Mayotte: A Mamoudzou, la «plus grande maternité d'Europe» est sous pression

NAISSANCES Le nombre d'accouchements a explosé jusqu'à atteindre 9.674 nouveau-nés en 2017...

20 Minutes avec AFP

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Une infirmière nourrit un nouveau-né à la maternité de Mamoudzou, le 14 mars 2018.
Une infirmière nourrit un nouveau-né à la maternité de Mamoudzou, le 14 mars 2018. — Ornella LAMBERTI / AFP

A 8.000 kilomètres de Paris, c’est une maternité au bord de l’implosion. A la maternité de Mamoudzou à Mayotte, le nombre d’accouchements a explosé, notamment en raison de la venue de femmes comoriennes qui veulent donner la nationalité française à leur nouveau-né.

 

Leur record, c’est 23 naissances en 12 heures. « C’est la plus grande maternité de France voire d’Europe », répète en boucle tout le personnel de la maternité du centre hospitalier de Mayotte (CHM). A la maternité de Mamoudzou, le nombre d’accouchements a explosé jusqu’à atteindre 9.674 nouveau-nés en 2017, après 9.514 naissances en 2016. « Il y a trop d’accouchements, trop de bébés, trop de travail », déplore Moina Baco, une étudiante infirmière.

Des femmes jamais suivies

« Là, j’ai un bébé qui n’a pas de berceau, il n’y en a plus ». Pour pallier le manque de place, outre le triplement des lits par chambre, on transfère les patientes qui vont bien « trois heures après leur accouchement, vers les maternités périphériques. Il n’y a qu’à Mayotte qu’on fait ça », souffle une sage-femme. Le manque de personnel est aussi un vrai problème : la maternité compte 157 sages-femmes pour 170 postes budgétés, et seulement 7 médecins pour 27 postes budgetés.

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D’après l’Insee, 70 % des femmes qui accouchent dans cette maternité sont en situation irrégulière et viennent surtout des Comores. Une femme qui vient d’accoucher reconnaît, un peu gênée, que « oui », elle veut que ses enfants « soient français ». Elle est arrivée sur le territoire mahorais en 2017 après 17 heures de kwassa-kwassa pour relier Anjouan à Mayotte. « Il y a une différence entre Anjouan et Mayotte pour le mode de vie, l’accès à l’éducation », énumère-t-elle, assise sur son lit.

Pour les membres du personnel, la question de la nationalité n’est pas posée. « Nous sommes un hôpital public, on prend en charge des mamans, on ne se demande pas d’où elles sont originaires », explique la directrice du CHM, Catherine Barbezieux. Tout au plus, reconnaît-on qu’ici « on a plus de césariennes en urgence, plus de femmes qui arrivent sans jamais avoir été suivies durant leur grossesse que dans toute autre maternité », explique Moendandze Zadibo, coordinateur en maieutique.

« Je me sens défavorisée »

Mariama, 33 ans, mahoraise, a accouché d’une petite fille la veille. On lui a proposé « de quitter l’hôpital deux jours après l’accouchement, parce que j’ai la Sécu et que je peux être suivie par une sage-femme libérale. Nous, on se démerde, alors que celles qui n’ont pas la Sécu, elles restent. Je me sens défavorisée, alors que je cotise, je paie mes impôts », s’agace-t-elle. Un sentiment largement partagé parmi les Mahorais. « On n’a plus de place dans la maternité », dénonçait mardi une manifestante, Marie-Dachahou Assiaty, 37 ans, affirmant avoir été obligée d’accoucher à La Réunion, « parce que j’avais la Sécu ».

Et sur les barrages, « les sages-femmes ont des difficultés à passer car nous sommes considérées comme des traîtresses, qui donnons naissance à des enfants étrangers », a témoigné l’une d’elle. Pour le gynécologue Abdou Madi, une maternité extraterritoriale, comme le propose le gouvernement, « n’est pas la solution » : les Mahoraises qui accouchent à Mamoudzou « ont peur de mourir aux Comores.

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Ce qui serait plus simple c’est de créer là-bas un hôpital où les femmes peuvent accoucher en toute sécurité », selon lui. « La communauté médicale émet les plus vives réserves sur l’extraterritorialité », insiste Philippe Durasnel, vice-président de la commission médicale d’établissement. « A supposer que des femmes viennent accoucher pour que leurs enfants accèdent à la nationalité française, elles iront accoucher à leur domicile ou dans la brousse, on s’expose à des drames ».