Un vélo de l'entreprise Gobee.bike, photographié à Paris, le 1er février 2018.
Un vélo de l'entreprise Gobee.bike, photographié à Paris, le 1er février 2018. — ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

BICYCLETTES

Vélos partagés: Cinq questions sur le départ de France de Gobee.bike

L’entreprise hongkongaise de location de vélos en libre-service explique que les vols et dégradations de ses bicyclettes ont raison de son activité en France…

  • Gobee.bike, entreprise hongkongaise de location de vélos en libre-service, quitte la France.
  • Elle invoque les vols et les actes de vandalisme subis par son parc de bicyclettes pour justifier son départ.
  • Ces comportements concernent toutes les villes où des offres de vélos en « free floating » ont été déployées.

Gobee, c’est fini. L’entreprise de location de vélos en libre-service Gobee.bike a annoncé samedi qu’elle mettait fin à son activité en France, où elle était notamment présente à Paris, Lille, Lyon, Reims, depuis un peu plus d’un an. La société déplore dans un communiqué les « destructions en masse » subies par ses bicyclettes reconnaissables à leur couleur vert pomme. D’autres offres de vélo sans borne, géolocalisables et disséminés sur la voie publique, subsistent toutefois dans l’Hexagone (et pourraient bénéficier du départ de leur concurrent).

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Combien de vélos ont été volés ou dégradés ?

Gobee. bike s’est déployée fin 2017 dans plusieurs villes françaises. Un peu plus d’an plus tard, l’entreprise décompte « 3 200 vélos dégradés, plus d’un millier de vélos volés ou privatisés, 280 dépôts de plainte enregistrés auprès des services de police et près de 6 500 interventions réalisées » par ses agents et ses partenaires de réparation. Des chiffres à replacer dans un contexte : 500 000 vélos sont volés chaque année, selon des estimations de la police en 2015 ; 400 000 d’après une enquête Ifresi-CNRS parue en 2003.

L’entreprise, qui avait déjà jeté l’éponge à Lille et Reims le 9 janvier dernier pour les mêmes raisons, affirme que la dégradation de vélos serait « le nouveau passe-temps d’individus, le plus souvent mineurs, encouragés par des contenus largement diffusés et partagés sur les réseaux sociaux (vidéos YouTube, Instagram, groupes Facebook, etc.) ». Des contenus dont 20 Minutes n’a pas pu constater l’existence ce dimanche.

Est-ce un mal français ?

L’annonce du départ de Gobee.bike et ses vélos verts a suscité des salves de French bashing sur les réseaux sociaux. Selon Marc Ferracci, proche d’Emmanuel Macron et conseiller au ministère du Travail, cette décision de l’entreprise est « un fait révélateur d’un mal profond de la société française. Le manque de civisme, documenté dans des enquêtes internationales, entretient la défiance et les tensions sociales ».

Or, l’entreprise a subi des vols et dégradations dans tous les autres pays où elle s’est implantée. Elle a décidé de se retirer de trois villes italiennes (Florence, Turin et Rome) le 14 février dernier en invoquant également le vandalisme. Le 9 janvier, c’est Bruxelles qu’elle a décidé de déserter, toujours pour les mêmes raisons.

« En quatre mois, 60 % de notre flotte a été détruite, volée ou privatisée » en Europe, affirme la société sur son site. Le problème est universel. Marianne et The Guardian relèvent que la Chine – où 16 millions de vélos partagés sont en circulation – est aussi concernée par de très nombreux cas de vols et dégradations de vélos partagés. Au Royaume-Uni, des bicyclettes de location sont jetées sur les rails, à Hong Kong, elles sont balancées dans la rivière.

« Ce n’est pas un mal franco-français », observe Guillaume Monchambert, économiste des transports et maître de conférences à l’université Lyon-II. Ces comportements relèvent de ce que les économistes appellent « la tragédie des biens communs », une théorie selon laquelle les individus qui utilisent une ressource commune en libre accès agissent souvent selon leurs propres intérêts, au détriment de cette ressource.

Ces actes de vandalisme sont-ils l’unique raison du départ de Gobee.bike de France ?

