VIDEO. Au procès Tarnac, certains prévenus refusent de «se soumettre à la question»

COMPTE-RENDU Le procès du groupe de Tarnac doit se tenir jusqu’au 30 mars devant le tribunal correctionnel de Paris…

Hélène Sergent
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Julien Coupat à son procès le 13 mars 2018.
Julien Coupat à son procès le 13 mars 2018. — ALAIN JOCARD / AFP
  • Huit personnes sont renvoyées devant le tribunal correctionnel de Paris, dix ans après les faits.
  • En novembre 2008, plusieurs sabotages de lignes SNCF sont réalisés en France et en Allemagne.
  • Un temps poursuivis pour « terrorisme », ils comparaissent aujourd’hui pour des délits mineurs.

Le ton s’est durci ce mercredi au procès du groupe de Tarnac. Mis en examen pour des faits terroristes en 2008 suite au sabotage de lignes SNCF, huit jeunes hommes et femmes, tous militants libertaires, sont jugés à Paris pour des faits d'« association de malfaiteurs », de « recel de documents administratifs » ou de « refus de prélèvement ADN ». Après dix ans de bataille judiciaire et plusieurs « couacs » dans la procédure, la justice a définitivement écarté la qualification terroriste en 2017.

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A l’ouverture du procès, l’audience avait pourtant commencé par une légèreté surprenante. A la reprise des débats mercredi, trois des prévenus – Mathieu Burnel, Julien Coupat et Benjamin Rosoux – ont refusé de répondre à certaines questions de la présidente Corinne Goetzmann. La magistrate, après avoir lu les observations des policiers de la DCRI chargés de surveiller le groupe de Tarnac, souhaitait interroger ses membres sur leur « projet de vie commun » dans la ferme du Goutailloux à Tarnac.

« Ni fou, ni suspect »

Premier à être interrogé, Julien Coupat peine à trouver ses mots, bute sur ses phrases, digresse systématiquement. « Des gens ont des désirs communs, des amitiés et décident de vivre ensemble et de prendre un bâtiment ensemble, ça ne me paraît ni fou ni suspect » se contente-t-il d’expliquer aux juges, entre deux gorgées de maté. Puis s’irrite : « Je ne vais pas me défendre d’un récit que je juge délirant d’un bout à l’autre ! ». Une stratégie également avancée par Benjamin Rosoux, gérant d’une épicerie à Tarnac qui a « refusé de se soumettre à la question ».

Soucieuse de faire avancer les débats, la présidente cite alors les déclarations des prévenus figurant dans leurs procès-verbaux de garde à vue. Une « aberration » pour Mathieu Burnel qui se lève et assène : « Lorsqu’on est en garde à vue, comme l’a évoqué Benjamin Rosoux, ce qui est écrit dans un procès-verbal n’est absolument pas ce qu’on dit (…) Tout ce qui est écrit dans les PV est absolument débile et la garde à vue était essentiellement une part de la manipulation policière et de la construction du dossier. On ne va pas jouer cette mauvaise pièce ! ».

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Un week-end « en amoureux »

Silencieuse depuis l’ouverture des débats, Yildune Lévy, ex-femme de l’omniprésent Julien Coupat a, elle, accepté de répondre précisément aux questions de la présidente. Interrogée sur les raisons de son séjour avec Julien Coupat à New York, la jeune femme a décrit un « voyage en amoureux », ponctué de visites de musées et de rencontres avec des proches « politisés » du couple, installés aux Etats-Unis. Dans la procédure, les policiers ont eux affirmé qu’ils avaient participé à cette époque à une réunion anarchiste internationale. Le FBI a par ailleurs réalisé des clichés des participants à la sortie de cette « réunion » sur lesquels on aperçoit le couple Coupat-Lévy.

La prévenue dénonce alors la logique « tautologique » des enquêteurs qui se « nourrissent du vide ». En cause, selon elle, la présence d’un agent secret britannique, Mark Stone ou Mark Kennedy, chargé d’infiltrer les milieux écologistes et altermondialistes lors de cette réunion à New York. « Si cette réunion va intéresser le FBI, puis la DCRI, c’est parce qu’il y a Mark Stone ! (…) Il veut à tout prix conserver son statut d’espion international, alors il grossit les traits (…) il crée de la menace pour justifier de sa fonction ! », assure-t-elle.

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Et le rôle joué par cet espion serait, selon la défense, bien plus important que ne le laisse penser les enquêteurs dans le dossier. Selon Jérémie Assous, avocat de sept des huit prévenus, ce sont les informations, fournies par Mark Stone aux services de renseignement, qui auraient justifié l’ouverture d’une enquête préliminaire en avril 2008.