Pourquoi est-il si difficile de savoir combien d’enfants meurent sous les coups de leurs parents?

JUSTICE Entre idées reçues et manque de données objectives, les autorités ont bien du mal à chiffrer le phénomène de la maltraitance infantile…

V.V.

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Une photo de Fiona morte en 2013 dans des circonstances troubles et dont le corps n'a jamais été retrouvé
Une photo de Fiona morte en 2013 dans des circonstances troubles et dont le corps n'a jamais été retrouvé — THIERRY ZOCCOLAN / AFP
  • C’est la journée de lutte contre les violences faites aux enfants.
  • Un colloque est organisé au ministère des Solidarités.
  • La question des statistiques de la maltraitance doit être débattue.

Tony, Fiona, Yanis… Trois prénoms qui évoquent immédiatement la triste réalité de la maltraitance infantile. Et pourtant, impossible de savoir précisément ce qu’elle recouvre aujourd’hui en France. Ce vendredi, la question des statistiques sur le nombre d’enfants morts de violences devrait être débattue lors d’un colloque, au ministère des Solidarités, à l’occasion de la journée nationale de mobilisation et de lutte contre les violences faites aux enfants.

S’il est acquis dans l’opinion publique qu’une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son compagnon ou ex-conjoint, aucune statistique similaire n’existe au sujet des enfants. Régulièrement les médias évoquent le fait que « un à deux enfants meurent chaque jour sous les coups de leurs parents ». Mais ce chiffre n’est pas exact. En réalité, il correspond à une extrapolation réalisée par la chercheuse Anne Tursz, dans les années 2000, et reprise depuis en boucle par différentes associations.

Recherche Google sur les femmes victimes de violences.
Recherche Google sur les femmes victimes de violences. - GOOGLE

131 enfants morts d’infanticide en 2016

« Ce chiffre de deux enfants morts par jour n’a aucune valeur scientifique mais c’est celui qui circule le plus », se désole Agnès Gindt-Ducros. Directrice de l’Observatoire national de la protection de l’enfance, elle a été chargée, il y a un an lors de l’annonce d’un plan gouvernemental, d’étudier la meilleure manière de quantifier le phénomène pour mieux pouvoir le combattre.

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« On ne dispose pas de beaucoup de données, résume-t-elle. Le meilleur outil reste le décompte réalisé par les services de police et de gendarmerie. » Grâce au Service statistique ministériel de sécurité intérieure (SSMSI), Agnès Gindt-Ducros a pu publier une note, en janvier, indiquant que 131 mineurs avaient été victimes d’infanticide en 2016. Une première publication incontestable.

« Notre chiffre est sous-estimé »

Dans le détail, on y apprend que 63 mineurs ont été tués hors du cadre familial et 68 par un membre de leur famille (père, mère, beau-parent ou grand-parent). Bien loin donc du chiffre de « deux enfants morts chaque jour sous les coups de leurs parents ».

Tableau statistique des enfants morts d'infanticide en 2016.
Tableau statistique des enfants morts d'infanticide en 2016. - ONPE

Sauf que la statistique de l’Observatoire national de protection de l’enfance n’est pas totalement satisfaisante non plus. « On sait bien que notre chiffre est sous-estimé, reconnaît Agnès Gindt-Ducros. Parce que tous les décès résultant de violences intrafamiliales ne font pas nécessairement l’objet d’une procédure judiciaire… »

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L’iceberg est toujours plus impressionnant quand on regarde sous le niveau de la mer. Et en la matière, celui des violences contiendrait tous les cas d’enfants morts sous les coups mais que les parents sont parvenus à dissimuler.

Pour approcher au plus près cette « partie invisible », Agnès Gindt-Ducros compte donc proposer de travailler plus étroitement en lien avec les pédiatres et les services médico-légaux des hôpitaux. « Eux seuls sont capables de déterminer avec exactitude les circonstances de décès de chaque enfant. » Et de permettre donc d’établir un décompte exhaustif, seul moyen de lutter contre ces violences et ainsi éviter qu'elles fassent plus de victimes.