Mesures, subjectivité, indice... On vous dit tout sur la «température ressentie»

METEO Les professionnels évoquent des températures «ressenties» encore plus glaciales que celles mesurées…

Anne-Laëtitia Béraud

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Illustration de l'aéroport d'Orly sous la neige
Illustration de l'aéroport d'Orly sous la neige — LIONEL URMAN/SIPA
  • L'impression de froid est accentuée par le vent.
  • Pour estimer cette sensation, les météorologues calculent l’«indice de refroidissement éolien», plus connu sous le nom de «température ressentie».
  • Cette «température ressentie», à prendre avec des pincettes, est différente selon les individus et les conditions climatiques.

Des températures glaciales, ressenties plus durement à cause d’un vent de Nord-Est : le froid venu de Sibérie  va s'intensifier sur la France ce lundi, avec des températures allant jusqu’à -10°C, et ressenties -18. Pourquoi parle-t-on de « température ressentie » ? Comment la calcule-t-on ? 20 Minutes revient sur cet indice particulier…

Les mesures et le ressenti, subjectif

La température de l’air, mesurée sous abri, peut être différente de la perception physiologique de la température. A une température donnée et s’il y a du vent, la sensation de froid est plus vive que par temps calme, explique Etienne Kapikian, prévisionniste chez Météo-France. Pour estimer cette sensation vive, les météorologues calculent l’« indice de refroidissement éolien », plus connu sous le nom de « température ressentie ». « Ce ressenti varie selon les conditions atmosphériques et selon les individus, leur âge, leurs vêtements et leur hydratation… », précise le prévisionniste.

Comme le formule Météo-France, « par une température de l’air de -10°C et un vent de 30 km/h, l’indice de refroidissement éolien sera de -20. Cela signifie que la sensation sur la peau sera voisine de celle éprouvée sous une température de -20°C par une journée sans vent. »

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La température ressentie, « un indice sans unité »

Mis au point en Amérique du Nord au XXe siècle, le calcul du refroidissement éolien est « un indice sans unité », précise Etienne Kapikian. « La formule complexe mêle calcul scientifique et méthode empirique pour produire une estimation standardisée liée à la déperdition d’énergie au niveau de la peau », ajoute-t-il. « Cet indice est utilisé dans les pays où il peut faire froid, notamment aux Etats-Unis et au Canada, et n’a pas de sens pour les températures supérieures à 10 degrés », complète Etienne Kapikian.

La méthode pour calculer la température ressentie quand il fait très chaud est quant à elle différente. Ce calcul prend en compte le taux d’humidité pour estimer la température ressentie à la surface de la peau, traduit par l’indice « humidex ».

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Enfin, si un « indice universel du climat thermique » (UTCI) qui tient compte des deux mesures (« refroidissement éolien » et « humidex ») existe, il n’est pas aujourd’hui utilisé en France, note le prévisionniste de Météo-France.

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Limites et précaution vis-à-vis de la « température ressentie »

Evoqué depuis l’hiver 2004-2005 par Météo-France pour évoquer un risque de grand froid, le concept de température ressentie n’en reste pas moins à prendre avec des pincettes, note Etienne Kapikian. Cet indice est pris à tort pour une température, alors qu’il représente un outil qui quantifie les risques pour la santé (comme l’hypothermie) et vise à prendre des mesures préventives contre les dommages causés par ce froid, remarque le prévisionniste.

« Il y a aussi une dérive de remplacer ce qu’on appelle "température ressentie" par la température mesurée. Tout comme d’ajouter un degré à cet indice, et dire qu’il fait -10°C, "ressenti -18°C", alors que c’est -18 tout court », souligne Etienne Kapikian.

En France, cette vive sensation de froid est attendue mardi et mercredi matin, avant un léger redoux.

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