VIDEO. Les tensions dans les universités risquent-elles de faire boule de neige?

ENSEIGNEMENT SUPERIEUR Alors que les examens approchent et que la réforme de l'enseignement supérieur commence à s'appliquer, des blocages et des violences ont lieu dans certaines facs...

Delphine Bancaud

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Le blocage de l'université  Paul Valery de Montpellier le 27/03/2018.
Le blocage de l'université Paul Valery de Montpellier le 27/03/2018. — SYLVAIN THOMAS / AFP
  • Des incidents et des blocages se multiplient dans les facs.
  • L’Unef y voit une montée de la grogne des étudiants contre la loi réformant l’université.
  • Mais la Fage n’y croit pas.
  • Le ministère reste vigilant face à la tournure que pourrait prendre les évènements.

Assiste-t-on à une flambée de fièvre dans les universités ? La question se pose au regard de plusieurs évènements. D’une part, après les violences perpétrées par des hommes cagoulés à la faculté de droit de Montpellier envers des grévistes jeudi dernier. À la suite de cela, l’université a été fermée jusqu’au 3 avril.

Toujours à Montpellier, un « blocus illimité » a été voté mardi à l’université Paul Valéry contre la loi sur l’orientation et la réussite des étudiants (ORE), qui selon les étudiants, va se traduire par une sélection à l’entrée de l’université. Mais ce n’est pas tout. L’université Jean-Jaurès de Toulouse est bloquée depuis un mois, une partie des étudiants et les personnels sont mobilisés contre le projet de fusion des universités toulousaines, mais aussi contre la loi ORE. Un administrateur a été nommé pour tenter de déverrouiller la situation.

Des blocages parfois ponctuels

L’atmosphère est également électrique sur le site Tolbiac de Paris-I, dont une partie est bloquée depuis plusieurs jours par des étudiants demandant le retrait de la loi ORE. De plus, un local de l’Union des étudiants juifs de France de l’Université Paris 1 a été saccagé et recouvert d’inscriptions haineuses mercredi.

Dans d’autres facs, les tensions sont aussi manifestes. Comme à Nantes, où des blocages ont eu lieu la semaine dernière et où d’autres journées d’actions sont déjà prévues. A Bordeaux, le site de La Victoire est aussi bloqué depuis le 15 mars contre la loi ORE, ce qui horripile une partie des étudiants est des enseignants. A Rennes 2, l’accès au campus a été plusieurs fois bloqué ces derniers mois par des étudiants pour protester contre la loi Vidal. « A Rouen, un bâtiment de l’université est bloqué, tout comme à Nancy », ajoute la présidente de l’Unef, Lilâ Lebas.

« On n’assiste pas aux prémices d’un nouveau mai 68 »

Des protestations qu’observe attentivement le ministère de l’Enseignement supérieur, qui ne croit pas à l’hypothèse d’une prochaine insurrection. « Les blocages ne doivent concerner au maximum que 5 % des étudiants. Hormis à Toulouse et à Montpellier, ce n’est pas une fac entière qui est bloquée, mais un bâtiment. Et les blocus ne durent parfois qu’une journée », indique à 20 Minutes un proche du dossier.

Un avis partagé par Jimmy Losfeld, président de la Fage : « On n’assiste pas aux prémices d’un nouveau mai 68, mais à une montée des violences entre les étudiants politisés à l’extrême gauche et à l’extrême droite. Car les blocus restent ponctuels et éclatés. La majorité des étudiants sont plutôt pour la réforme de l’enseignement supérieur, même s’ils estiment qu’il y a besoin de plus de moyens pour l’appliquer. Ils aspirent à aller en cours », estime-t-il.

« Les étudiants sont sensibles au climat social actuel »

Mais dans le clan des contestataires, on commence à croire à un vrai mouvement de grogne. « La mobilisation prend de l’ampleur et elle a été dopée par la grève réussie du 22 mars », affirme ainsi la présidente de l’Unef, Lilâ Lebas. Et si la greffe n’a pris que récemment, elle l’explique aisément : « Il nous a fallu du temps pour faire comprendre aux étudiants les incidences de la loi ORE et le fait qu’elle transformait toute la vision de l’Enseignement supérieur. Mais là, les étudiants veulent défendre le droit à l’éducation pour toute une génération. D’ailleurs, dans les assemblées générales, il y a de plus en plus de monde », indique-t-elle.

Une situation qu’analyse aussi Robi Morder, sociologue spécialiste des mouvements étudiants : « On constate en effet une dynamique d’extension de la contestation de la loi ORE. Et ce n’est pas étonnant que cela prenne en ce moment : tout d’abord parce que les étudiants sont sensibles au climat social actuel, avec la montée des revendications catégorielles. De plus, il faut toujours quelques mois aux syndicats étudiants pour mobiliser contre un texte. On avait déjà vu cela avec la loi Devaquet. Les universités sont entrées dans la mise en application de la réforme et les étudiants se rendent compte qu’elles ne pourront pas le faire dans de bonnes conditions » indique-t-il.

Les prochaines échéances seront cruciales

Impossible cependant selon lui de prévoir pour l’instant s’il s’agit d’« une simple étincelle ou de la première étape d’une montée de la colère ». Du côté de l’Unef, on attend avec impatience la grève de mardi, qui réunira cheminots, pilotes, éboueurs, étudiants… « Ce sera un test et on espère que le gouvernement va enfin nous écouter », estime Lilâ Lebas. Du côté du ministère, une autre date est aussi redoutée : celle du 22 mai où les premiers résultats de Parcoursup commenceront à tomber et où les déceptions pourraient se manifester. Au risque de voir les lycéens échaudés rejoindre les étudiants contestataires.

Avec l’approche des examens prévus fin avril début mai, les tensions entre ceux qui voudraient passer leurs examens et les étudiants qui bloquent certains bâtiments, pourraient aussi s’aggraver. La ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, a déjà pris les devants en appelant ce jeudi sur franceinfo au calme…