Brigitte Macron de retour au lycée pour lutter contre le harcèlement scolaire

REPORTAGE L’ancienne professeure de français était dans un lycée de Dijon ce lundi avec le ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer pour médiatiser la lutte contre le harcèlement scolaire…

Laure Cometti

— 

Brigitte Macron au lycée Carnot, à Dijon, le 5 mars 2018 pour parler de lutte contre le harcèlement scolaire.
Brigitte Macron au lycée Carnot, à Dijon, le 5 mars 2018 pour parler de lutte contre le harcèlement scolaire. — PHILIPPE DESMAZES / AFP
  • La première dame était ce lundi à Dijon avec le ministre de l'Education pour parler de  lutte contre le harcèlement scolaire.
  • Jean-Michel Blanquer a annoncé la généralisation d'élèves «ambassadeurs» contre le harcèlement dans les collèges et lycées, un dispositif créé en 2015.

De notre envoyée spéciale à Dijon (Côte-d’Or),

Il est 14 h, la sonnerie retentit dans la cour du lycée Carnot à Dijon (Côte-d’Or). La rentrée n’est pas tout à fait normale ce lundi pour les 2 500 élèves de cet établissement coté. Un groupe de journalistes, caméras et micro au poing, attend aux côtés des lycéens : Brigitte Macron et Jean-Michel Blanquer sont attendus d’une minute à l’autre pour une visite consacrée à la lutte contre le harcèlement scolaire, qui touche un élève sur dix au cours de sa scolarité (selon le ministère de l’Education).

>> A lire aussi : «Les adolescentes sont deux fois plus concernées par le cyberharcèlement»

Pour médiatiser ce sujet qui lui tient à cœur, la première dame et ancienne professeur de français est de retour au lycée pour prêter un peu de sa notoriété au ministre. Sa venue a été annoncée à la presse jeudi par le ministère de l’Education, quand la plupart de ses déplacements ne sont rendus public qu’a posteriori.

« Je la mets dans ma story direct ! »

Dans la cour, elle se prête avec plaisir (et habitude) aux demandes de selfies. « Je la mets dans ma story direct ! » s’enthousiasme une lycéenne. « Elle a mis un sweat à capuche », note une autre, observatrice. L’ancienne prof serait-elle donc si populaire auprès des moins de 18 ans ? « Oui, très », sourit Noémie, en terminale. « Ça dépend auprès desquels, s’ils soutiennent LREM ou pas, nuance son camarade Enzo. En tout cas, tout le monde la connaît, alors que les trois quarts ne connaissent pas Jean-Michel Blanquer ! »

Le ministre reconnaît volontiers ce bonus de notoriété apporté par Brigitte Macron, qu’il remercie à plusieurs reprises d’être présente. La prof et le dirlo avaient déjà fait équipe en octobre pour la dictée annuelle organisée par l’Association européenne contre les leucodystrophies (ELA), des maladies génétiques orphelines. Ce lundi, ils sont venus assister à une démonstration de théâtre-forum.

Il s’agit d’un théâtre un peu particulier : après avoir regardé des lycéens jouer des scènes de harcèlement, le public est invité à réagir et monter sur scène pour rejouer la pièce en proposant des solutions. Une scène dans laquelle une élève est harcelée en raison de son homosexualité est transformée : dans la version finale, elle trouve le soutien d’un autre élève qui la défend face à son harceleur, quand il n’y avait que des témoins silencieux dans la première version. L’objectif est pédagogique et préventif, explique Maxence, un des comédiens du jour : « Il faut briser la loi du silence pour combattre ce fléau. »

Du théâtre cash pour briser « la loi du silence »

Trois saynètes sont ainsi jouées devant environ 250 personnes par des élèves de différents lycées (Besançon, Cavaillon, Dijon). Ça parle cash, d’homosexualité, de racisme, de sexting et de revenge porn avec des mots d’ados. Ça chambre aussi, et même les profs en prennent un peu pour leur grade. Au premier rang, Brigitte Macron rit, comme une bonne partie de l’amphi.

Dans sa carrière d’enseignante, elle a été témoin de harcèlement scolaire. Pour elle, la situation a empiré : « Maintenant, il y a une continuité. Ça se perpétue avec les réseaux. Avant, ça se terminait à 17 h. Maintenant, il n’y a pas de fin. C’est à longueur de nuit. Ils changent d’établissement et ça continue. » Pour Jean-Michel Blanquer, l’interdiction du téléphone portable au collège dès septembre 2018 fait partie de « la stratégie de lutte contre le harcèlement ». C’est « dans l’intérêt des enfants, des adolescents, des élèves, pour qu’ils soient protégés contre tous ces abus, ces dérives qui existent aujourd’hui au travers des réseaux sociaux et qui conduisent au cyberharcèlement », a poursuivi le ministre.

>> A lire aussi : «Le climat scolaire a changé»... Dans les collèges qui ont déjà interdit le portable, ça marche plutôt bien!

Des élèves ambassadeurs dans tous les collèges et lycées

« Certains ados m’écrivent, leurs lettres sont déchirantes (…) Il faut leur dire qu’on est là », insiste la première dame. Le problème est selon elle endémique : « On a fait des questionnaires anonymes : 80 % des élèves qui y ont répondu avaient déjà été harcelés », ajoute-t-elle*.

Pour faire baisser ces chiffres, Jean-Michel Blanquer annonce qu’un élève ambassadeur de la lutte contre le harcèlement sera désormais généralisé « dans tous les établissements ». « La prévention par les pairs a donné des résultats très encourageants », selon l’entourage du ministre. L’idée, testée depuis 2015 dans des lycées, va donc être étendue aux collèges. C’est « une fierté » pour les ambassadeurs lycéens qui ont joué sur scène devant Brigitte Macron, confie Maxime, qui était « dans un état d’euphorie et de stress ». « On jouait quand même devant une ex-prof de théâtre ! » souligne Alice, lycéenne dans l’académie d’Aix-Marseille. Elle fait partie de la douzaine de lycéens qui a lancé ce projet il y a deux ans. « C’est notre bébé, on est fiers de le présenter au ministre et à la première dame aujourd’hui, et de le léguer aux futures générations de lycéens », poursuit-elle.

« Tout le monde devrait voir ces pièces, ça permet de prendre conscience de certaines situations à risques. Mais est-ce que ça fait changer vraiment les comportements ? » s’interroge Valentine, en terminale. « Ça convainc les convaincus, mais les harceleurs vont continuer », doute Enzo. « Ça a peut-être un impact sur les témoins, pour les faire sortir du silence », veut croire Noémie. Il est 16 h, la sonnerie retentit. C’est l’heure de retourner en cours. Brigitte Macron et Jean-Michel Blanquer quittent l’établissement, suivis des journalistes.

* Selon les statistiques du ministère de l’Education, environ 700 000 jeunes disent avoir été victimes de harcèlement au cours de leur scolarité.