VIDEO. A Trèbes, la population «traumatisée» par les attaques terroristes tente de se relever

REPORTAGE Mercredi, alors qu’un hommage national au lieutenant-colonel Beltrame a eu lieu aux Invalides, la petite commune de Trèbes restait sous le choc des attaques de vendredi dernier…

Béatrice Colin, à Trèbes

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Mecredi matin, devant le groupement de gendarmerie de l'Aude, à Carcassonne.
Mecredi matin, devant le groupement de gendarmerie de l'Aude, à Carcassonne. — B. Colin / 20minutes
  • Un hommage national au lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, blessé mortellement lors de l’attaque terroriste au Super U de Trèbes, a eu lieu dans la cour de l’Hôtel des Invalides ce mercredi.
  • Une minute de silence a été observée au sein du groupement de gendarmerie de l’Aude, à Carcassonne, où officiait Arnaud Beltrame.
  • Les obsèques des quatre victimes des attaques terroristes survenues à Trèbes et Carcassonne le 23 mars auront lieu jeudi.

De notre envoyée spéciale à Trèbes (Aude), 

Toute la matinée, Aurélie a suivi sur son téléphone portable la cérémonie d’hommage national au lieutenant-colonel Arnaud-Beltrame organisée aux Invalides. Comme de nombreux habitants de Trèbes (Aude), cette jeune femme, employée d’un commerce du centre-ville, reste traumatisée par les événements qui ont secoué sa commune vendredi dernier.

« Je pense que cela va changer les choses. Avant, on laissait ma petite sœur aller seule au Super U, maintenant je pense qu’on se posera la question à deux fois avant de l’envoyer », reconnaît la jeune femme.

« Marquer notre solidarité »

Dans son magasin, chacun exprime son sentiment. De la colère pour cette habitante qui estime qu’il « ne faut pas se laisser faire, s’il faut se défendre on le fera ». Comme Aurélie, elle se demande pourquoi « tous ces fichés ne sont pas surveillés ». Pour d’autres, l’onde de choc ne s’est pas encore dissipée.

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Comme cette vieille dame qui n’est pas sortie de chez elle pendant trois jours. « Elle vit seule et nous a expliqué qu’elle avait peur que cela recommence. Mon patron l’a amenée à la mairie pour qu’elle puisse voir quelqu’un de la cellule d’aide psychologique », poursuit Aurélie. La responsable d’une épicerie voisine avoue s’être surprise à sursauter à la vue d’un client dans son dos qu’elle n’avait pas vu entrer. « Ça ne m’était jamais arrivé », explique-t-elle.

Certains d’entre eux ont décidé d’être présents à l’hommage qui sera rendu demain matin aux quatre victimes, prévu à 9h30 à l’espace Jean-Cau de la commune.

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« On y sera pour marquer notre soutien et notre solidarité. On aurait pu être au Super U, cela aurait pu nous arriver. Et puis, c’est un petit village, tout le monde a été amené un jour à croiser la route des personnes qui ont été assassinées », estime Sylvie Vernier, de la Poissonnerie Moderne, un établissement situé près du Canal du Midi.

« La vie doit reprendre »

La plupart des habitants n’auraient jamais pensé que de tels événements puissent avoir lieu à Trèbes. « Cela nous rappelle que le danger est pourtant partout, ce n’est pas réservé aux villes. On savait malheureusement que ces attaques terroristes n’étaient pas terminées. Mais il ne faut surtout pas qu’on s’y habitue », lâche Michelle, la salariée de l’auto-école installée juste en face de la mairie.

Les drapeaux en berne de la mairie de Trèbes.
Les drapeaux en berne de la mairie de Trèbes. - B. Colin / 20 Minutes

Elle sait qu’après la période de deuil, comme à Nice ou Marseille, « la vie doit reprendre, on ne peut pas vivre toujours dans l’horreur ».

Depuis cinq jours, les médias sont très présents dans la rue du village, et les habitants « aspirent à retrouver de la tranquillité », relève un quadragénaire.

Au groupement de gendarmerie de l’Aude, là où travaillait le lieutenant-colonel Arnaud-Beltrame, ses collègues sont encore sous le choc. Mais, par la force des choses, chacun a dû retourner à ses missions quotidiennes de sécurisation.

D’autant que Carcassonne reste une ville qui accueille chaque jour des centaines de touristes venus visiter sa célèbre cité médiévale fortifiée, unique en Europe. Les attentats ont eu une résonance internationale, et le nom de la ville s’est affiché sur toutes les chaînes de télévision à travers le monde. « Dès samedi, mon gendre, qui fait des visites de la Cité, a eu des annulations. On espère tous que cela n’aura pas une incidence sur le tourisme comme cela avait été le cas pour Paris », relève un habitant de la capitale audoise.

Michèle, une touriste de Bourgogne venue découvrir les célèbres remparts, n’a pas une seconde envisagé d’annuler sa visite lorsqu’elle a appris les événements à la télé. « On ne va pas s’arrêter de vivre, sinon ce sont eux qui auront gagné », tranche-t-elle.