«Sexe sans consentement»: «Certains hommes confondent séduction et consentement sexuel»

INTERVIEW Jean-Raphaël Bourge, doctorant et auteur d’une thèse sur le consentement sexuel insiste sur le décalage qu'il existe parfois entre les hommes et les femmes sur ce sujet...

Propos recueillis par Delphine Bancaud

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Des jeunes en boîte de nuit.
Des jeunes en boîte de nuit. — Pixabay/Stocksnap
  • Le documentaire Sexe sans consentement est diffusé ce mardi soir sur France 2.
  • Jean-Raphaël Bourge souligne que certains hommes présument à tort qu’une femme souhaite une relation sexuelle.
  • Le « non » ou les silences ne sont parfois pas considérés comme un refus.
  • De l’urgence de mieux communiquer sur le désir sexuel ou l’absence de désir.

Elles appellent ça la « zone grise ». Dans le documentaire « Sexe sans consentement », diffusé ce mardi soir sur France 2, Blandine Grosjean et Delphine Dhilly donnent la parole à des femmes qui ont subi un rapport sexuel qu’elles ne désiraient pas, mais où il n’y a pas eu violence physique… Parce qu’elles n’ont pas réussi à dire « non », ou que leur refus n’a pas été écouté.

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Des expériences vécues comme de mauvais souvenirs ou comme de vrais traumatismes. Jean-Raphaël Bourge, doctorant en science politique à l’Université Paris 8 et auteur d’une thèse sur le consentement sexuel, insiste sur le décalage entre certains hommes et certaines femmes sur cette notion.

Quels signes sont interprétés comme étant des marques de consentement sexuel par certains hommes alors qu’ils ne le sont pas ?

Cela peut-être le fait qu’une femme soit habillée ou maquillée de manière sexy, qu’elle soit présente sur un bar tard le soir ou même qu’elle entame une discussion sympathique avec lui… Certains vont présumer qu’elle est prête à avoir un rapport sexuel, alors que ce n’est pas le cas. Par ailleurs, certains hommes confondent séduction et consentement sexuel. Or, une femme peut être consentante à une forme de séduction, mais cela ne signifie pas pour autant qu’elle est disposée à un acte sexuel.

Pour certains hommes, un « non veut dire oui », comme le souligne le documentaire. Comment expliquer cela ?

Certains agresseurs prennent comme prétexte une mauvaise interprétation du « non » qu’ils ont reçu, pour justifier d’avoir abusé d’une femme. C’est une bonne excuse pour renvoyer à la victime une part de responsabilité dans ce qu’elle a subi. Selon eux, une femme peut dire « non » car elle ne veut pas céder tout de suite, pour ne pas apparaître comme trop « facile », mais elle désire bien une relation sexuelle. Or, un « non » doit être interprété comme tel. Et il ne faut pas insister s’il est prononcé.

Estimez-vous qu’il faille se parler plus clairement de désir ?

Oui, les hommes doivent comprendre une fois pour toutes que le consentement est par essence mutuel. Il nécessite que le désir soit partagé. L’homme peut s’assurer qu’une femme a le souhait d’une relation sexuelle tout simplement en lui demandant. Il faut aussi qu’il accepte son refus. Et si la femme reste silencieuse ou ne manifeste pas d’acceptation franche, il faut le prendre comme un refus. Quant à la fameuse crainte que les relations deviennent trop réglementées, elle n’est pas fondée. Car les femmes et les hommes ont tout à gagner d’avoir des relations plus claires et plus franches. En premier lieu des relations humaines et sexuelles plus épanouissantes.