Montpellier: Des Ivoiriens accusés d’avoir menti sur leurs âges pour être pris en charge comme mineurs non accompagnés

IMMIGRATION Un phénomène qui n'est pas isolé : 29 plaintes ont été déposées par le département en 2017...

Nicolas Bonzom

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Des mineurs non-accompagnés (Illustration).
Des mineurs non-accompagnés (Illustration). — POUZET/SIPA
  • Cinq personnes seront jugées en avril pour avoir menti sur leurs âges.
  • En 2017, le département de l'Hérault a déposé 29 plaintes à ce sujet.
  • Au 31 mars 2018, 285 mineurs non accompagnés étaient pris en charge dans l'Hérault.

Dans l'Hérault,​ au 31 mars dernier, 285 mineurs non accompagnés étaient pris en charge par le département. Ces adolescents, venus des quatre coins du monde, souvent rejetés par l’hostilité de leurs pays d’origine, trouvent sur le territoire français un accueil, un hébergement, des soins, ainsi qu’un parcours d’éducation et de formation.

Mais il arrive parfois que certains ressortissants étrangers trichent pour bénéficier de ce traitement de faveur : les 16 et 18 avril, cinq personnes, hébergées à Montpellier, Béziers et près de Toulouse, originaires de la région de Daola, en Côte d’Ivoire, seront jugées pour escroquerie et fraude sociale, pour avoir menti sur leurs âges. L’un d’eux, âgé de 18 ans, se donnait 15 ans. Trois autres de 20 ans se présentaient comme des adolescents de 17 ans. Le dernier jure qu’il a 17 ans, mais la justice a de sérieux doutes.

29 plaintes du département en 2017

« Leurs documents d’identité présentaient certaines anomalies, certains avaient notamment le même numéro », indique Christophe Barret, le procureur de la République de Montpellier. Épaulés par les policiers de Côte d’Ivoire, les enquêteurs de la police aux frontières du Languedoc ont démantelé une filière, soupçonnée d’avoir fourni de faux documents aux jeunes candidats à l’immigration, et organisé leur passage en Europe. Sur place, le faussaire présumé, ainsi qu’un agent d’une mairie, ont été interpellés.

Pour le département, qui finance la prise en charge des mineurs non accompagnés, le préjudice est important : chaque jour, 284 euros sont nécessaires pour chaque adolescent. Et s’il reste minoritaire, le phénomène n’est pas isolé : en 2017, le département de l’Hérault a déposé 29 plaintes à ce sujet (dont 27 poursuites engagées), 17 depuis le début de l’année 2018 (dont 16 poursuites engagées). Pour la collectivité, cette triche représentait une perte de 932.000 euros en 2017, déjà 825.000 euros depuis le début de l’année 2018. Parmi, les écarts d’âges sont étonnants : il y a quelques mois, un homme de 32 ans pris en charge dans l’Hérault s’était fait passer pour un mineur.

« Il faut parvenir à démontrer que les documents sont faux »

« La procédure est compliquée, reprend le procureur Christophe Barret. Il faut parvenir à démontrer que les documents sont faux, et l’âge véritable des personnes, notamment grâce à des examens médicaux. » Condamnés, les faux mineurs font généralement quelques mois de prison, et peuvent faire l’objet d’une expulsion du territoire français.

« Ce sont des choses qui peuvent arriver, indique Daniel Martin, le directeur de Réseau Accueil Insertion Hérault, qui prend en charge à Montpellier des mineurs non accompagnés. Lorsque l’on voit le sort qui est réservé aux jeunes majeurs étrangers en France, on voit bien pourquoi certains mentent sur leurs âges. Mais ce n’est pas évidemment pas la majorité. » Et cela se fait, note Laurent Siam, directeur de la police aux frontières, « au détriment des mineurs qui ont réellement besoin de ce soutien ».