Alsace: L'accueil de réfugiés peut «bien se passer, à condition de mettre les moyens humains»

ASILE François Cohendet a reçu le Prix de la tolérance Marcel Rudloff pour sa politique de soutien à l'accueil de demandeurs d'asile dans sa commune du sud de l'Alsace...  

Propos recueillis par Alexia Ighirri

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François Cohendet, maire de Ferrette (Archives)
François Cohendet, maire de Ferrette (Archives) — Communauté de communes du Sundgau
  • Il y a deux ans, Ferrette accueillait ses premiers réfugiés, installés dans une ancienne caserne du village situé dans le sud de l'Alsace.
  • Le maire, la commune et ses bénévoles ont reçu le Prix de la tolérance Marcel Rudloff pour leur action.
  • François Cohendet (sans étiquette) revient sur l'expérience de sa commune. 

Il y a deux ans, Ferrette accueillait ses premiers réfugiés. Environ 80 demandeurs d’asile vivent dans les locaux d’une ancienne caserne, mise à disposition par l’Etat, dans ce village de 700 habitants du sud de l’Alsace. « Sans oublier les habitants de la commune qui sont aussi dans le besoin, on peut dire que Ferrette est en pointe en matière d’accueil et d’aide sociale », sourit son maire François Cohendet.

Un accueil pour lequel l’élu (sans étiquette) avait été au départ vivement critiqué. Et pour lequel le magistrat au même titre que sa commune et les bénévoles de l'association Les Voisins d'ailleurs viennent de recevoir le Prix de la tolérance Marcel Rudloff « pour leur attitude et leur action exemplaires en matière d’accueil, de solidarité et d’assistante de demandeurs d’asile et de réfugiés ». À l’heure de la présentation et l'examen du projet de loi asile-immigration, François Cohendet revient pour 20 Minutes sur l’expérience haut-rhinoise.

Qu’est-ce que cela vous inspire de voir vos qualités de tolérance et de solidarité récompensées ?

C’était une surprise dans ce cadre-là. En même temps, c’est valorisant par rapport au travail réalisé pour faire accepter l’accueil des migrants en interne, le faire accepter au conseil municipal et ensuite au niveau de la population, pour que ça puisse se passer le plus sereinement possible.

Et c’est le cas au final ?

L’hébergement se passe bien. Ils se sont fondus dans la population. Certains sont là pendant un an, d’autres pendant trois mois. Ils ne peuvent pas rester, c’est un centre d’accueil et d’orientation. S’ils sont déboutés, ils doivent partir. S’ils obtiennent leurs papiers, leurs titres de réfugiés politiques, ils doivent se loger. Certains ont décidé de rester à Ferrette en se trouvant un logement. Il y a bien eu l’une ou l’autre dérive. Par exemple, des gens de la communauté rom qui commençaient à faire la manche. Il a fallu dire stop tout de suite. Mais si l’accueil se passe bien, c’est aussi parce qu’il y a l’association Voisins d’ailleurs qui les assiste au quotidien.

Le relais associatif est indispensable ?

Oui ! Pour les premiers besoins, le premier accueil, parce que les réfugiés arrivent sans rien. L’association les accompagne ensuite en donnant des cours de français. Il y a plus d’une vingtaine de volontaires, enseignants actifs, retraités ou autres qui permet d’assurer des cours chaque jour. C’est une façon de les préparer à l’intégration, mais aussi de les occuper. Un moment donné il y a eu tellement de bénévoles, plus d’une centaine, que ça partait dans tous les sens. Il fallait cadrer tout ça. L’association sert de tampon entre la mairie et les migrants. Elle coordonne le tout pour que cette situation soit d’autant mieux acceptée par tous.

Parce que ce n’était pas gagné au départ…

À l’origine, quand une annonce de ce genre commence à fuiter, il y a une levée de boucliers. J’ai eu des courriers de haine. C’est énorme ce qu’on reçoit comme attaques haineuses, racistes. Il faut préparer la chose en amont, par des réunions publiques par exemple. Et alors on se rend finalement compte que la majorité silencieuse est plus forte que la minorité hurlante.

Vous recevez un prix pour votre action. Parce qu’elle est devenue exceptionnelle ?

Je ne sais pas si c’est rare. Le prix veut mettre en lumière des actions faite dans l’humanitaire, dans l’esprit humaniste. C’est bien pour la commune, parce qu’elle devient un exemple : elle montre que ça peut se faire et bien se passer. À condition de mettre les moyens humains. Ça peut permettre à d’autres collectivités de rentrer dans ce dispositif sans crainte énorme. La peur vient de l’inconnu mais ce n’est pas l’inconnu. Ici, on aide des gens en difficulté. C’est en devoir en tant qu’humain.

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Quel regard portez-vous sur l’actuel projet de loi asile-immigration ?

C’est une loi qui a le mérite de clarifier l’accueil. Il y a une certaine sévérité, mais qui est déjà appliqué aujourd’hui. La majorité des demandeurs est déjà déboutée actuellement. Cette loi a l’avantage de mettre en place un accompagnement qui n’existe pas en termes de formation professionnelle. Avec une accélération, une augmentation de la prise en charge par l’Etat des cours de français. Parce que le gros problème pour ces migrants, c’est la langue. C’est le problème numéro 1 à résoudre. Il faut mettre le paquet là-dessus. Je ne connais pas non plus la loi en détail mais il faut aller dans ce sens. Après, la question de la sélection plus sévère… c’est la vox populi qui veut ça.