Plan contre les violences sexistes et sexuelles à l'université: «Il ne faut plus rien laisser passer»

ENSEIGNEMENT Frédérique Vidal et Marlène Schiappa ont annoncé ce lundi plusieurs mesures pour accompagner les victimes de ces agissements et faire évoluer les mentalités…

Delphine Bancaud

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Frédérique Vidal et Marlène Schiappa à l'université Paris Dauphine, le 19 Mars 2018, pour lancer la campagne
Frédérique Vidal et Marlène Schiappa à l'université Paris Dauphine, le 19 Mars 2018, pour lancer la campagne — NICOLAS MESSYASZ/SIPA
  • Plusieurs cas de harcèlement sexuel à l’université ont été remontés ces dernières années.
  • Chaque université devra créer une cellule d’accueil et d’écoute des victimes d’ici à la rentrée 2018.
  • Une campagne d’affichage contre les violences sexistes et sexuelles va être lancée.

En amphi, en résidence universitaire, lors de week-ends d’intégration ou de soirées, au sein d’un laboratoire de recherche, des étudiant(e) s sont régulièrement victimes de propos sexistes, de harcèlement sexuel et dans les cas les pires, d’agression sexuelle. Des actes commis par un autre étudiant, un enseignant, un directeur de thèse, un agent administratif. « L’université n’est pas immunisée contre les violences sexistes et sexuelles », a reconnu ce lundi, la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, à l’université Paris-Dauphine.

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Impossible en effet que l’enseignement supérieur s’exempte d’un mea culpa à la suite de la déferlante de l’après-Weinstein. D’autant que quelques cas de violences à l’égard d’étudiantes ont récemment défrayé la chronique. Comme cette affaire en 2016, impliquant un enseignant de psychologie de Lille-III, sanctionné pour avoir harcelé sexuellement plusieurs étudiantes. Ou comme ce cas d’un directeur de recherche à l’université d’Aix-Marseille, révoqué à vie de la fonction publique en 2017, après avoir été accusé d’agression et de harcèlement sexuel. Et peu à peu la parole se libère. Dans une enquête en 2017, près de 400 étudiantes de l’université Lorraine ont ainsi déclaré avoir été victimes de harcèlement sexuel au moins une fois durant leur cursus.

« Il ne faut plus rien laisser passer »

« On ne peut pas apprendre sereinement si on est victime de sexisme, harcelé ou victime de viol », a déclaré la secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, venue annoncer plusieurs mesures contre ce fléau, avec sa collègue Frédérique Vidal. « Il ne faut plus rien laisser passer », a-t-elle martelé. Afin qu’il n’y ait plus d’impunité possible pour les agresseurs au sein des établissements, les ministres ont annoncé la création, dans chaque université à la rentrée 2018, d’une cellule d’accueil et d’écoute permettant à toutes les victimes de violences sexistes et sexuelles de bénéficier d’un soutien. « Une vingtaine d’universités [sur 71] en sont déjà dotées », a informé Frédérique Vidal.

Parmi les précurseures, l’Université Paris-Dauphine. « Notre objectif est de traiter les cas de discrimination, de violences sexuelles ou de bizutage subi tant par des étudiants que des membres du personnel », explique Béatrice Delzangles, référente égalité de l’université. « Nous allons accompagner les victimes en toute confidentialité, les informer de leurs droits et des démarches à effectuer et les aider à mettre fin à la situation dénoncée », poursuit-elle. Pour ce faire, les membres de la cellule ont été formés parAVFT (Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail). Une initiative saluée par Cécilia Koch, de l’Unef : « mais il va falloir un budget pour accompagner les victimes ». La ministre a renvoyé cette question aux présidents des universités.

Des affiches bientôt placardées dans toutes les facs

Pour que les violences sexistes et sexuelles soient bannies de l’université, le gouvernement veut aussi inciter les mentalités à évoluer. Marlène Schiappa et Frédérique Vidal, misent notamment sur la communication. Elles ont ainsi dévoilé une campagne qui sera diffusée à la fin du mois de mars dans les facs françaises. Des affiches avec des slogans forts : « A l’université, les violences sexuelles ne sont pas au programme », ou encore « Une soirée d’intégration c’est fait pour faire connaissance avec sa promotion, pas avec les violences sexistes et sexuelles ». Celles-ci seront placardées aussi dans les restaurants et les résidences universitaires.

Le gouvernement prévoit de former d’ici la rentrée, les 13.000 agents du personnel Crous (Centre régional des œuvres universitaires et scolaires) sur les violences sexistes et sexuelles. « Il faudra aussi que l’on simplifie les mesures disciplinaires à l’égard des auteurs de ces violences », a aussi déclaré Frédérique Vidal. Un impératif selon Manon Berthier, de l’association Parole étudiante : « Il est urgent de réformer les procédures disciplinaires, car elles restent encore trop défavorables aux victimes », commente-t-elle. Car à l’heure actuelle, aucun recensement exhaustif de ces agissements n’est encore possible au niveau national et les sanctions restent très marginales.