Bébé enfermé dans un coffre durant deux ans: Le renvoi aux assises de la mère de Serena requis

JUSTICE Le parquet de Brive-la-Gaillarde (Corrèze) a requis, le 12 février, le renvoi aux assises d’une mère qui a caché son bébé dans le coffre de sa voiture pendant deux ans…

Vincent Vantighem
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Capture de l'émission «Sept à Huit» sur TF1 au cours de laquelle Rosa, la mère de Serena, a témoigné en 2013.
Capture de l'émission «Sept à Huit» sur TF1 au cours de laquelle Rosa, la mère de Serena, a témoigné en 2013. — TF1
  • En 2013, un garagiste a découvert un bébé enfermé dans le coffre d’une cliente.
  • La mère a avoué avoir dissimulé la fillette à tout le monde pendant deux ans.
  • Baptisée Serena, elle a développé un trouble autistique permanent.
  • Le parquet vient de requérir le renvoi aux assises de sa mère.

Pour elle, ce n’était pas une personne mais « une chose ». Une « chose » qu’elle a, tout de même, prénommée Serena en raison de son « calme ». Selon nos informations, le parquet de Brive-la-Gaillarde (Corrèze) a requis, le 12 février, le renvoi devant une cour d’assises de Rosa Da Cruz, une mère, âgée de 49 ans, qui a caché et élevé son bébé dans le coffre de sa voiture pendant environ deux ans.

>> Les faits: Un bébé découvert par un garagiste dans un coffre de voiture

Le 25 octobre 2013, un garagiste de Dordogne avait fini par ouvrir le coffre de sa Peugeot 307 en cours de réparation après avoir entendu des « couinements ». A l’intérieur, il découvrait un bébé nu, en sueur, posé sur des sacs-poubelle et « qui semblait suffoquer au point de ne pas pouvoir pleurer », selon ces réquisitions que 20 Minutes a pu consulter. Rapidement sur place, les enquêteurs retrouvaient une tétine et un biberon contenant du lait fermenté au milieu des excréments et des larves de mouches qui tapissaient le sol du coffre.

Elle avait mis Serena au monde chez elle et en secret

Très vite, Rosa Da Cruz reconnaissait être la mère de cette enfant. Elle racontait alors l’avoir mise au monde, dans le secret, le 24 novembre 2011 chez elle, et l’avoir, depuis, dissimulée à tout le monde, y compris son conjoint et les trois autres enfants qu’ils avaient eus ensemble. Cachée tour à tour dans une pièce en travaux située au rez-de-chaussée de la maison familiale et dans sa voiture, Serena n’était, semble-t-il, connue de personne dans le voisinage.

>> Serena : «Je me suis enfermée dans le mensonge», raconte la mère

La mère expliquait aussi qu’elle nourrissait son enfant avec du lait en brique, qu’elle lui avait laissé des petits jouets et qu’elle lui mettait la radio dans le véhicule. Elle s’était bien rendu compte que Serena ne tenait pas assise, était incapable de tenir sa tête et ne parlait pas mais avait continué à cacher son existence « par peur des réactions ».

Un syndrome autistique dû à l’enfermement

Les premiers examens médicaux réalisés sur Serena après quatre lavages successifs laissaient apparaître « un retard de croissance et de nombreuses carences ». Incapable de parler, la fillette pesait alors 7,8 kg et « tenait le biberon avec ses pieds ».

Après quatre expertises, psychiatres et médecin ont finalement conclu en mai 2016 que Serena faisait l’objet « d’un syndrome autistique en ce qu’elle ne portait aucun regard intéressé vers autrui et ne rentrait pas en communication ». Ils tissaient aussi un lien entre « les handicaps et ses conditions de vie durant ses premiers mois », parlant du « caractère définitif » de « ses altérations ».

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C’est donc pour le crime de « violences volontaires ayant entraîné une infirmité permanente » que le parquet de Brive-la-Gaillarde a requis le renvoi aux assises de la mère. Des faits passibles de 20 ans de réclusion criminelle.

En revanche, concernant le père de Serena, « en l’absence d’éléments probants sur sa connaissance de l’existence même de l’enfant », le même parquet a pris des réquisitions de non-lieu en sa faveur. C’est désormais au juge d’instruction chargé du dossier à Limoges (Haute-Vienne) de rendre son ordonnance. S’il suit les réquisitions du parquet, le procès de Rosa Da Cruz pourrait avoir lieu à la fin 2018 ou au début de l’année 2019.

Serena, elle, vit, comme ses trois frères, dans une famille d’accueil aujourd’hui.