Vague de froid: Qui sont les précaires énergétiques aujourd'hui en France?

PAUVRETE Une vague de froid sibérien s’est installée lundi en France et va toucher notamment les 12 millions de Français qui ont froid chez eux…

Delphine Bancaud

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Illustration radiateur, précarité énergétique.France.
Illustration radiateur, précarité énergétique.France. — LODI FRANCK/SIPA
  • Un Français sur cinq souffre de la précarité énergétique.
  • Il vit dans une passoire thermique et consacre 10 % de ses revenus à la dépense énergétique.
  • Un fléau qui touche tant les jeunes, que les retraités ou les familles monoparentales.

Il n’y a pas que les SDF qui souffriront des températures glaciales cette semaine. Le froid venu de Sibérie qui va s’intensifier sur la France à partir de ce lundi va aussi atteindre durement toutes les personnes qui subissent la précarité énergétique. Et elles sont nombreuses, comme l’indique l’Observatoire national de la précarité énergétique ONPE) : 5,6 millions de ménages souffriraient ainsi du froid dans leur logement, soit 12,1 millions de personnes, c’est-à-dire un Français sur cinq (+17 % par rapport à 2006).

Un mal qui touche « tant les jeunes, que les retraités pauvres, les familles monoparentales bénéficiaires de minima sociaux ou les surendettés », constate Christophe Robert, le délégué général de la Fondation Abbé-Pierre. Et qui ne semble pas décroître, bien au contraire : « La France compte un million de pauvres en plus par rapport à 2008. La précarité énergétique a suivi elle aussi une courbe ascendante », note Daniel Verger, responsable du pôle action au Secours Catholique.

36 % des Français ont restreint leur chauffage au cours de l’hiver dernier

« Ces personnes vivent généralement dans des passoires thermiques, car de l’air passe par les toits et les fenêtres de leur logement », poursuit-il. Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, les précaires énergétiques ne sont pas tous locataires. « Beaucoup de personnes âgées avec des petites retraites qui sont propriétaires de leur bien, sont dans l’incapacité de faire les travaux nécessaires pour mieux isoler leur logement », observe Christophe Robert. Idem pour ceux qui ont la malchance de vivre dans une copropriété dégradée. Quant aux locataires, ceux qui ont élu domicile dans le parc privé semblent aussi touchés que ceux qui vivent dans le parc public : « leurs bailleurs n’ont pas les moyens ou l’envie de faire les travaux de rénovation qui s’imposeraient », souligne Daniel Verger.

Autre point commun de tous les précaires énergétiques : « Ce sont des ménages à faibles ressources pour lesquels le coût du chauffage est trop élevé et qui consacrent plus de 10 % de leurs revenus aux dépenses énergétiques », souligne Christophe Robert. Selon l’ONPE, ils dépensent en moyenne 1.925 euros par an pour la facture énergétique dans le logement, contre 1.584 euros par an pour la moyenne nationale. Une note qui a gonflé avec les années, car selon l’ONPE, entre 2007 et 2016, la facture des personnes chauffées à l’électricité a augmenté de 40 % et de 20 % pour celles chauffées au gaz. Et la crise économique étant passée par là, le médiateur de l’énergie indique aussi dans son rapport annuel que 36 % des Français ont restreint leur chauffage au cours de l’hiver dernier pour éviter des factures trop élevées.

Une qualité de vie amoindrie

Faute d’argent, certains ménages ne peuvent d’ailleurs plus payer la facture d’électricité ou de gaz. Ce qui a conduit leur fournisseur en énergie à adopter des mesures pour non-paiement des factures : coupures, réductions de puissance, résiliation du contrat à l’initiative du fournisseur. Or, selon le rapport du médiateur de l’électricité 604.000 interventions ont eu lieu en 2016 (+5 % par rapport à 2015).

Et ce froid dont les précaires énergétiques souffrent a de multiples conséquences sur leur qualité de vie. Et tout d’abord sur leur santé : selon l’ONPE, 48 % des adultes exposés à la précarité énergétique souffrent de migraines, 41 % d’anxiété, 22 % de bronchites chroniques… Et l’exposition à la précarité énergétique multiplie par quatre les symptômes de sifflements respiratoires des enfants. « On constate aussi une tendance à l’isolement social chez les personnes qui vivent ainsi », observe Christophe Robert. « Sans compter la difficulté pour les enfants de faire leurs devoirs dans de telles conditions », poursuit Daniel Verger.

Des mesures encore insuffisantes

Face à ce fléau, les gouvernements successifs ont tenté d’agir. Un chèque énergie est proposé depuis le 1er janvier 2018 aux ménages modestes pour les aider à payer leur facture énergétique. Il remplace les tarifs sociaux de l’énergie, qui ne concernaient que les personnes se chauffant au gaz et à l’électricité. Avantage de ce chèque : il est ouvert à plus de types d’énergie (électricité, gaz naturel, chaleur, gaz de pétrole liquéfié, fioul domestique, bois…). Autre atout : il peut être utilisé pour financer des travaux de rénovation des logements. Seul hic selon Christophe Robert : « Il est en moyenne de 150 euros par an, donc il ne fera pas sortir les ménages de la précarité énergétique », affirme-t-il.

Par ailleurs, comme le souligne Daniel Verger, « la loi de transition énergétique de 2015 prévoit la rénovation de 500.000 logements par an à partir de 2017, dont 250 000 pour les plus modestes ». Reste à savoir si l’objectif sera tenu…