Parcoursup: Les universités incapables de mettre en place les «parcours d'accompagnements»?

EDUCATION Certains établissements estiment qu'ils manquent de moyens humains...

20 Minutes avec AFP

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Un amphithéâtre dans une université en France, photo d'illustration.
Un amphithéâtre dans une université en France, photo d'illustration. — Joel Saget AFP

Les parcours d’accompagnement, que les universités doivent proposer dès la rentrée 2018 aux étudiants les plus fragiles, sont un pilier essentiel de la loi sur les nouvelles modalités d'accès à la fac. Mais de nombreux établissements jugent le calendrier trop serré pour monter ces dispositifs, malgré l’annonce du déblocage de huit millions d’euros supplémentaires.

A la rentrée 2018, les candidats qui ne possèdent pas les compétences et acquis jugés nécessaires pour suivre la licence demandée seront acceptés à condition de suivre un parcours d’accompagnement. Ils auront reçu la réponse « oui si » sur la nouvelle plateforme Parcoursup.

Des dispositifs présents « dans toutes les universités » ?

Les parcours d’accompagnement, qui visent à réduire le taux d’échec en première année (de quelque 60 % en moyenne), peuvent revêtir plusieurs formes : année de remise à niveau, modules d’accompagnement dans une matière spécifique, cours de méthodologie etc.

>> Quelles démarches devez-vous encore faire sur Parcoursup après le 13 mars?

« Cela ne veut pas dire que toutes les filières proposeront ces dispositifs mais ils existeront dans toutes les universités dès la rentrée », a assuré Frédérique Vidal à Libération.

Pas de « oui si » à Poitiers

Pourtant, l’université de Poitiers par exemple prévoit de répondre seulement « oui » ou « en attente » sur Parcoursup, jamais « oui si ». « Nous sommes strictement incapables de mettre en place ces parcours pour la rentrée prochaine, faute de moyens humains », affirme Virgine Laval, en charge des formations. L’université compte quelque 7.000 étudiants en première année de licence.

L’établissement réclame « des moyens humains supplémentaires et du temps pour les équipes pédagogiques », ajoute Virgine Laval, qui adhère cependant « à l’idée et à l’esprit des parcours d’accompagnement ». « Mais la rentrée 2018, c’est beaucoup trop tôt. Nous y réfléchirons pour l’année suivante ».

« Nous n’avons pas les bras »

« A la rentrée 2018, on va se heurter au mur de la réalité », prévient de son côté Pierre Chantelot, professeur et chargé des formations au Snesup-FSU, syndicat dans l’enseignement supérieur fermement opposé à la nouvelle loi.

« La ministre donne de l’argent et c’est tant mieux. Mais nous n’avons pas les bras », dit-il. Plusieurs universités vont donc se garder de répondre « oui si » pour ne pas avoir à proposer un parcours d’accompagnement, selon lui.

« Elles n’ont rien compris »

Certaines universités ne mettent en place aucun parcours sous prétexte que leurs filières peuvent accueillir tous les candidats en raison d’un nombre de places suffisant, relève Jimmy Losfeld, président du premier syndicat étudiants, la Fage, favorable à la réforme.

« Elles n’ont rien compris », ces parcours sont faits non pour classer les candidats mais pour assurer leur réussite, souligne-t-il, regrettant le manque de volonté de certaines facs. Si beaucoup d’établissements jugent le calendrier très serré, plusieurs décident de s’appuyer au moins sur des dispositifs qui existaient déjà et qui étaient ouverts aux étudiants en difficulté sur la base du volontariat, selon une note de l’inspection générale de début mars. Qui relevait aussi « quelques initiatives intéressantes ».

L’exemple de Nantes

L’université de Nantes a mis en place il y a quelques années plusieurs parcours, notamment pour sa filière sciences. L’un était était destiné aux jeunes venus de filières non scientifiques pour une remise à niveau (bacheliers littéraires ou technologiques), l’autre pour des bacheliers scientifiques mais avec des difficultés.