leur école, c’est flippant ! Ça, c’est clairement influencé par le porno. Tout comme le fait que des jeunes femmes, ex-actrices porno comme Nikita Bellucci ​ou des ados sur Instagram et autres, se font trasher, c’est aussi parce que l’anonymat en ligne donne des ailes à certains. Il n’y avait pas ça à mon époque, même si c’était il n’y a pas si longtemps que ça ».

* Etude OpinionWay pour 20 Minutes réalisée en ligne du 3 au 4 avril 2017 auprès d’un échantillon représentatif de 1179 jeunes âgés de 18 à 30 ans (méthode des quotas).

** Les prénoms ont été changés.

Si vous avez entre 18 et 30 ans, vous pouvez participer au projet « #MOIJEUNE », une série d’enquêtes lancée par 20 Minutes et construite avec et pour les jeunes. Toutes les infos pour vous inscrire en ligne ici.

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