Menacé d'expulsion, l'imam salafiste prévient «en fermant ma mosquée, on laisse la place aux recruteurs djihadistes»

INFO «20 MINUTES» L’imam salafiste El Hadi Doudi, de la mosquée As Souna à Marseille, menacé d’expulsion en raison de prêches jugés radicaux, s’explique à 20 Minutes…

Propos recueillis par Adrien Max

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La mosquée As Sounna, dans le IIIe arrondissement de Marseille.
La mosquée As Sounna, dans le IIIe arrondissement de Marseille. — Boris Horvat / AFP
  • L’imam salafiste El Hadi Doudi est menacé d’expulsion, la préfecture de police lui reproche des prêches radicaux et des départs en Syrie au sein de sa mosquée.
  • Il ne comprend pas la position des autorités, avec qui il a travaillé pendant 40 ans.
  • Il se défend de tous prêches radicaux et dit au contraire prendre position contre l’islam radical.

Après la fermeture administrative de sa mosquée As Souna, dans le IIIe arrondissement de Marseille, pour une durée de 6 mois, son imam El Hadi Doudi est menacé d'expulsion. La préfecture de police des Bouches-du-Rhône et le Conseil d’Etat lui reprochent des prêches radicaux ainsi que cinq départs de fidèles vers la zone irako-syrienne.

El Hadi Doudi doit comparaître ce mercredi devant une commission d’expulsion au TGI de Marseille qui rendra un avis, avant que le ministère de l'Intérieur prenne une décision. L’imam s’explique en exclusivité pour 20 Minutes.

Depuis quand êtes-vous en France ?

Je suis arrivé au début des années 1980. Je me suis marié en France et six de mes sept enfants sont nés ici. Je suis arrivé à Marseille et j’y ai toujours vécu.

Que répondez-vous aux accusations de la préfecture de police ?

Les personnes qui sont parties pour la zone irako-syrienne ne faisaient pas parti de la mosquée As Souna. Les renseignements généraux disent qu’ils ont fréquenté la mosquée. Oui, ils sont déjà venus mais je ne les connaissais pas personnellement, et ils fréquentaient aussi d’autres mosquées. De manière générale, ceux qui partent en Syrie ne viennent pas à la mosquée parce qu’ils nous considèrent comme des mécréants alliés au gouvernement. Quand on regarde le nombre de départs dans d’autres villes, comme Nice ou Toulouse, si jamais j'avais appelé au départ, beaucoup plus de personnes seraient parties.

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Et concernant certains de vos prêches, qualifiés de radicaux, qu’avez-vous à dire ?

Je n’ai jamais rien dit contre les juifs, ni contre les chrétiens, je n’ai jamais appelé à la haine envers n’importe quelle communauté. Le préfet me reproche d’avoir parlé contre les chiites, mais j’ai juste expliqué la différence entre les chiites et les sunnites. Des différences qui existent depuis des siècles et qui sont expliquées dans des livres qu’on trouve à la bibliothèque. Pourquoi quand nous on en parle, on est accusé d’attiser la haine ? Or, par exemple, nous avons nous même pris l’initiative de traduire les prêches contre le terrorisme pour que les fidèles les comprennent.

Etes-vous étonné de la position de la préfecture de police ?

Bien sûr, je n’ai jamais eu aucun problème ni avec eux, ni avec personne. J’ai même travaillé avec les renseignements généraux pendant près de 40 ans. Ils venaient chez moi, j’avais leurs noms, leurs numéros de téléphone. J’ai toujours conseillé à mes fidèles de prévenir la police s’ils connaissaient quelqu’un qui aurait voulu nuire.

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Avez vous clairement pris position contre les attentats perpétrés en France ?

J’ai écrit au président de la République après les attentats de Paris, nous avons imprimé plus de 10.000 exemplaires de mises en garde contre les djihadistes. J’ai parlé après les attentats de Paris, de Nice et de Saint-Etienne-du-Rouvray. Je suis le seul imam de Marseille qui a pris position contre les attentats-suicides en Palestine. J’ai de nombreux témoignages de jeunes qui étaient influencés par l’idéologie djihadiste et qui l’ont délaissée après avoir écouté mes prêches. J’ai parlé contre Al Nosra, contre Al-Qaïda, contre le Hamas, contre les djihadistes, en expliquant que c’était une forme de corruption sur terre qui ne menait qu’au désordre, à la terreur et à faire couler du sang. Bien avant les attentats j’ai enseigné que la religion ne pouvait cautionner les agissements de ces personnes.

Pensez-vous que cette décision est politique, du fait de l’amalgame entre salafisme et djihadisme ?

90 % des Français ne savent pas ce qu’est le salafisme. Ils pensent que les salafistes sont des djihadistes alors qu’il y a beaucoup de différences entre les salafistes et les autres mouvements. C’est d’ailleurs ce que j’explique dans mes prêches. Donc oui, je pense qu’il s’agit d’une décision politique.

Craignez-vous d’être expulsé ?

Je ne préfère pas prendre position. Je vis en France depuis 40 ans, j’ai tous mes enfants ici, mes petits-enfants. Je suis inquiet à l’idée d’être séparé d’eux.

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Si vous étiez expulsé, pensez-vous que les djihadistes pourraient gagner du terrain à Marseille ?

Oui, c’est possible. La plupart de ces gens ne recrutent pas dans les mosquées publiques comme As Souna. Si la mosquée ferme, les gens seront plus tentés d’aller sur internet, ou les recruteurs djihadistes recrutent en masse. En fermant les mosquées, on laisse la place aux recruteurs.