Notre-Dame-des-Landes: Menacés d'expulsion, les Zadistes ne sont plus aussi soutenus qu'avant

ENVIRONNEMENT La plupart des militants anti-aéroport historiques souhaitent que les occupants de la ZAD se régularisent...

Frédéric Brenon

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Des occupants de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes juste après l'abandon du projet d'aéroport.
Des occupants de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes juste après l'abandon du projet d'aéroport. — L.Venance/AFP
  • Entre 200 et 300 Zadistes, qui n'ont pas régularisé leur situation aux yeux de l'Etat, risquent l'expulsion.
  • Les occupants de la ZAD défendent une gestion collective des terres, modèle rejeté par l'Etat.
  • L'Acipa, principale association opposée au projet d'aéroport, souhaite que les occupants de la Zad se régularisent ou partent.

L’Etat l’a répété à plusieurs reprises ces dernières semaines : les occupants de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes qui n’auront pas régularisé leur situation dans le cadre d’un projet agricole individuel seront expulsables à partir du 1er avril. Le délai est expiré et la majorité des 200 à 300 zadistes installés sur l’ex-futur zone aéroportuaire sont aujourd’hui menacés par une intervention des forces de l’ordre.

Celle-ci pourrait intervenir « dans les plus brefs délais », comme l’a affirmé mardi soir sur BFM  le secrétaire d’Etat à la Transition écologique Sébastien Lecornu. Le Monde croit, lui, savoir que 2.000 gendarmes seraient mobilisés à partir du 9 avril. « Tous les lieux seront défendus », assurent les occupants qui invitent « toutes celles et ceux qui soutiennent l’avenir de la ZAD à s’organiser en conséquence ».

« La radicalisation va à l'encontre du but recherché »

Les soutiens, pourtant, sont moins affirmés qu’avant le 17 janvier, date de l’abandon officiel du projet d’aéroport. La plupart des militants anti-NDDL historiques ont pris leurs distances avec les zadistes, notamment avec les plus radicaux d’entre eux, suspectés d’avoir vandalisé la route départementale 281 qui traverse la ZAD.

« Le contexte a changé, le combat contre l’aéroport est gagné, insiste Julien Durand, porte-parole de l’Acipa, la principale association anti-aéroport. La meilleure façon de participer à l’avenir de la zone est désormais de se signaler auprès de l’Etat et d’ouvrir le dialogue. La radicalisation va à l’encontre du but recherché, à savoir l’apaisement. On sait qu’il y a des lieux sur la ZAD où notre message ne passe pas. Mais chacun devra prendre ses responsabilités. »

Sylvain Fresneau, agriculteur installé depuis des années sur la ZAD, le 17 janvier 2018.
Sylvain Fresneau, agriculteur installé depuis des années sur la ZAD, le 17 janvier 2018. - L.Venance/AFP

Les élus opposés au projet d’aéroport (CéDpa) sont du même avis. Tout comme les agriculteurs riverains. « On a gagné la lutte. Ceux qui ne l’ont pas compris et veulent rester dans l’illégalité n’auront pas notre soutien », confirme Sylvain Fresneau, éleveur « historique » sur la ZAD. Le maire de Notre-Dame-des-Landes, Jean-Paul Naud (SE), appelle également à une « normalisation » de la ZAD. « On a manifestement des gens qui n’ont pas à rester dans cette zone. On ne peut pas y maintenir toutes les activités. Il faut notamment respecter les zones humides. On s’est battu pour ça quand même. »

« Donner du temps aux uns et aux autres »

Le collectif paysan Copain, qui défend, comme les zadistes, une « gestion collective des terres », modèle rejeté par l’Etat, est divisé. Mais son porte-parole assure qu’il s’opposera aux expulsions des lieux de vie, se disant même prêt à mobiliser les « tracteurs vigilants » de la lutte anti-aéroport pour faire barrage aux forces de l’ordre. « L’urgence est surtout de donner du temps aux uns et aux autres, réclame Vincent Delabouglise. L’Etat n’a aucun intérêt à intervenir maintenant si ce n’est pour mettre le feu. Je suis convaincu que ceux qui ne veulent pas se régulariser, qui ont d’autres velléités, partiront d’eux-mêmes. Mais ça prendra du temps. C’est ce qui s’est passé sur le Larzac. »

L'un des 90 lieux de vie de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes.
L'un des 90 lieux de vie de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. - L.Venance/AFP

Quant aux intéressés, ils se préparent aux expulsions, sans crainte d’être isolés. « Le mouvement a toujours été animé par des divergences d’opinions, observe une occupante de la Zad. Et l’abandon du projet d’aéroport chamboule beaucoup les cadres qu’on avait, c’est normal. Mais il ne faut pas oublier qu’il y avait 30.000 personnes le 10 février pour enraciner l’avenir de la Zad. Les comités de soutien sont toujours à nos côtés, il y a toujours du monde aux AG. On ne pense pas que les soutiens s’amenuisent. » 

Expulsion illégale ?

Le syndicat de la magistrature et le syndicat des avocats de France ont apporté leur soutien aux zadistes de Notre-Dame-des-Landes, estimant que leur expulsion ne serait pas légale. Les occupants n’auraient, en effet, pas été convoqués, ni même informés d’une audience les concernant, « ce qui a retiré leur possibilité d’y assister et de se défendre » et de contester leur expulsion.