Vos états généraux de la bioéthique: «Né de PMA avec don de sperme anonyme, je voudrais mettre un visage sur mon géniteur»

LA BIOÉTHIQUE ET VOUS (5/5) A l’occasion des Etats généraux de la bioéthique, « 20 Minutes » donne la parole à des hommes et des femmes dont les parcours incarnent les enjeux au cœur de ces débats. Aujourd’hui, Benjamin*, né d’un don de sperme anonyme, serait favorable à la levée partielle de l’anonymat des donneurs de gamètes…

Anissa Boumediene

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Illustration don de sperme.
Illustration don de sperme. — DURAND FLORENCE/SIPA
  • Depuis le 18 janvier dernier se déroulent les Etats généraux de la bioéthique, une grande concertation nationale qui durera jusqu’à l’été, préambule à la révision de la loi du même nom prévue pour la fin de l’année.
  • A cette occasion, l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes, une mesure plébiscitée par 86 % des 18-30, selon un sondage exclusif** OpinionWay pour 20 Minutes, sera débattue. La levée de l’anonymat du don de gamètes devrait aussi être au programme des discussions.
  • Benjamin*, né par PMA grâce à un don de sperme anonyme, se pose des questions sur son géniteur, et souhaiterait une levée partielle de l’anonymat du don de gamètes. Il raconte son histoire à 20 Minutes.

A-t-il ses yeux ? D’autres vies sont-elles nées du même donneur que celui qui l’a fait naître ? Et d’ailleurs, pourquoi ce don ? Il fêtera ses 20 ans cette année, mais à l’âge de l’insouciance, Benjamin* a l’esprit assailli de questions qui resteront à jamais sans réponse. Né par procréation médicalement assistée (PMA) d’un don de sperme anonyme, le jeune homme ne dispose d’aucune information sur son géniteur. C’est la loi qui veut ça : en France, le don de sperme, tout comme le don d’ovocytes, est anonyme.

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Comme Benjamin, nombreux sont les enfants nés grâce à un don de gamètes qui plaident pour une levée – partielle ou totale — de cet anonymat, et qui espèrent que les débats citoyens prévus dans le cadre des  Etats généraux de la bioéthique, préambule à la révision en fin d’année de la loi du même nom, permettront de faire évoluer la question. La PMA pour toutes les femmes pourrait être consacrée par le législateur, mais nul ne sait pour l’heure s’il penchera pour la levée de l’anonymat du don de gamètes.

« Un sujet tabou pour moi »

La vérité sur ses origines, Benjamin l’a apprise à un âge où il est difficile de la comprendre. « J’étais assez jeune, je devais être en primaire ou au début du collège, je ne m’en souviens plus précisément, raconte le jeune homme. Mon papa a dit qu’il devait me parler et là, il m’a expliqué la manière dont j’avais été conçu. Je me rappelle surtout du fait que sur le coup, je n’ai pas vraiment compris ce qu’il tentait de me dire, donc ça ne m’a pas vraiment bouleversé, je ne me suis pas posé beaucoup de questions », se remémore Benjamin.

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Mais une telle annonce reste toutefois difficile à encaisser quand on est un enfant. « En revanche, je me souviens que très peu de temps après ça, chez ma maman - mes parents ont divorcé quand j’étais bébé —, je me suis retrouvé en larmes, à demander à ma mère : "Pourquoi papa n’est pas mon papa ?" ». A la même époque, le jeune garçon apprend aussi que sa grande sœur, de six ans son aînée, a été conçue de la même manière que lui, mais pas du même donneur.

Pour tenter de répondre à ses interrogations, la mère de Benjamin se tourne vers un petit outil pédagogique. « Les seules discussions que j’aie pu avoir avec ma maman à ce sujet remonte à cette époque, à l’aide d’un petit livre pour enfants qui expliquait le fonctionnement de la PMA, depuis nous n’en avons jamais parlé ».

Mais pas parce que le sujet était trop difficile à aborder pour ses parents « C’est plus un sujet tabou pour moi que pour eux je pense, estime Benjamin. Je n’ai pas eu envie d’en reparler avec eux, je n’ai pas eu envie de ressasser ça avec eux en sachant que je n’apprendrais rien de nouveau, qu’ils n’auraient pas les réponses à mes questions ». Mais à y réfléchir, il préfère tout de même avoir appris la vérité à un jeune âge. « C’est très important de dire ces choses-là à son enfant, quand il est enfant, pense le jeune homme. Je ne m’imagine vraiment pas le découvrir aujourd’hui, je me poserais beaucoup trop de questions, je n’arriverais pas à gérer ».

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« J’aurais aimé savoir à quoi il ressemble, pourquoi il a fait ça »

Un père, Benjamin en a déjà un, et ne rêve pas à une figure paternelle lorsqu’il pense à son géniteur. « Même si je ne suis pas très proche de lui à cause du divorce de mes parents, mon père reste mon père, le seul que j’aie, tranche le jeune homme. Ma sœur, du fait d’être née par PMA avec donneur et aussi parce que nous avons très peu vécu avec notre père, a plus de mal à le considérer comme tel, analyse Benjamin. Comme moi, elle se pose beaucoup de questions sur son géniteur. A quoi ressemble-t-il ? Est-ce que je lui ressemble ? Les dons de nos géniteurs ont-ils permis la naissance d’autres enfants ? »

Autant de questions qui se heurtent à l’anonymat du don de gamètes, qui est la règle en France. Benjamin plaide-t-il pour autant en faveur de la levée de cet anonymat ? Pas forcément. « Je ne sais pas exactement ce que je voudrais, réfléchit le jeune homme. D’un côté, j’aurais tendance à être pour la levée de l’anonymat, mais de l’autre, je pense que ça peut ne pas être bon pour l’enfant comme pour le géniteur ». Comprenant la détresse des couples ayant des problèmes de fertilité et désireux de fonder une famille, à l’instar de ses parents à l’époque, le jeune homme « redoute par ailleurs que la levée de l’anonymat risque d’aggraver la pénurie de dons, qui, j’imagine, conditionne la démarche de nombreux donneurs ».

Comme c’est le cas dans d’autres pays où l’anonymat du don est partiel, Benjamin « aurai [t] bien aimé avoir une photo de lui, enfant ou adulte, savoir à quoi il ressemble, ainsi qu’une lettre expliquant sa démarche. Cela m’aurait amplement suffi. Mon géniteur, c’est à la fois mon "père" biologique et à la fois personne dans ma vie, résume le jeune homme. Certes, je me pose des questions sur lui mais je ne pense pas avoir envie de le rencontrer ». Ce que Benjamin souhaiterait, pour lui, pour sa sœur et tous les autres enfants dans leur cas, « c’est juste en savoir un peu sur nos origines, mettre un visage sur notre géniteur et savoir pourquoi il a fait ça ».

* Le prénom a été changé.

** Etude OpinionWay pour 20 Minutes réalisée en ligne du 2 au 6 février 2018 auprès d’un échantillon représentatif de 618 jeunes âgés de 18 à 30 ans (méthode des quotas).