Pronote, Sconet...Quels sont les effets pervers des logiciels de vie scolaire?

EDUCATION Alors que les conseils de classe du second trimestre viennent de s’achever, les logiciels de vie scolaire où les notes des élèves sont consignées sont taxés d’attiser la pression scolaire…

Delphine Bancaud

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Une mère consulte la plateforme Pronote.
Une mère consulte la plateforme Pronote. — O.JUSZCZAK/20 MINUTES
  • Les parents ne sont pas tous connectés à ces plateformes, ce qui crée une inégalité dans l’accès à l’information.
  • A contrario, certains parents les consultent beaucoup. Au risque de focaliser encore plus sur les notes de leurs enfants.
  • Les élèves en difficultés peuvent être démotivés par la manière dont ces logiciels soulignent leur positionnement par rapport au reste de la classe

Fini le temps où un élève pouvait s’écrire un mot d’absence en imitant la signature de son père ou maquiller une mauvaise note sur son carnet de liaison. Désormais, avec les logiciels de gestion de vie scolaire (Pronote, Sconet, La-vie-scolaire, Educ’Horus…), place à la transparence. Car ces outils numériques permettent aux collégiens ou lycéens et à leurs parents d’avoir accès à leur emploi du temps, leurs devoirs, leurs notes, leurs retards, leurs absences, leurs sanctions et aussi de communiquer par mail avec les profs.

Une pléiade d’informations utiles très appréciée par de nombreux parents. Mais auxquels tous n’ont malheureusement pas accès. « Beaucoup de parents qui ne sont pas familiers avec l’outil numérique ou qui ne parlent pas bien français ne vont pas sur Pronote. Du coup, certains n’apprennent que tardivement que leur enfant est en difficulté scolaire », constate Sébastien professeur de Français dans un lycée difficile de la région parisienne. Un avis partagé par Mathilde, professeur d’espagnol dans un lycée normand : « Cela crée une inégalité entre ceux qui y ont accès et les autres. Car les enfants peuvent raconter ce qu’ils veulent à leurs parents, » estime-t-elle. Pour parer à cela, des sessions de formation sont proposées aux parents pour apprendre à utiliser le logiciel de vie scolaire. Mais cela ne suffit pas toujours.

Des parents accros à Pronote

A l’opposé, certains parents font un usage excessif de ces logiciels : « Des parents de lycéens se connectent parfois plusieurs fois par jour. Alors qu’à ce niveau scolaire, les élèves ont besoin qu’on leur lâche les baskets et n’ont plus besoin d’être constamment épiés dans leur scolarité », estime Anne, professeur d’anglais dans un lycée de PACA. « Ces logiciels favorisent la surveillance scolaire numérique par les parents au détriment de véritables échanges avec leurs enfants autour de leur ressenti à l’école, de l’intérêt de ce qu’ils y ont appris… », renchérit le sociologue de l’éducation, Pierre Merle.

Cette tendance à se surconnecter à un site de gestion de vie scolaire n’est pas sans conséquence. Notamment parce qu’elle incite les parents à focaliser plus que de raison sur les notes de leur enfant. « Ces logiciels accentuent la pression des parents sur les notes. Car non seulement, les résultats de leur enfant aux contrôles sont transmis en direct, mais ils savent aussi sa place dans la hiérarchie scolaire. Au final, ils ne s’intéressent pas à ce que leur enfant apprend, mais juste à son positionnement dans la classe », analyse Pierre Merle. Un avis partagé par Anne : « On est dans une société de l’évaluation, de la gratification immédiate. Alors que les apprentissages s’inscrivent dans un temps longs », déplore-t-elle.

Un système qui favorise la pression scolaire

Le fait que les notes soient publiées quasi quotidiennement fausserait aussi l’analyse des parents, selon Julie, prof de français dans un collège de Seine-Saint-Denis : « Chaque note est considérée isolément par les parents. Or, une mauvaise note n’est pas toujours le signe que l’enfant est en difficulté, mais juste qu’il ne maîtrise pas suffisamment une compétence à un instant T. Par ailleurs, un élève a le droit à l’erreur », insiste-t-elle. Pour éviter cet écueil, l’enseignante a d’ailleurs décidé de ne plus publier les notes au fur et à mesure du trimestre, mais tout d’un coup afin que les parents « aient une vision d’ensemble », indique-t-elle. « On voit que beaucoup de parents ne comprennent pas où la scolarité de leur enfant pêche. Ce qui montre que cet outil ne remplace pas le rapport humain », songe aussi Nicolas, prof d’histoire-géo à Beziers.

Et dans ce système, ce sont surtout les élèves qui ne sont pas en tête de peloton, qui peuvent y perdre : « Le fait pour un élève en difficulté de voir quelle est la note la plus haute et la moyenne de la classe à un contrôle est particulièrement décourageant. Cela va favoriser sa résignation et peut le conduire peu à peu à décrocher. Par ailleurs, cette mise en exergue des notes sur le logiciel de vie scolaire peut entraîner un stress chez eux lors des prochaines évaluations, qui ne leur permettra pas de mobiliser efficacement leurs connaissances », analyse Pierre Merle.

La possibilité de contester les notes

« Ces logiciels entraînent une suréaction des élèves par rapport aux notes », constate aussi Anne. « Parfois, ils obtiennent leur note à une évaluation sur Pronote, avant même que la copie ne leur soit remise. Ce qui entraîne de l’incompréhension et même parfois de la colère car ils n’ont pas conscience des erreurs qu’ils ont commises », indique-t-elle, ce qui l’a conduite à décaler la publication des notes sur Pronote.

Cette exposition permanente des notes n’est pas sans poser problème aux enseignants eux-mêmes. « Car certains parents utilisent le mail de manière réactive pour témoigner leur désaccord avec une note », témoigne Nicolas. « Ce qui correspond bien à l’augmentation des contestations scolaires par les parents ces dernières années, qui tient à la perte d’autorité des enseignants à leurs yeux », analyse Pierre Merle. « Une de mes collègues a fini par arrêter de répondre à des parents sur Pronote pour cette raison », raconte ainsi Sébastien. Mais les parents ne sont pas les seuls à récriminer, leurs enfants le font aussi. « Certains élèves ayant vu une mauvaise note dans Pronote tentent aussi de faire pression sur moi pour que je la change, car ils ont peur de se faire réprimander », témoigne Julie.

Un contrôle ? Ah bon

Les profs ont aussi un autre grief vis-à-vis de ces logiciels : ils sont taxés de rendre les élèves moins autonomes. « Des élèves ne notent pas leurs devoirs sur leurs agendas papier, car ils se reposent uniquement sur Pronote. Or, les profs n’ayant pas toujours le temps de les indiquer dans le logiciel, ces élèves ne font pas les devoirs prévus. Au risque d’être doublement sanctionné : par leur enseignant d’abord et parce qu’ils n’auront pas pu progresser dans la notion étudiée », observe Sébastien. Mathilde fait le même constat : « Si on oublie de signaler dans l’agenda numérique une évaluation, alors qu’on l’a aussi dit en classe, les élèves s’en servent pour contester la tenue du contrôle », explique-t-elle. De quoi raviver le débat en salle des profs sur les vices et les vertus de ces outils numériques…