« Le mot "radical" n’est pas clair dans la tête de chacun », selon une aumônière musulmane de prison

PRISONS La secrétaire nationale de l’aumônerie musulmane dans les prisons regrette l’ambiguïté qui existe sur la définition d’un détenu radicalisé…

Gilles Durand

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Samia Ben Achouba, secrétaire nationale de l'aumônerie musulmane des prisons.
Samia Ben Achouba, secrétaire nationale de l'aumônerie musulmane des prisons. — G. Durand / 20 Minutes
  • Le nouveau plan national de prévention de la radicalisation prévoit un renforcement des mesures pour les prisonniers radicalisés.
  • Une aumônière musulmane demande que l'on définisse clairement le mot « radical ».
  • Elle estime que la formation sur la radicalisation est prison est devenue un marché.

L’islamisme radical en point de mire. Le nouveau plan national de prévention de la radicalisation, présenté, vendredi, par le Premier ministre, Edouard Philippe, à Lille, prévoit un renforcement des mesures pour les prisonniers radicalisés. Interrogée par 20 Minutes, la secrétaire nationale de l’aumônerie musulmane dans les prisons, Samia Ben Achouba, réagit sur ces mesures.

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On parle beaucoup de radicalisation dans les prisons. Faites-vous le même constat ?

Il faut faire attention à cette onde de choc qu’on nous présente. Le travail des surveillants de prison est devenu très complexe, car la formation sur la radicalisation et sur la détection de personnes radicalisées s’apparente de plus en plus à un véritable marché. Pour obtenir des moyens supplémentaires, le personnel pénitentiaire n’hésite pas à déclarer qu’il y a beaucoup de prisonniers radicalisés.

On détourne les moyens vers la lutte contre la radicalisation…

C’est un problème de définition. Comment définit-on une personne radicalisée ? Une personne qui prie ou qui réclame un coran est-elle radicalisée ? J’ai lu récemment dans un article de presse qu’un détenu avait été placé à l’isolement parce qu’il avait lancé un appel à la prière dans la cour. Est-ce réellement un signe de radicalisation ou une provocation ? Qu’il soit puni parce qu’il ne respecte pas le règlement est une chose, qu’on lui prête des intentions en est une autre. Il ne faut pas mélanger les choses.

La définition d’un détenu radicalisé n’est pas claire, selon vous…

Non. Dans un autre article, j’ai lu qu’un juge, lui-même, acceptait comme définition de la radicalisation de posséder un coran et faire ses cinq prières. Alors, ce sont tous les musulmans pratiquants qui sont à la barre. En effet, tant que le mot « radical » ne sera pas clair dans la tête de chacun, y compris dans les institutions qui vont décider du sort des individus, nous resterons à la dérive. C’est d’autant plus grave au moment où la loi prévoit l’isolement pour les radicalisés.

Quelles sont vos relations avec les surveillants sur ce sujet ?

Elles sont bonnes, mais ça change depuis que le personnel est formé. On a parfois l’impression qu’une méfiance s’installe. Mais nous avons toujours des échanges et des dialogues avec certains. On nous demande souvent ce qui peut être lu ou non par les détenus. On conseille ou on déconseille. Cela dépend de la personne et de l’interprétation qu’il peut faire de tel ou tel texte.

Quelle est votre définition d’un radicalisé ?

C’est quelqu’un qui impose son idéologie par la violence. On est au-delà du religieux. Il m’est arrivé de rencontrer des femmes dans cette situation. J’essaie de trouver des voies de liberté dans leur tête, mais il n’y a pas de recette. Chaque rencontre humaine demande beaucoup de temps et une adaptation personnelle. Les solutions sont dans le cœur.