Pédophilie dans l'Eglise: «Dans tous les cas, il faut parler, c'est la principale leçon à retenir»

PEDOPHILIE A l’occasion de la diffusion, ce mercredi soir sur «France 3», de «Pédophilie, un silence de Cathédrale», «20 Minutes» est allé à la rencontre du réalisateur Richard Puech...

Elisa Frisullo

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Richard Puech a réalisé le documentaire
Richard Puech a réalisé le documentaire — Capa/ France 3
  • « France 3 » diffuse ce mercredi soir, en partenariat avec « 20 Minutes », « Pédophilie, un silence de cathédrale », réalisé par Richard Puech.
  • Le réalisateur, qui a sillonné la France pour donner la parole aux victimes et à plusieurs responsables religieux, revient pour « 20 Minutes » sur ce scandale de pédophilie sans précédent qui fait vaciller l’Église.

Il a sillonné la France entière pour recueillir la parole de ces adultes, victimes dans leur enfance de prêtres pédophiles. Des témoignages à visages découverts, bouleversants, éloquents, face auxquels l’Église de France, plongée depuis deux ans dans un scandale sans précédent, paraît bien lente à réagir.

À l’occasion de la diffusion ce mercredi à 20 h 55 sur France 3 du documentaire Pédophilie, un silence de Cathédrale, 20 Minutes est allé à la rencontre du réalisateur Richard Puech.

L’idée de ce documentaire vous est venue suite à l’affaire de pédophilie déterrée par les Lyonnais de La Parole Libérée

Ce projet est né effectivement quelques mois après l’apparition de La Parole Libérée. L’initiative de ces Lyonnais, leur association, leur conférence de presse, ont été un vrai détonateur. Quand j’ai commencé à travailler sur ce film, à enquêter, cette association existait depuis un an et l’un des effets, outre l’effet de visibilité médiatique, est que leur action a contribué à libérer d’autres paroles partout en France. L’idée était de montrer qu’au-delà de ces Lyonnais, il y avait bien d’autres affaires de prêtres pédophiles, que c’est un phénomène plus profond, plus large, plus étendu que ce qu’on aurait pu penser avant. Ceux qui pouvaient l’exprimer le mieux, évidemment, c’était toutes ces victimes, ou victimes présumées, car il y a encore des instructions en cours. Elles étaient les mieux placées pour dire ce qu’elles avaient subi enfant, les conséquences que cela avait, et exprimer la façon dont l’Eglise a étouffé leur parole, et parfois plus largement la société. C’étaient les personnes les plus légitimes pour pointer du doigt les manquements de l’Eglise sur cette question-là.

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Vous avez rencontré de nombreuses victimes de prêtres pédophiles. Qu’avez-vous retenu de ces témoignages ?

J’ai très vite senti, en allant à leur rencontre, ce mélange de grande vulnérabilité, de sensibilité, et ce besoin de parler, même si c’était difficile de le faire. C’est presque la principale leçon à retenir : Dans tous les cas, il faut parler, c’est ce qu’il y a de mieux à faire. D’une façon ou d’une autre, quelle que soit la manière dont ils ont géré le traumatisme et le parcours qu’ils ont eu par la suite, tous ont été marqués par ce qu’ils ont subi enfant. C’est une souffrance à vie. Souvent, ce qui leur est arrivé est quelque chose qui a été nié ou que l’on n’a pas voulu entendre, ce qui évidemment occasionne beaucoup de traumatismes. Et quand toute la société concourt, en plus de l’église, à enfouir la parole ou à faire peser une chape de silence et de honte sur ces victimes, c’est dur et c’est long d’en sortir.

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Face au scandale pédophile, l’Église a mis en place des mesures pour améliorer la lutte contre ce fléau. Mais on voit bien, à travers votre documentaire, la difficulté pour cette institution de prendre le problème à bras-le-corps…

C’est bien toute la problématique. Oui, l’Église a pris des mesures ou a en tout cas annoncé des mesures concrètes lors de la conférence de presse des évêques de France qui a suivi, au printemps 2016, la création de la Parole Libérée. Il y a eu notamment la création d’une cellule permanente de lutte contre la pédophilie, à la tête de laquelle a été nommé Mgr Luc Crépy. C’est un évêque que je pense sincère sur cette question-là, qui veut faire avancer les choses. Mais on voit bien, en même temps, que l’épiscopat français, le haut clergé, un peu à l’image de ce qui se passe au Vatican, a du mal à bouger sur cette question, parce que cela touche à beaucoup de choses essentielles pour l’Église. Récemment, lors de la tournée du pape en Amérique du Sud, la question de la pédophilie est devenue centrale. Le pape, à l‘image de l’Église de France, a eu des propos progressistes, positifs. Il y a une volonté affichée mais concrètement, il a du mal à faire avancer la lutte contre la pédophilie.

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Vous vouliez montrer l’incompréhension et la colère des victimes, de La Parole libérée notamment, face à une église qui semble traîner des pieds ?

Il y a légitimement décalage entre la réaction de l’Église et la souffrance des victimes, leur colère immense, et tout ce qu’ils ont fait. Ils ont mis beaucoup d’eux-mêmes, ils ont pris beaucoup de coups, avec le sentiment que parfois, ce sont des coups d’épée dans l’eau. Après, et avec notre documentaire nous y participons, cela commence à être relayé, à être diffusé dans la société. L’ensemble de la société française a évolué depuis une vingtaine d’années sur ces questions de pédophilie, d’inceste ou de viol. Il y a de moins en moins de tolérance et une exigence de plus en plus grande sur cela. J’ose espérer que les choses avancent, mais forcément ce n’est pas assez rapide pour les victimes.