Pau: Jugée pour avoir étouffé sa fille afin d’attirer l’attention

JUSTICE Une mère de famille nombreuse souffrant d’un syndrome de maltraitance passe devant la cour d’assises de Pau lundi…

20 Minutes avec AFP

— 

Illustration justice
Illustration justice — Jean-Marc Quinet/ISOPIX/SIPA

Une mère de famille nombreuse, souffrant d’un rare syndrome de maltraitance dit « de Münchhausen par procuration », est jugée à partir de lundi par la cour d’assises des Pyrénées-atlantiques à Pau pour avoir étouffé sa fille​ de deux ans et demi en 2014, dans le seul but d’attirer attention et compassion.

>> A lire aussi : Syndrome de Münchhausen par procuration: Quand les mères rendent leur enfant malade

Egalement soupçonnée d’avoir essayé d’asphyxier à plusieurs reprises un autre de ses enfants en 2005, Laëtitia Pita-Viera, 32 ans, encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

C’était elle qui avait donné l’alerte

Le 21 juin 2014, la petite Lilyana, deux ans et demi, était retrouvée morte étouffée au domicile familial à Bussunarits-Sarrasquette, petit village proche de Saint-Jean-Pied-de-Port. La mère, originaire de Charleville-Mézières (Ardennes), y vivait avec son mari et ses sept enfants, et c’était elle qui avait donné l’alerte.

>> A lire aussi : Pau: La mère jugée aux Assises avoue avoir tenté de tuer sa fille de 7 ans

Laëtitia Pita-Viera, sortie depuis un mois de l’hôpital psychiatrique de Bayonne et traitée aux anti-dépresseurs, a alors 1,40 gramme d’alcool par litre de sang, selon les enquêteurs. En l’absence de trace sur le corps de l’enfant, une première expertise conclut à une « défaillance cardio-respiratoire » pouvant être d’origine accidentelle.

« Syndrome de Münchhausen par procuration »

Mais peu après, un médecin chargé du suivi de la jeune femme, hospitalisée de nouveau en psychiatrie, alerte la justice. Sa patiente, citant des cauchemars, lui a confié « avoir pu jouer un rôle actif dans le décès de sa fille ».

Un examen met alors en évidence chez la mère un « syndrome de Münchhausen par procuration » (SMPP, par référence au baron de Münchhausen et ses affabulations), une forme grave de maltraitance par laquelle une personne blesse ou rend volontairement malade autrui, souvent un enfant dont il a la charge, dans le but d’attirer l’attention sur lui-même.

« Je voulais que le petit ne respire plus »

Les enquêteurs retrouveront un signalement remontant à 2005 concernant l’hospitalisation d’un autre enfant du couple, âgé de sept mois, pour une série de malaises. À l’époque déjà, un médecin avait diagnostiqué chez la mère un SMPP et évoqué le risque de récidive, sans pouvoir établir formellement qu’elle était coupable de mauvais traitements sur son fils.

Placée en garde à vue en octobre 2014, Laëtitia Pita-Viera avait reconnu les faits. Evoquant son fils en 2005, elle raconte alors : « Je voulais que le petit ne respire plus pour que les infirmiers viennent s’en occuper… je faisais pareil avec Lilyana. Je l’étouffais avec ma main ».

Verdict le 22 mars

Mise en examen et placée depuis en détention provisoire, la mère se rétractera plusieurs fois par la suite. Pour les experts qui l’ont examinée, elle souffre du fameux syndrome qui a certes pu altérer son discernement lors des faits, mais ne l’a pas aboli complètement, ce qui la rend pénalement responsable.

Après une enfance malheureuse entre un père inexistant et une mère alcoolique, l’accusée, qui déclare avoir été violée à l’âge de six ans par un ami de la famille, a connu une longue succession de placements en foyer. Mariée à 17 ans après avoir eu un enfant dès 16 ans, elle souffre d’alcoolisme chronique depuis 2012 et a enchaîné les séjours en psychiatrie.

Le syndrome de Münchhausen par procuration et son influence sur la capacité de l’accusée à distinguer le bien du mal seront au coeur des débats à Pau. Le verdict est attendu jeudi.