Avalanches: «Au delà de 15 ou 20 minutes, on a 80% de chances de survivre en moins»

INTERVIEW Le commandant du peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) de Bagnères-de-Luchon (Haute-Garonne) explique le travail des secouristes alors que chaque année, une trentaine de personnes décèdent dans des avalanches…

Propos recueillis par Thibaut Chevillard

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Un panneau de signalisation de risque d'avalanche.
Un panneau de signalisation de risque d'avalanche. — NICOLO REVELLI-BEAUMONTSIPA
  • Plusieurs personnes sont décédées depuis le début de la saison dans des avalanches.
  • « 20 Minutes » a interrogé Sébastien Lucéna, commandant du peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) de Bagnères-de-Luchon (Haute-Garonne).

Faire du ski hors piste comporte des risques. Depuis vendredi dernier, au moins neuf personnes ont été tuées par des coulées de neige dans les Alpes et les Pyrénées françaises, et trois sont portées disparues. Chaque année, une trentaine de personnes décèdent dans des avalanches, indique Météo France. Pour comprendre comment travaillent les secouristes dans ces cas-là, 20 Minutes a interrogé Sébastien Lucéna, commandant du peloton de gendarmerie de haute montagne de Bagnères-de-Luchon ( Haute-Garonne).

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Comment interviennent les secours quand survient une avalanche dans laquelle sont pris des skieurs ?

Dans un premier temps, il faut que l’alerte soit donnée. Soit par un témoin, soit par les personnes impliquées dans l’avalanche. Il faut pour cela que le réseau téléphonique fonctionne, ce qui n’est pas toujours le cas en montagne, notamment dans les Pyrénées. Dès que nous sommes prévenus, nous mettons tout en œuvre pour intervenir le plus rapidement possible. Avec l’hélicoptère, dédié au secours en montagne, nous pouvons être sur secteur en 10 à 15 minutes.

Nous avons une équipe cynophile - un secouriste avec son chien -, et des secouristes qui maîtrisent l’usage du DVA, le détecteur de victime d’avalanche. Ces derniers pourront rechercher des personnes qui seraient porteuses de ce petit appareil, qui émet un signal. Il va nous permettre de localiser une victime ensevelie assez rapidement. Sans DVA, c’est très difficile de localiser quelqu’un. C’est pour cela que tout pratiquant doit en être équipé. Enfin, si les personnes n’ont pas été retrouvées, les secouristes équipés de sondes - des gros piquets de pente qu’ils enfoncent dans la neige - procéderont à une battue.

Combien de temps peut-on survivre quand on est pris dans une avalanche ?

Dans les avalanches, c’est la rapidité qui prime. Au-delà de quinze-vingt minutes, on a 80 % de chances de survivre en moins. Mais on a déjà retrouvé des personnes vivantes bien au-delà de ce délai. Le risque, c’est que la victime meurt d’asphyxie ou d’hypothermie. Il y a aussi des morts traumatiques : être pris dans une avalanche, c’est comme être dans une machine à laver, on est démantibulé dans tous les sens. Pour augmenter les chances de survie, du matériel spécifique a été développé. Il y a par exemple l’AvaLung, une sorte d’embout buccale qui rejette du CO2 dans le dos, ou le sac airbag qui permet à la victime ne pas être enfoui sous l’avalanche.

Comment peut-on s’informer sur les risques d’avalanche ?

Il existe le bulletin de risque d’avalanche qui est édité quotidiennement par Météo France. L’échelle va de 1 - risque faible - à 5 - très fort. En montagne, le risque zéro d’avalanche n’existe pas, sauf quand il n’y a pas de neige. C’est une échelle internationale, reconnue par tous. Elle est affichée dans toutes les stations de ski. Le bulletin est aussi consultable sur Internet. La personne qui sort en montagne doit s’enquérir de ce type de renseignement. Quand les risques sont identifiés, il faut éviter de partir faire n’importe quoi.

Est-il interdit de faire du hors-piste ?

Non, la montagne est un espace de liberté. C’est un milieu magnifique mais qui peut être très dangereux selon les conditions. Il faut donc l’apprivoiser, la connaître pour la pratiquer en toute sécurité. Il y a souvent une imprudence à la base de la plupart des accidents. Il faut apprendre à se faire plaisir sans prendre de risques inconsidérés, se renseigner avant de partir. Souvent, les gens pensent que le fait de partir avec un guide leur offre l’assurance de ne pas avoir d’accident. Ce n’est pas forcément le cas.

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Qui paie la facture ?

Les services de secours sont payants sur le domaine skiable. Mais les secours étatiques, hors domaine skiable, sont gratuits, tout comme le sont les pompiers qui interviennent sur un incendie. Et nous mettons toujours tout en œuvre pour sauver les gens. Il y a des procédures pour les situations abusives mais il y en a très peu car nous faisons beaucoup de prévention, de pédagogie, auprès de la nouvelle génération.

Constatez-vous qu’il y a plus d’avalanches cette année ?

Chaque année est différente. En 2017, il y avait eu 22 morts sur l’ensemble des massifs français. Cette année, la saison est assez mortifère. Dans les Pyrénées, nous sommes déjà à sept morts. Les conditions ont été particulières cet hiver ; il y a eu de fortes chutes de neige par à-coups, avec des périodes de froid et de redoux. C’est un mauvais mélange, le manteau neigeux n’a pas eu le temps de se stabiliser.