Ch'tis expatriés: «Plus je bois de bières, plus je parle "comme cha"»

SOCIETE «20 Minutes» a demandé aux Nordistes qui ont dû quitter leur région si, dans leur nouvelle vie, ils avaient la fibre ch’ti honteuse. Les nombreuses réponses sont sans appel…

Mikaël Libert

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Même expatrié, un nordiste reste un nordiste.
Même expatrié, un nordiste reste un nordiste. — M.Libert / 20 Minutes

Nordiste un jour, Nordiste toujours. Ce vendredi, en avant-première dans le Nord-Pas-de-Calais, sort le dernier film de Dany Boon, La ch’tite famille20 Minutes a voulu savoir si, à l’instar du héros du film, les habitants du Nord-Pas-de-Calais expatriés ont gardé au quotidien des petites habitudes typiquement ch’ti dont ils n’arrivent pas à se séparer.

Dans La ch’tite famille, le héros de Dany Boon est un Nordiste installé à Paris. Devenu un architecte très en vue, il a renié ses origines et sa famille jusqu’à cet accident de voiture qui fait retomber le personnage dans ses « travers » ch’tis avec l’accent, le patois et tout ce qui va avec.

Echappé ou assumé, toujours ce fameux accent

Dans les nombreux messages reçus par 20 Minutes, aucun Nordiste expatrié n’a eu besoin de se faire écraser pour assumer et même revendiquer ses origines. « On essaie de s’intégrer, mais chassez vos racines et elles reviennent au galop », reconnaît Sarah, originaire de Denain et désormais installée dans le Sud. Elle, ce sont certaines expressions typiques de chez nous qui la trahissent comme « vindiousse » ou « marcher à pied de chaussette ». « Mais je ne suis pas un monstre, juste une ch’ti et fière de l’être ».

D’ailleurs, c’est souvent les mots, et parfois l’accent, qui nous mettent dedans. « J’ai tenté d’adopter l’accent chantant de Toulon mais avec mon tempérament, c’est celui du Nord qui prend vite le dessus », confié Marie. Idem pour Antonia, une Tourquennoise installée à Niort : « Dès que je m’énerve un peu, l’accent, les mots en patois sortent spontanément », assume-t-elle. « Plus je bois de bières, plus je parle "comme cha" », plaisante Damien, muté à Pantin en 2006.

On s’appelle et on s’dit quoi

Martine, elle, en joue carrément : « Nous prenons plaisir à utiliser des mots de patois pour voir les yeux incrédules de nos interlocuteurs », s’amuse cette Nordiste, exilée en région parisienne depuis 20 ans. Yohann, originaire de Douai, a même réussi à inculquer quelques expressions à ses nouveaux amis monégasques : « Ici, on a appris, entre amis ch’tis ou pas, à tous s’appeler ''biloute'' ou ''min gros'' ».

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Désormais dijonnaise, Marion à parfois l’impression d’être une extraterrestre : « J’emploie encore souvent les expressions ''il drache'' et ''on se dit quoi'' et j’ai l’impression de parler une autre langue ».

La nostalgie du pays

Qu’ils aient quitté le Nord pour fuir la grisaille, pour des raisons de santé ou une question professionnelle, les ch’tis gradent au fond d’eux une profonde nostalgie de leur région. « Tous les ans, je guette le début du carnaval et je braie devant mon écran », explique Camille, ex-Dunkerquoise désormais Auvergnate.

A La Ciotat, près de Marseille, Olivier s’est même recréé une petite communauté de ch’tis : « Nous sommes 70 et nous nous retrouvons régulièrement pour manger une bonne frite et boire un coup ». Et leur petit groupe à d’ailleurs un nom : les « Chtis ciotadiens ».

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Christophe, n’a pas de groupe, mais il a importé à Lyon une tradition liée à la grande braderie de Lille : « Chaque premier week-end de septembre, c’est moules-frites », revendique-t-il. Dans l’Ain, où il habite maintenant, Mika arbore sur la plaque de sa voiture le logo « 59 » comme on garde un souvenir d’un amour passé.

Davantage que le mot « biloute », « frites » ou « maroilles », c’est le mot « fier » qui revenait le plus souvent dans tous les messages que nous avons reçus. Ce n’est pas du chauvinisme, c’est juste qu’on l’aime, notre région.