C’est ce qu’avance l’entreprise, qui juge que son offre avait rencontré le succès en France et qu’elle y était devenue « la référence numéro 1 des vélos en “free-floating” ». Mais il est difficile d’affirmer que c’est la seule et unique difficulté rencontrée par cette société, qui est en concurrence avec d’autres acteurs du partage de vélo, comme Ofo ou oBike. Ces acteurs ont profité à Paris de la mauvaise passe du Vélib, alors que 30 % des stations étaient hors service fin 2017, et qu’il n’y a pas besoin d’autorisation pour lancer un service de vélos partagés.

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« Les Vélib’, qui sont pourtant accrochés à des bornes, ont aussi connu du vandalisme », témoigne Christophe Najdovski, adjoint à la maire de Paris, chargé des questions relatives aux transports. En 2014, 1 772 vélos volés n'ont pas été retrouvés et 4 600 ont été mis hors d’usage par des actes de vandalisme, soit un tiers du parc. « On savait malheureusement que ces nouveaux opérateurs s’exposeraient eux aussi aux vols et aux dégradations ». Contrairement à JCDecaux, ces entreprises ne sont pas subventionnées par la municipalité.

Ces systèmes ne sont pas viables, principalement du fait du coût de la maintenance des vélos », estime Guillaume Monchambert. « Il y a eu une mauvaise évaluation des coûts de maintenance », abonde Geneviève Zembri-Mary, maîtresse de conférences à l’université de Cergy-Pontoise. « Le secteur des vélos en "flotte libre" est un secteur nouveau dont on ne connaît pas encore en détail les comportements d’usagers », explique-t-elle. Par ailleurs, « les tarifs très faibles [0,50 euro la demi-heure de location] peuvent être un obstacle au fait d’embaucher du personnel supplémentaire pour améliorer la maintenance ».

La spécialiste des transports pointe d’autres failles dans l’offre de Gobee. bike : « on est sur le modèle de la start-up, avec un fonctionnement numérique optimal mais un fonctionnement technique qui peut laisser à désirer. Les usagers se sont assez vite plaints de vélos dégradés ou mal géolocalisés, d’un système de déverrouillage parfois défaillant », souligne-t-elle. « Les vélos ont aussi été critiqués pour leur manque de robustesse ».

Que vont devenir les vélos Gobee. bike en France ?

L’entreprise affirme avoir « récupéré par ses propres moyens sa flotte de vélos dans les rues ». Ce dimanche, des vélos verts restaient pourtant dans les rues de la capitale, selon des témoignages de parisiens et le site Multicycles qui recense le nombre de vélos en libre-service disponibles, en temps réel.

Capture d'écran de l'application mobile Gobee.bike, le 25 février 2018.
Capture d'écran de l'application mobile Gobee.bike, le 25 février 2018. - 20 Minutes

 

« Si jamais d’autres vélos devaient apparaître pour une quelconque raison, nous avons mis en place des partenariats et accords avec des tiers comme des mairies et associations, pour qu’ils puissent librement récupérer et offrir une seconde vie à nos vélos », indique l’entreprise, qui invite les usagers trouvant un vélo Gobee à contacter directement les associations.

Et quid de l’avenir du vélo en libre-service en France ?

L’arrêt de Gobee. bike est loin de signer la fin du vélo en libre-service en France. A Paris, les entreprises chinoises Ofo et Mobike ont agrandi leur flotte de vélos ces derniers jours selon Multicycles. Le singapourien oBike, est aussi présent avec 1 800 bicyclettes.

« Ses concurrents peuvent tirer des leçons de cet échec et améliorer leur modèle », juge Geneviève Zembri-Mary, d’autant que « des concessions d’offres de type Vélib’vont arriver à échéance dans certaines villes. Les collectivités locales vont s’intéresser à des offres en "flotte libre" et demander des engagements aux prestataires. Ce qui arrive à Gobee ne signifie pas que ce secteur est sans avenir. »

La mairie de Paris travaille déjà à des solutions pour mieux compenser les externalités négatives des vélos « flottants ». « Nous sommes favorables à cette nouvelle offre de mobilité mais il faut mieux l’organiser. Une redevance d’occupation du domaine public pourrait être mise en place », précise Christophe Najdovski. « Nous avons aussi demandé au gouvernement la possibilité d’attribuer des licences aux opérateurs, et qui permettrait de fixer un cahier des charges ».