Antisémitisme en France: Pourquoi les Français juifs se sentent en insécurité

RACISME Les statistiques sont loin de décrire parfaitement le phénomène…

Nicolas Raffin

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Une synagogue à Paris (Illustration).
Une synagogue à Paris (Illustration). — EREZ LICHTFELD/SIPA
  • Le meurtre vendredi d’une octogénaire de confession juive a profondément choqué, le parquet ayant retenu le caractère antisémite du crime.
  • Les actes antisémites sont moins nombreux que les années passées, mais plus violents.
  • Le gouvernement veut généraliser le dépôt d’une pré-plainte en ligne pour aider les victimes à dénoncer les auteurs d’actes racistes.

« Les juifs ne sont pas en sécurité en France (…) Aujourd’hui vous êtes juif, il faut le cacher. » L’avis tranché est signé Malek Boutih. L’ex-président de SOS Racisme était interviewé sur France Inter ce mardi, quelques jours après le meurtre de Mireille Knoll, une octogénaire de confession juive. Dans cette affaire, deux suspects sont mis en examen pour « homicide volontaire » à caractère antisémite.

Les juifs ont-ils des raisons de s’inquiéter pour leur sécurité ? Selon le dernier bilan publié en janvier par le ministère de l’Intérieur, les menaces « à caractère antisémite » sont en baisse de 7,2 % en 2017. Mais, dans le même temps, les actions violentes visant la communauté juive (homicides, incendies, dégradations…) ont augmenté de 26 %.

Le problème de la sous-déclaration

« C’est d’autant plus inquiétant que la minorité juive est peu nombreuse – entre 500 000 et 600 000 personnes, rappelait récemment Nonna Mayer, directrice de recherche au CNRS et à Sciences Po. Elle est donc touchée de manière disproportionnée par ces violences [les juifs sont victimes de 38 % des actes racistes recensés, alors qu’ils ne représentent que 1 % de la population]. »

Du reste, les chiffres du ministère de l’Intérieur sont loin de présenter un panorama exhaustif de l’antisémitisme. Dans son 27e rapport annuel sur la lutte contre le racisme publié la semaine dernière, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) rappelait l’existence du « chiffre noir ». Il s’agit en fait des actes antisémites comme les injures ou les menaces qui ne sont pas suivis d’un dépôt de plainte.

« Il faut arriver à déconstruire les préjugés »

« Nous ne connaissons que l’écume du phénomène, explique Christine Lazerges, présidente de la CNCDH. Les gens portent très peu plainte [seulement 3 % des victimes d’injures, selon la CNCDH] et c’est seulement par des enquêtes plus fines que l’on peut se rapprocher de la réalité. » Pour remédier à cette sous-déclaration, le gouvernement prévoit de mettre en place « un système de pré-plainte en ligne pour les infractions de nature raciste et antisémite » d’ici à fin juin.

Remplir une pré-plainte sur Internet évitera notamment de patienter des heures dans un commissariat, ce qui peut décourager les victimes. En plus de cet accompagnement des victimes, la CNCDH insiste aussi sur l’aspect éducatif contre le racisme et l’antisémitisme : « Il faut arriver à déconstruire les préjugés auprès des enfants et à leur apprendre le respect de l’autre très tôt, rappelle Christine Lazerges. La justice ne peut pas s’occuper de tout. »